samedi , 14 décembre 2019

Conakry : le spectacle de l’horreur

Mercredi 30 juillet. Il est 8h35. Nous sommes à la morgue de l’hôpital Donka. Sur place, un impressionnant dispositif sécuritaire mixte gendarmerie police est déployé.

 

De cette morgue jusqu’à l’enceinte de la grande mosquée Fayçal, des parents et amis des victimes, des centaines d’anonymes attendent. D’autres sont assis à même le sol.

 

Partout, des mères, des pères, des frères et des amis des disparus sont en larmes. D’autres, très inquiets, sans nouvelle de leurs proches partis de la maison depuis hier, se demandent à quelle adresse se diriger. Ceux qui ont retrouvé les leurs sans vie, éclatent en sanglot.

 

A l’intérieur de la morgue, les travaux d’identifications se poursuivent. Quelques minutes plus tard, la directrice de l’hôpital, Hadja Fatou Siké Camara qui a regagné son service tôt le matin s’adresse enfin à la presse, et livre le premier bilan provisoire. L’hôpital a reçu 33 corps dont 4 non identifiés. Parmi les victimes, figurent 18 filles et 15 garçons dont certains sont déposés à même le sol. Leur âge varie entre 10 et 40 ans. Au moins 52 blessés légers ont été enregistrés, soignés et libérés.

 

Plusieurs membres du gouvernement parmi lesquels les ministres en charge de la Justice, la sécurité, l’Économie, la Jeunesse, de l’Administration du territoire, le Secrétariat chargé de la lutte contre la drogue, le grand banditisme et les crimes organisés étaient à la morgue ce matin. Les procureurs de la République près les Tribunaux de première instance de Kaloum et Dixinn sont également de cette délégation de haut niveau.

Le chef de l’Etat, Alpha Condé était également attendu à la morgue.

 

Ce spectacle d’horreur résulte d’un autre. Celui culturel organisé par la structure Meurs Libre Prod à l’occasion de la fin du mois de Ramadan à la plage Rogbané dans la commune de Ratoma. Deux des groupes de la musique urbaine les plus en vue en Guinée, Instinct Killers et Banlieuz’Art devaient tenir en halène un public essentiellement jeune, jusque tard dans la soirée. Le spectacle ne finira jamais en apothéose.

 

Peu après l’annonce du drame mardi nuit, le gouvernement a pris un certain nombre de mesures. Le directeur général de l’Agence guinéenne des spectacles est suspendu de ses fonctions et le Tribunal de Première Instance de Dixinn est invité à ouvrir une enquête.

 

Mercredi dans la journée, un conseil extraordinaire des ministres est convoqué pour se pencher sur ce drame.

 

Déjà le président Alpha Condé a décrété un deuil national d’une semaine à compter du mardi 29 juillet sur l’ensemble du territoire national. Les radios publiques et privées jouent des musiques funèbres.

 

Aliou BM Diallo, avec une contribution de Elie Ougna


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Note de la Rédaction : Photo, Caleb Kolié

 

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