mercredi , 18 septembre 2019
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Ordures et aliments font bon ménage au marché de Cosa

 

Au marché de Cosa, il est 9h. Ce jour, les étalagistes s’installent. L’affluence des clients, en majorité des ménagères, est au rendez-vous. Mais dans ce centre de négoces situé dans la commune de Ratoma, en banlieue de Conakry, où des milliers de personnes se côtoient quotidiennement, il ne fait pas bon vivre. La faute aux tas d’ordures et leur cortège d’odeurs pestilentielles qui attirent l’attention tout de suite. Reportage.

Au marché de Cosa, on trouve un peu de tout. De l’huile rouge, des feuilles de patate et de manioc, de la pomme de terre, des oignons, du piment, du riz pour ne citer que les aliments de consommation. Des aliments dont certains sont posés à même le sol, à la portée des mouches, des vers de terre et bien d’autres microbes.

 

Ici, les occupants sont conscients du spectacle désolant qu’offre ce centre d’affaires. Ils savent les risques sanitaires qu’ils encourent. Ils savent aussi le danger auquel les consommateurs sont exposés. « C’est difficile pour nous. Nous vendons ici sans notre gré », explique calmement, non sans émotion, madame Aïssata Sylla, qui dit être obligée de faire son petit commerce dans cette atmosphère nauséabonde pour subvenir aux besoins de sa famille. « Mon mari ne travaille pas et je n’ai pas étudié. Donc c’est à partir d’ici que j’arrive à nourrir mes enfants et à subvenir à certains de nos besoins ».

Dans ce marché, les ordures comment à occuper les places libres. Impuissants, les vendeurs se montrent croyants. « La santé, appartient à Dieu », se fortifie madame Aissata Sylla.

Taxes

Les petits détaillants de Cosa n’échappent pas à la règle. Tout le monde paye quotidiennement une taxe à l’Etat, estimée à 1.300 francs guinéens par personne et par commerce. Aujourd’hui, c’est la question relative à l’usage fait de ces fonds qui taraudent les esprits.

« On paye une taxe par jour pour qu’on aménage les lieux et qu’on ramasse les ordures. Mais ils ne le font pas. Nos pieds pourrissent de mycoses  à cause de la boue », se lamente Yarie Touré.

Les gens ne comprennent pas l’indifférence des autorités communales et administratives de la capitale face à leur sort. « Nous leur rapportons des millions par jour et ils sont incapables de ramasser les ordures. On dirait qu’il n’y a pas de gouvernants dans ce pays », regrette une autre vendeuse, arrêtée dans une eau boueuse.

Le lieu de business manque aussi toilettes publiques dignes de nom. Celles qui existaient sont infréquentables par manque d’entretien. « Ce n’est pas possible », s’exclame notre interlocutrice en remuant la tête, choquée.

Sentiment de malaise

Le marché de Cosa est situé entre la route Le Prince et les rails de la Compagnies des Bauxites de Kindia (CBK). En cette saison hivernale, une partie qui sert par moment au terrain de football est envahie par une eau stagnante de couleur verdâtre et des ordures qui prennent la forme d’une montagne. L’odeur des immondices est insoutenable. On ne se souvient plus du temps où les camions des services de ramassage des déchets sont passés par là.

Dans les concessions avoisinantes, faute de caniveaux, le sentiment de malaise grandit aussi.   »C’est de la merde. Nous souffrons beaucoup avec ces ordures », s’emporte Fatoumata Binta Diallo, une femme qui habite à quelques encablures du marché.

« Il faut que le gouvernement vienne voir ce marché pour le débarrasser des ordures. Il n’y a pas de santé avec ces déchets. Tous les caniveaux sont bouchés. Nous sommes à la merci des moustiques », explique madame Diallo, en montrant les boutons et des tâches noirs sur sa peau. 

Face à cette situation, les citoyens des quartiers environnants disent avoir entrepris des démarches visant à attirer l’attention des décideurs. En vain. « Nous avons tout fait, mais impossible. Nous avons rencontré les autorités locales, le gouverneur de la ville, le maire qui nous ont promis sans rien faire », se souvient un père de famille du nom de Moussa Sacko.

Parce que les PME de collecte des ordures sont absentes, les commerçants font ce qu’ils peuvent pour éloigner les détritus de quelques mètres. Mais à force de les pousser et de repousser, la voie ferrée de la CBK, également empruntée par le train de la banlieue, connu sous le nom commercial ConakryExpress, se retrouve parfois menacée. Du coup, la compagnie minière russe Rusal ne lésine pas sur les moyens pour préserver l’infrastructure ferroviaire.Un vigile est posté sur le chemin de fer pour dissuader ceux qui voudront faire du rail un dépotoir.

 

« Le marché et le quartier viennent déverser les déchets à non loin de la voie ferrée. Malheureusement les autorités au plus haut niveau n’ont jamais fait face à cette épineuse situation des populations malgré les nombreuses sollicitations adressées. Je suis donc là au compte de la CBK pour empêcher les uns et les autres de jeter des ordures sur les rails », explique l’agent N’Fa Amara Camara.

Recroquevillés derrière ces ordures qui posent une réelle problématique de santé publique, l’administrateur du marché et ses collaborateurs n’ont pas voulu recevoir Kaloumpresse.com pour répondre à un certain nombre de question.

Assainissement budgétivore

Le marché de Cosa ne fait pas exception à Conakry. La gestion des ordures demeure le principal défit à relever.

 

Selon le gouvernorat de Conakry, chaque habitant dans la capitale guinéenne produit en moyenne 6 kg de déchets plastiques et liquides par jour. Et  la production journalière de toute la ville est passée de 6 000 à 8 000 tonnes d’ordures pour 1,6 million d’habitants.

Un plan d’assainissement de la capitale validé en juillet prévoyait un budget de 36 milliards de francs guinéens pour une période de 6 mois. Ce plan succède à un premier. Élaboré au cours second trimestre de l’année, il avait englouti quelques 7 milliards  de francs guinéens, sans résultats probants.

 

Les forces de défense et de sécurité ont été mises à contribution pour rendre la capitale propre.

En dépit de ces engagements humains et financiers la capitale croupit toujours sous le poids de l’insalubrité.

Courant août, le président Alpha Condé a reconnu l’échec de la guerre déclenchée contre les ordures par son chef de gouvernement et le gouverneur de Conakry. Une guerre qu’ils menaient avec un cortège de grosses cylindrées climatisées, sur fonds de suspension de régisseurs de marchés et de chefs de quartiers.

« Aujourd’hui il y a des ordures partout. J’ai dit au Premier ministre que c’était devenu de la Mamaya (NDLR du folklore). Il faut trouver d’autres solutions’’, a dit le président Condé pendant une conférence de presse.

Par Aliou BM Diallo
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