samedi , 5 décembre 2020

Aliou Bah, directeur de la Com. du BL :  »L’opposition est capable de réaliser l’alternance à condition »

Bah Aliou est Consultant et analyste financier. Directeur de Communication du parti Bloc Libéral (BL), il décrypte l’actualité politique et économique de la Guinée. Dans cet entretien accordé à Kaloumpresse.com, le jeune politicien revient sur le différend qui oppose l’opposition parlementaire à celle extraparlementaire. Il n’occulte pas aussi la gestion du pouvoir Alpha Condé et l’impact d’Ebola sur l’économie guinéenne vu par un opposant.

 

Kaloumpresse.com : Quelle analyse faites-vous de la situation sociopolitique actuelle de la Guinée ?

Aliou BAH : Nous sommes dans l’impasse politique qui est due à la non signature du dernier relevé de conclusion des accords obtenus lors des rencontres du 01 au 09 juillet dernier au palais du peuple, dans le cadre de la relance du processus politique dans notre pays. Cette rencontre qui a réunit pouvoir et opposition, membres du gouvernement, la CENI mais aussi des facilitateurs locaux, faisait suite à la demande d’application des accords du 3 juillet 2013 par le gouvernement.

Malheureusement, l’accord n’a pas vu jour car il y a un blocage causé par le Président de la République, Alpha Condé, qui a estimé qu’il fallait balayer d’un revers de main tous les éléments qui ont fait l’objet d’un consensus.

Donc le président Alpha Condé en est le responsable, selon vous ?

 

Alpha Condé n’est pas quelqu’un qui est véritablement intéressé à appliquer les principes démocratiques en de Guinée. A chaque fois que nous déroulons un programme qui ne soit pas conforme à son agenda personnel et celui de sa mouvance,  il ressort sa volonté de se construire en obstacle pour tout ce qui peut aider la Guinée à aller de l’avant.

Les élections communales tardent à venir en Guinée, que fait l’opposition dans sa globalité ?

Ces élections communales sont d’une importance capitale. C’est à la base que les principes de la démocratie s’exercent de façon effective.  Des mauvaises interprétations ont constitués un facteur de retard d’où l’engagement pris par l’opposition de relancer le processus politique lors des rencontres du 1er au 9 juillet au palais du peuple qui malheureusement n’ont pas abouti aux attentes car un accord n’a été signé.

Oui, mais l’impasse politique demeure. Quelle alternative compte employer l’opposition face à un pouvoir intransigeant ?

Nous pensons que le peuple de Guinée doit s’interroger véritablement, après quatre ans d’exercice du pouvoir par Alpha Condé. Nous sommes allez de problèmes en problèmes.

Véritablement rien ne s’est construit en Guinée depuis 2010. Sur le plan politique, l’impasse a continué, la méfiance continue entre les acteurs politiques. Sur le plan économique, il n’y a quasiment plus d’économie en Guinée. Sur le plan social la question de la réconciliation nationale n’a jamais été une priorité du gouvernement actuel. Chaque jour que Dieu fait, nous ne continuons que de nous enfoncer. Aujourd’hui la Guinée est un pays sans repère, la pauvreté gagne en ampleur et il n’y a aucune issue pour les populations. Si ailleurs, quelque fois l’avenir est sombre,  en Guinée l’avenir est complètement sombre.    

Les partis politiques que nous sommes, travaillons pour qu’une alternative se construit. C’est pourquoi le rendez–vous électoral de 2015 est très important. D’où le travail pour sa tenue et sa transparence et mettre en place toutes les conditions qui pourront nous garantir une alternative.

