vendredi , 24 mai 2019

Alpha Condé à Washington: la lettre de Pottal-fii-bhantal à Obama

A deux semaines du sommet États-Unis – Afrique qui se déroulera du 5 au 6 août à Washington sous l’égide de Barack Obama l’organisation Pottal-fii-bhantal Fouta Djallon a jugé bon d’adresser un courrier au président américain.

Washington, le 15 Juillet 2014.

A Son Excellence M. Barack Obama,

Président des États-Unis d’Amérique
Monsieur le Président,

Nous avons l’honneur de vous adresser cette lettre suite à l’invitation que vous avez faite à une quarantaine de chefs d’Etats africains cet été dans le but de promouvoir la démocratie et de renforcer la coopération économique avec le continent. Pottal-Fii-Bhantal Fouta-Djallon se félicite de cette initiative.


C’est l’occasion pour remercier le gouvernement et le peuple américain pour l’aide qu’ils continuent à fournir à l’Afrique. Cependant, notre organisation voudrait vous demander de reconsidérer l’invitation que vous avez faite au président de la Guinée, M. Alpha Condé. Les raisons de notre demande sont expliquées dans cette lettre. Nous aimerions que vous les preniez en considération, non seulement pour la prochaine conférence, mais aussi pour l’aide globale et la politique de coopération des États-Unis avec notre pays.

Pottal Fii-Bhantal Fouta-Djallon est une organisation à but non lucratif avec des sections en Europe, en Afrique et en Asie. Notre organisation est résolue à lutter contre les violations des droits de l’homme en Guinée-Conakry. À cet égard, nous avons établi un programme spécial, JUSTICE EN GUINÉE, dédié à l’éradication de l’impunité chronique qui a réduit notre pays à l’ombre de ce qu’il aurait dû être, eût égard à ses potentialités.

Le 28 Septembre 2009, plus de 200 personnes furent tuées et plus de 175 femmes principalement Peules, furent violées en plein jour par des agents de la junte militaire dirigée par le capitaine Moussa Camara Daddis.

Depuis son accession au pouvoir en 2010, M. Alpha Condé – à la consternation de tous les observateurs locaux et internationaux – a montré une complaisance troublante avec les auteurs de ces crimes contre l’humanité. Beaucoup d’officiers des forces de sécurité, identifiés dans le rapport de l’ONU comme responsables de ces atrocités occupent des postes élevés dans l’administration. Non seulement les victimes vivent dans un état d’abandon total, mais aussi elles sont soumises à des pressions et des chantages pour les amener à abandonner toute procédure légale. Aucune action n’a été prise par le gouvernement pour entendre le capitaine Camara Daddis, le principal responsable du massacre. Les officiers comme Claude Pivi et Tiégboro Camara, nommément accusés par la Commission des Nations Unies sur les droits de l’homme, ont été inculpés, mais restent dans le cabinet gouvernemental.

Notre organisation est gravement préoccupée par ce déni délibéré de justice. La complaisance de M. Alpha Condé est tout simplement inacceptable; elle a ruiné les espoirs d’instaurer la démocratie en Guinée que son accession au pouvoir avaient soulevés. Pour de nombreux observateurs de la Guinée, M. Condé est en train de créer des conditions similaires à celles qui permirent le génocide au Rwanda, par des purges de l’appareil militaire ainsi que le recrutement et la formation en Angola d’une milice composée exclusivement de membres de son groupe ethnique. En même temps, des officiers militaires d’autres nationalités du pays sont mis à la retraite en grand nombre (*). Ce noyautage délibéré des forces de sécurité est complété par la mise en place d’une milice parallèle secrète de gardes forestiers et des guerriers traditionnels appelés Donzo.
Dans l’administration, M. Alpha Condé a établi des politiques ségrégationnistes et de division qui ont dissous les restes de la cohésion sociale dans la fonction publique et les services de sécurité, qui sont en principe les conduits d’une identité nationale. Les citoyens de l’ethnie du président Alpha Condé bénéficient de faveurs flagrants au détriment des autres fonctionnaires dont les perspectives de carrière sont réduites quand ils ne sont pas tout simplement radiés de l’administration publique. L’économie fragile de la Guinée est plus que jamais au bord de l’effondrement quand le gouvernement soumet les commerçants et les opérateurs économiques à des harcèlements constants par des mesures fiscales lourdes basées sur l’appartenance ethnique.

