vendredi , 17 août 2018
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Manuel Valls présente la démission de son gouvernement: «C’est Montebourg ou moi»

Les critiques d’Arnaud Montebourg, ministre de l’Economie, ont précipité la chute du gouvernement de Manuel Valls, à qui François Hollande a déjà demandé d’en composer un nouveau.

Tempête au sommet de l’Etat : la fronde du ministre de l’Economie Arnaud Montebourg a provoqué la chute du gouvernement de Manuel Valls, qui a été chargé par le président François Hollande de composer une nouvelle équipe dès mardi.

Après un week-end agité par les déclarations de M. Montebourg sur la politique économique menée par le gouvernement dans les pages du Monde puis depuis son fief électoral de Frangy-en-Bresse, le Premier ministre a présenté à François Hollande la démission de l’ensemble du gouvernement.

Manuel Valls, reçu pendant une heure lundi matin par le chef de l’État, est désormais chargé de constituer, d’ici mardi, une «équipe en cohérence avec les orientations» que François Hollande «a lui-même définies pour notre pays», a déclaré l’Elysée dans un bref communiqué.

Rendez-vous avait été pris dès hier soir pour ce tête à tête à l’Elysée, indique l’entourage du chef de l’Etat, qui sera en fin de matinée à l’île de Sein (Finistère) pour le 70e anniversaire de la Libération du pays. Selon le Parisien et France Télévisions, Manuel Valls aurait glissé à François Hollande : « C’est lui ou moi  ! Si tu refuses, ce sera sans moi ! ». Du côté de l’Elysée, on réfute : « Il y a eu un consensus absolu sur l’analyse de la situation et la réponse qu’il convenait d’y apporter ».

Depuis ce matin, chaque ministre du gouvernement démissionnaire défile à Matignon pour y rencontrer Manuel Valls.

Manuel Valls privilégie le remaniement au recadrage

Dimanche soir, l’entourage de Manuel Valls avait lancé un premier avertissement en déclarant que le ministre de l’Economie avait «franchi une ligne jaune», dans la mesure où un ministre de l’Economie ne peut pas s’exprimer dans de telles conditions sur la ligne économique du gouvernement et sur un partenaire européen comme l’Allemagne.

« Le Premier ministre est décidé à agir », avait-il mis en garde. Mais l’hypothèse d’un recadrage était privilégiée et personne ne s’attendait à un remaniement.


Arnaud Montebourg ne regrette pas ses propos

Lundi matin, le ministre de l’Économie Arnaud Montebourg avait déclaré ne pas regretter ses critiques de la politique économique suivie par le gouvernement, dans lesquelles il n’y voyait «nulle remise en question de la solidarité gouvernementale car les décisions ne sont pas prises».

Regrette-t-il ses déclarations ?«Non. D’abord parce qu’il n’y a pas de colère. Il y a aujourd’hui un débat mondial, des appels mondiaux à la correction des erreurs de politique économique qui sont commises par tous les pays européens en même temps en Europe», a déclaré sur Europe 1.
Le gouvernement « Valls 1 » aura tenu 147 jours

Il s’agit de la première crise gouvernementale depuis la nomination à Matignon de Manuel Valls, qui a succédé à Jean-Marc Ayrault après la déroute de la majorité lors des élections municipales fin mars. Le gouvernement « Valls 1 » aura tenu 147 jours.

M. Montebourg, arrivé en troisième position de la primaire socialiste pour la présidentielle de 2012, s’était auparavant déjà accroché avec M. Ayrault, notamment sur le dossier industriel de Florange, et avait déjà affirmé haut et fort ses orientations lors d’un grand discours prononcé début juillet à Bercy.

Soutenant la démarche de M. Montebourg, l’un de ses alliés quand elle était au gouvernement, l’ancienne ministre Cécile Duflot a souligné de son côté : « nous serons nombreux à être aux côtés de tous ceux qui veulent ce changement de cap et de politique économique du gouvernement ».

Aux commandes depuis le printemps d’un grand pôle ministériel économique, Arnaud Montebourg, 51 ans, électron incommode de la famille socialiste, n’a cessé au cours de sa carrière politique de multiplier les coups d’éclat.

Dimanche, a Frangy-en-Bresse, il avait demandé à François Hollande une « inflexion majeure de notre politique économique », assurant qu’il avait« le devoir » de « ne pas se taire » et « de proposer des solutions alternatives ».


Banoit Hamon n’était pas visé par le rappel à l’ordre

Il représentait, avec son collègue de l’Education nationale Benoît Hamon, la caution de l’aile gauche du gouvernement. Il avait d’ailleurs pris du galon à la faveur du gouvernement Valls en élargissant son portefeuille à l’Economie, en plus du Redressement productif qu’il détenait depuis mai 2012.

Dimanche soir, Benoît Hamon n’avait pas été visé par le rappel à l’ordre de Matignon.

« On est maintenant devant une situation où la réponse est le durcissement et l’autorité »,a réagi Marie Noëlle Lienemann sur BFMTV, fustigeant une « ligne désastreuse: après ne pas avoir pris l’ensemble des forces de gauche qui avaient fait sa victoire, éliminé les écologistes puis éliminé l’aile récalcitrante qui représente quand même beaucoup de gens au sein du PS, François Hollande se trouve comme un roi nu ».

Prise de court par l’annonce de la démission du gouvernement, la droite n’avait pas encore réagi à ce séisme politique en milieu de matinée.

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