Mais en même temps la Commission électorale ne vous inspire plus confiance

C’est ce qui est véritablement un problème. Car de nos jours, la CENI est dans l’agenda politique du président Alpha Condé. Elle n’évolue pas conformément aux textes en vigueur en République de Guinée. Elle ne respecte pas son règlement intérieur à plus forte raison les accords qui ont été préalablement signés. Elle évolue suivant un calendrier qui lui est déroulé par la présidence de la république; ce qui impose un manque de confiance entre les acteurs politique. Elle viole sa position d’organe technique qui doit se mettre au service des politiques pour organiser une élection sans reproche. Malheureusement elle ne s’inscrit pas dans cette dynamique;  elle est en train de dérouler un agenda propre à une mouvance présidentielle pour organiser une mascarade électorale et mettre les guinéens devant des faits accomplis pour hypothéquer les acquis démocratiques et compromettre la paix civile.

L’opposition extra-parlementaire à laquelle votre parti, le BL, appartient a récemment rencontré le Président Condé. Il y a eu assez de commentaire

On ne peut pas parler de rencontre avec le Président de la République. Le Président Alpha Condé a souhaité rencontrer l’opposition extra-parlementaire. Il nous a envoyé des émissaires qui ont exprimé sa volonté de nous rencontrer. Nous nous sommes dits, par principe, on peut rencontrer le Président de la République. Les partis qui composent la  coordination extra-parlementaire sont au nombre de 16 dont 4 sont signataires de la charte de l’opposition extra-parlementaire. Nous nous sommes retrouvés en plénière pour examiner cette question. Après le compte rendu qui a été fait par celui qui a été contacté par les émissaires du Président, nous avons dit que nous sommes disposés à rencontrer le Président de la République.

Mais il faut qu’on donne un contenu à cette rencontre. C’était avant son départ pour les États-Unis. Nous avons estimé que comme ce n’est pas un mandat d’emmener et que c’est une invitation, il faut qu’on s’accorde sur le contenu qu’il fallait donner à la rencontre. Sur quoi allait porter la discussion. L’idée de rédiger un mémorandum a été émise par l’opposition extraparlementaire. Parce qu’au cours d’une audience, vous ne pouvez pas discuter de tous les points avec le chef de l’Etat. Il faut entamer les grandes lignes de discussions pendant l’audience et lui laisser un document.

C’est ainsi que nous avons mis en place une commission qui est en train de rédiger le document qui contient toutes nos préoccupations et notre lecture de la situation politique, sociale et économique de notre pays depuis son arrivée au pouvoir, et quels sont les pistes de solutions éventuelles qu’on peut envisager pour sortir notre pays de l’ornière.

A partir du moment où nous allons terminer ce mémo, le rendez-vous sera confirmé et le peuple de Guinée saura de quoi on a discuté avec le Président de la République. Parce que traditionnellement ailleurs, ça se passe comme ça.

On parle de nos jours d’une relation tendue entre l’opposition parlementaire et celle extraparlementaire. Qu’est-ce qui vous divise réellement ?

Relation tendue, je ne dirai pas non. Des incompréhensions existent.

Qu’est-ce qui est à la base de ces incompréhensions ?

L’année dernière, particulièrement, le  Bloc Libéral avait refusé de souscrire aux accords du 03 juillet et refusé d’aller aux élections législatives. Avec ce recule, les gens ont dit que nous avons fait preuve de claire-vaillance. Toute modestie gardée, nous avions vu ce scenario venir. Mais nous n’avions pas été écoutés. L’année dernière, au pire moment de la crise, nous avions proposé un document de 9 points, dans lequel nous avions consigné quelques pistes de solutions de sortie de crise de façon définitive.
Un mémorandum qui nous avions partagé avec tous les acteurs concernés. L’idée n’a pas prospéré. Tout le monde s’est accordé à aller à des élections dans des conditions connues de tous. La fraude était organisée bien avant le jour du scrutin. Après les élections, nous avons dit que cette Assemblée qu’on est en train de mettre en place ne pouvait pas aider la démocratie. Peut-être ça allait faire l’avantage de ceux qui allaient y siéger. Parce que certains sont plus pressés à aller siéger pour des raisons personnelles que défendre réellement une ligne politique. Ce qui est contraire à la vocation du BL.
On a observé la dernière session des lois. Le Parlement a passé toute cette session sans pour autant pouvoir adopter même un règlement intérieur qui doit être le baromètre de son propre fonctionnement. L’Assemblée a passé son temps dans des difficultés au fur et à mesure, la session est finie, et le peuple de Guinée n’a pas trouvé son sort.
A partir de ce moment, nous avons dit qu’il faille tirer les leçons de tout ce qui est arrivé et réorganiser l’opposition. La Coordination de l’opposition extraparlementaire (COEP) a exprimé ce souhait.
Parce l’année dernière certains leaders politiques, à cause des circonstances, se sont retrouvés dans l’opposition, mais en réalité ils n’en n’étaient pas par conviction de l’opposition. C’est le cas de Jean Marie Doré qui a fait ce qu’on appelle le banditisme politique, et d’autres dont la révélation la plus flagrante a eu lors de l’élection du Président de l’Assemblée nationale, à l’ouverture de l’hémicycle. Il y a eu 6 députés qui se sont ralliés du côté de la mouvance au détriment de l’opposition. (…)
Nous nous sommes dit qu’il faut tirer toutes ces leçons et définir des nouvelles conditionnalités sur lesquelles nous allons travailler.

