dimanche , 21 octobre 2018

Phobie d’ébola : 1 600 clandestins sénégalais isolés au Nord du Brésil

Plus de 1600 Sénégalais ont réussi à entrer au Brésil via la Bolivie et le Pérou, depuis le début de l’année 2014.

 

Mais ces Sénégalais vivent le calvaire dans l’Etat d’Acre (Nord du Brésil) où ils sont confinés dans un abri à Rio Branco, depuis quelques mois, en compagnie d’autres ouest-africains à cause du virus Ebola. Dans cet état, ils sont stigmatisés, isolés et cohabitent très difficilement avec les habitants de cet Etat au point même d’envisager un mouvement d’humeur, pour être considérés comme des êtres humains.

Brésil. C’est l’une des nouvelles destinations préférées des Sénégalais, qui ont choisi l’émigration, pour gagner leur vie. Rien qu’en 2014 par exemple, pas moins de 1600 Sénégalais ont rallié le pays de Lula Da Silva. Certains d’entre eux ont réussi à traverser la frontière brésilienne via l’Etat d’Acre (Nord du pays), en provenance de la Bolivie et du Pérou. Mais si 1600 Sénégalais ont réussi le pari d’entrer au Brésil en même temps d’ailleurs que des Nigérians et des Sierra-Léonais, d’autres par contre ont eu la malchance de tomber sur la police fédérale, qui les renvoie de façon systématique. Pour ceux qui réussissent à franchir les barrières, ils font l’objet d’une discrimination sans commune mesure, puisque dans la conscience de certains Brésiliens, ces Africains de l’ouest sont tous porteurs du virus Ebola.

 

Tout comme les Haïtiens, qui ont fini d’être marginalisés et qualifiés de «populations indésirables» au Brésil, les Sénégalais, qui courent partout pour chercher du travail, sont indexés et rejetés, selon leurs témoignages recueillis par un reporter du journal O Globo. Ils se disent tellement épiés et confinés dans un abri de Rio Branco (voir photo), qu’ils craignent de sortir maintenant, pour préserver leur vie. «Nous ne pouvons plus sortir mendier de la nourriture comme le font les Haïtiens, à cause du virus Ebola», a confié un Sénégalais au journaliste brésilien.

Une grève de la faim en gestation

Ces Sénégalais, Nigérians et Sierra-Léonais, qui entrent illégalement au Brésil sont laissés à eux-mêmes et ne bénéficient pas du soutien des autorités brésiliennes, qui ont toutes peur, d’être contaminées, une fois en contact avec eux. Raison pour laquelle, les émigrés projettent d’entrer en grève de la faim dans les jours à venir, pour demander qu’on leur garantisse leur sécurité…

Le papier du reporter brésilien, retrace le parcours utilisé par les Ouest-Africains pour entrer au Brésil. Un parcours qui est le même que celui des Haïtiens, habitués du trajet pendant quatre longues années. Les Africains arrivent par avion à l’Equateur où ils entrent sans visa. Selon les informations de la Police fédérale brésilienne, il y a d’autres immigrants, qui s’appuient sur des passeurs, qui leur proposent des emplois au Brésil et les font passer la frontière à bord de taxis et le plus souvent à l’aube. «J’ai payé 380 dollars pour prendre un taxi de Puerto Maldonado (Pérou) à Rio Branco», dit Mamadou Lamine, âgé de 28 ans, qui a effectué le trajet en neuf jours. Le même Lamine fustige les préjugés, dont ils sont victimes, à cause du virus Ebola, mais estime que d’autres Sénégalais n’hésiteront  pas à venir au Brésil, si la maladie gagne son pays, un jour. «Certains de mes parents disent qu’il y a déjà plusieurs cas et que la situation est problématique au Sénégal. D’autres disent que non. Mais je crois que si cette épidémie continue, la plupart des Sénégalais viendra ici», expli­que-t-il au journaliste. Pour son état de santé, même s’il ne développe aucun symptôme pour le moment, il est considéré comme malade vu que la période d’incubation de la maladie est de 21 jours. Aujourd’hui, Lamine devra encore attendre 12 jours, après son arrivée au Brésil, pour s’assurer qu’il n’est pas malade. De toute façon, dans cette région de la frontière, il n’y a pas d’inspection sanitaire, même la police critique le fait qu’il n’y ait aucune mesure de prévention, pour le contrôle de la température des émigrés africains. «Notre pays est à la merci de personnes malades, alors que nous n’avons pas de services de contrôle sanitaire, le poste de police ne fonctionne que pendant les heures, durant la journée», s’inquiète même, un habitant de la ville frontalière de Assis.

Le gouverneur d’Acre lui du nom de Tiao Viana, a déclaré à la presse, que les mesures de prévention médicale et de contrôle des flux migratoires venus des pays limitrophes prises jusque là par le gouvernement fédéral ne sont pas insuffisantes. «Il existe un risque épidémiologique réel. J’ai sensibilisé les autorités fédérales dans le sens de prendre des mesures idoines en renforçant la patrouille routière, pour des mesures restrictives à l’égard de l’Afrique», a dit le gouverneur.

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