L’invitation faite à M. Alpha Condé par votre administration a le risque de contrer l’initiative louable d’encourager et de soutenir la bonne gouvernance en Afrique. Elle pourrait constituer un encouragement à la consolidation de l’une des dictatures les plus corrompues de l’Afrique contemporaine. Isoler les dirigeants africains du genre de M. Condé serait un message clair de votre administration aux populations africaines, en particulier les nombreuses victimes impuissantes vivant dans l’anonymat. Sans une réaffirmation drastique et sans équivoque du principe fondateur de la justice dans la bonne gouvernance, votre administration prend le risque de maintenir la perception d’un double standard dans sa diplomatie africaine. À une époque de tollé international sur les actes barbares de Boko Haram contre des femmes innocentes, il serait regrettable de garder le silence sur le sort de centaines de femmes qui ont été violées en Guinée, il y a quatre ans.

Certains cercles de diplomates et de medias internationaux veulent à tout prix donner à la Guinée le label de «démocratie émergente» avec un président qui travaille pour le changement. En réalité, M. Alpha Condé dépense des sommes considérables d’argent qui pourraient être judicieusement utilisées pour aider les populations guinéennes, afin de forger et maintenir cette image. Un groupe de lobbyistes influents aux États-Unis, en France et au Royaume-Uni est à l’œuvre pour cacher les méfaits et les crimes de son administration.
L’assassinat dans leur sommeil des habitants de Zogota la suite d’un différend sur des arriérés de salaires et des pratiques d’embauche par les sociétés minières, l’enlèvement de jeunes d’une place de marché à Conakry et leur transfert dans des conditions horribles à Soronkoni en Haute-Guinée avec la mort de quelques-uns d’entre eux, les multiples assassinats de manifestants ou la détention avec tortures de citoyens sur de fausses accusations de complots fictifs contre le gouvernement sont quelques exemples du climat de répression qui ont conduit la Guinée à un degré inédit de tension sociale. En plus, il y a des cas flagrants de corruption dans l’attribution des contrats miniers avec les paiements de centaines de millions de dollars dont la destination reste occulte, alors que les citoyens vivent dans une extrême pauvreté. Ce sont là des indications claires d’un pays sombrant dans l’autocratie et la dictature. Le soutien apporté par les lobbyistes ne fera que renforcer M. Alpha Condé dans sa dangereuse logique de gouverner par le déni de justice et le mépris pour les victimes de la violence de l’Etat ainsi quele piétinement du processus électoral par des frappes préventives contre certains groupes ethniques en prévision des élections présidentielles de 2015. Tout autre geste de bonne volonté du gouvernement américain en faveur du régime de M. Alpha Condé sera utilisé comme un chèque en blanc par son administration dans la poursuite de cette politique de division et de chaos.

Pottal-Fii-Bhantal Fouta-Djalon est représentatif d’une grande majorité des victimes sans voix en Guinée. Au nom de cette majorité, nous vous demandons de faire pression sur M. Alpha Condé en suspendant toutes les formes d’assistance économique au gouvernement de la Guinée jusqu’à ce que de tangibles progrès soient réalisés dans le processus judiciaire contre tous les officiers accusés de crimes contre l’humanité.

Notre organisation souhaite que le gouvernement américain saisisse l’occasion de cette conférence pour rappeler aux dirigeants de la CEDEAO de l’indécence morale qu’il y a de permettre à l’un des principaux protagonistes des massacres du 28 Septembre 2009, M. Dadis Camara, devivre un exil doré au Burkina Faso, avec les privilèges d’un ancien chef d’état. Ce laxisme discrédite la CEDEAO et maintient un terrain fertile pour les groupes extrémistes. Il projette sur le continent africain une image qui va à l’encontre des valeurs africaines de respect pour les femmes ainsi que les aspirations des Africains à la démocratie et au développement. Il institutionnalise l’impunité avec de graves menaces pour la stabilité de la région de l’Afrique de l’Ouest. Nous vous demandons de faire pression sur les présidents de la CEDEAO pour la mise en place d’une commission d’enquête composée de juristes indépendants pour entendre et juger le capitaine Moussa Daddis Camara et ses complices comme le général Sékouba Konaté.

La pression des Etats-Unis d’Amérique,pour faire de la justice le véritable fondement de la démocratie, est essentielle pour sauver Guinée des sombres perspectives d’un génocide qui aurait des conséquences tragiques pour l’ensemble de la région de l’Afrique de l’Ouest.

Nos représentants à Washington DC sont disponibles pour vous transmettre toute information supplémentaire au sujet de cette lettre.

Très respectueusement,

La Commission Centrale de Pottal Fii Bhantal Fouta-Djallon
Pottal Fii-Bhantal Fouta Djallon-3396 Third Avenue 1er étage BRONX, NY 11456, Téléphone: 718-879-6697

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