Nous allons matérialiser ça à travers une charte qu’on va appeler la charte de l’opposition républicaine. Ce, dans le souci d’une réorganisation.

Une plénière a été tenue à cet effet, une commission a été mise en place pour l’élaboration de cette charte. Elle a travaillé. Les deux documents ont été élaborés. Il était question au cours d’une plénière de discuter, distribuer le document à tous les états-majors des partis politiques de l’opposition républicaine  pour que chaque parti se prononce en son sein et qu’à l’occasion de la plénière, qu’on puisse l’amender et adopter la charte. A partir de ce moment, on saurait définir les règles du jeu au sein de l’opposition républicaine. Il ne servirait à rien de dire qu’on est unie au sein de l’opposition républicaine et qu’on n’est pas uni autour de quelque chose de solide.

Pour vous c’est le seul moyen pour l’opposition de renforcer sa position?

Si nous n’avons pas une organisation forte face à ce pouvoir, qui refuse tous les principes de base de la démocratie, nous n’avons aucune chance de réaliser l’alternance, et le combat politique que nous sommes en train de mener serait vain. Nous pensons qu’il ne faut pas faire une collaboration de façade. Il faut tirer les leçons. Il ne sert à rien de s’associer pour aller perdre. Il faut qu’on s’associe pour maximiser nos chances d’aller gagner. Et toutes les conditions sont réunies, de par la gouvernance d’Alpha Condé qui a suscité une déception pour la minorité des Guinéens qui ont eu à le soutenir. Avec une réorganisation, l’opposition est capable de réaliser l’alternance, mais sans cela,  le combat sera vain. C’est pourquoi notre souci, c’est d’agir à priori pour ne pas que la défaite arrive, pas par la force de l’adversaire, mais par le fait de notre faiblesse à nous de nous organiser mieux. C’est pourquoi il y a des incompréhensions, mais je vous assure que nous sommes mieux compris aujourd’hui. Au niveau de l’opposition parlementaire, il y a des démarches en cours pour normaliser.

Concrètement qu’est-ce qui achoppe ?        

C’est que cet agenda a été considéré par l’opposition parlementaire comme n’étant pas une grande priorité. Il y a eu trois séances qui ont fait l’objet de report. Donc, c’est parce que l’agenda qui est prioritaire pour nous ne l’est pas pour certains de nos amis de l’opposition parlementaire. Mais je crois que ces incompréhensions sont en voie d’être corrigées.

Quel peut être l’impact d’Ebola sur l’économie de la Guinée, d’après l’analyse du Bloc Libéral ?

Ebola va nous coûter au bas mot 1% de croissance pour 4,5% de croissance projetée, selon la loi de finances 2014. A l’évaluation à mi-parcours de la loi de finances, il y avait déjà des contres performances qui avaient été notées, lors du 1er trimestre. L’année dernière, sur un objectif de 5,5% de croissance, nous avions fait mois de 2,5% de croissance.
La loi de règlement de la même année, avant l’adoption de loi de finances avait fait cas des contres performances. Le gouvernement avait justifié cela par les nombreuses manifestations organisées par l’opposition. Ce qui n’est pas vrai.
A partir de là, on a projeté pour cette année de 4,5% de croissance. Mais tout porte à croire qui les difficultés constatées l’année dernière ont augmenté en ampleur. Aujourd’hui, il n’y a plus d’économie. Avec Ebola qui s’ajoute, il va nous couter au moins 1% voire 1,5% de croissance. 

Votre analyse sur le scandale de Dakar sur  les 20 millions de dollars ?

Avant cette affaire, je rappelle que c’est le « sounday-time » qui avait révélé qu’Alpha Condé avait pris des engagements auprès d’un vautour sud-africain Paladino de 25 millions de dollars.  Et il avait effectivement pris cet engagement pas au nom de l’Etat guinéen, ce ci n’a jamais été budgétisé. Il avait dit que l’Etat a commencé à rembourser sans qu’ont explique au peuple pourquoi ont rembourserait un engagement qui n’est pas pris au nom de la Guinée, ni utilisé pour les guinéens.
Cette fois-ci après les révélations du « Quotidien » sénégalais le gouverneur de la BCRG a affirmé que c’était des opérations régulières et qu’il n’y a pas de crime.

La gouvernance Alpha Condé est habitué à ce genre de fait. Après les 700 millions de dollars recueillis auprès de rio Tinto en dehors de tout cadre légal  car ne possédant ni  Assemblée Nationale, ni Cours des comptes encore moins une institution de la République qui pouvait vérifier l’usage de ces fonds.  Et pire ce montant n’a jamais été budgétisé. Toutes les justifications données par le gouvernement étaient d’affirmer que ce compte était logé quelque part.

Le cas particulier de Dakar  relève un vice de procédure. S’il y a des transferts entre les banques centrales, généralement quand la Guinée exporte des devises c’est des billets de banque mutilé. Si tel est le cas, pour le dollar, la destination devait être la réserve  fédérale (FED) équivalent de la banque centrale aux États-Unis, et l’Euro, c’est à Francfort au siège de la banque centrale européenne. Curieusement, ce ne sont pas des billets mutilés, donc des billets en bonne et dû forme vers une destination qui est Dubaï malgré que les premières destinations fussent annoncées par les autorités prises de panique.  Cette opération n’est autre qu’un blanchiment d’argent malgré que les autorités aient annoncé dernièrement que l’argent était destiné à City Bank.

Le gouverneur de la BCRG a clairement indiqué qu’il s’agit d’une opération régulière, preuve à l’appui.

Dans la précipitation de communication du Gouverneur de la banque centrale, il n’y a eu beaucoup d’incohérences. Dans un primer temps, un montant de 10 millions de dollars équivalent de 4 milliards de FCFA avaient été annoncés, puis un autre montant de 20 millions de US dollars.   Et avant d’ajouter que cette transaction fait partie d’une opération qui concernait 58 millions de dollars.
Les guinéens s’interrogent. La communication du gouverneur de la banque centrale n’a rassuré personne et n’a jamais été soutenue par des  documents fiables. Ceux adressés à la douane Sénégalaise étaient antidatés et qui n’avaient aucun rapport avec la transaction en cours.  
L’argent du peuple de Guinée est envoyé dans des comptes dont on ne sait pas le propriétaire. Sinon la chose la plus simple à faire c’était de brandir devant l’opinion public nationale un document qui attestait que le montant ainsi déclaré à été mis dans un compte effectivement qui appartient à la Guinée  logé à la City Bank.
Malheureusement on constate que le gouverneur de la banque centrale plaçait des thèses non soutenues par des documents. Tout, porte à croire que nous sommes face à un détournement public de fonds et de blanchiment d’argent.

Interview réalisée par Aliou BM Diallo
+224 622 254 564
contact@kaloumpresse.com

 

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