lundi , 22 octobre 2018

La Guinée fait la radiographie de son système de Santé

Le gouvernement guinéen a lancé mardi 24 juin à Conakry, les États généraux de la santé. Cette rencontre qui se tient après les États généraux de la Justice en 2012 vise à faire un examen approfondi des maux qui gangrènent le domaine vital de la santé afin de prescrire des remèdes efficaces.

 

A l’occasion de  la cérémonie d’ouverture de ces États généraux de la Santé,  le Président Alpha Condé n’a pas manqué de poser son propre diagnostic. Pour lui, cette rencontre qui vise à décliner les points d’orientation devant servir de base à l’élaboration d’une nouvelle politique de santé et de plan national de développement sanitaire, se tient à un moment où le secteur est « malade ».

« Les médecins causent 50% des décès »

Pour le président guinéen, le monde de la santé présente aujourd’hui un état inquiétant caractérisé par la course à l’enrichissement, l’abandon du Serment d’Hippocrate et la corruption.

« En effet, il faut avouer  comme dans beaucoup de secteurs, notre  Santé est malade. Quand on choisit d’être médecin, c’est qu’on a choisi de servir.  Quand on choisit d’être enseignant, c’est qu’on a choit de servir.   Mais  malheureusement, nous avons beaucoup de médecins  qui ont oublié leurs  Serment et qui ont fait de la médecine  un commerce », a déploré Alpha Condé, ajoutant que « 50% des morts dans les hôpitaux sont dus aux fautes des médecins ».

Le chef de l’Etat a déploré les comportements des toubib dans hôpitaux et autres centres de santé. Il a dit ne pas apprécié que les hôpitaux prennent des sous avec les malades sans leur délivrer des reçus en retour. Il a aussi regretté l’utilisation abusive des cliniques privées. « Je viens de l’intérieur, j’ai  constaté l’absence criard de médecins, nos établissements sont en déficit », a-t-il affirmé.

Ces assises visent à trouver un consensus autour de la vision de la nouvelle politique sectorielle, qui permettra d’identifier les priorités du plan national de développement  sanitaire (PNDS) 2015- 2024. L’ancien Plan national de développement sanitaire élaboré pour 2003-2012 étant arrivé à expiration.

Satisfaction des partenaires

La décision du gouvernement de procéder à une analyse approfondie du secteur de la santé est appréciée par ses partenaires. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) en première, par son Représentant dans le pays, Dr René Zitsamélé-Coddy a apprécié l’ouverture de ce forum  qui témoigne l’engagement de la Guinée à trouver les voies et moyens pour créer les conditions de meilleure satisfaction des besoins de santé des populations.
Il a toutefois dit que cet engagement doit passer par des reformes hardies.  Car selon lui,  la couverture sanitaire universelle est l’un des gages pour plus d’équité dans l’accès aux services de santé.
Quant à Mohamed Ag Ayoya, Représentant de l’Unicef en Guinée il a mis l’accent sur le fait que l’initiative vise à atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement. Surtout ceux en rapport avec la Santé de l’enfant et de la mère, la lutte contre le VIH, le paludisme et les autres maladies meurtrières. Il a souhaité que ces États généraux prennent en compte les objectifs postes 2015 pour répondre aux défis futurs aussi bien au niveau national que global. « 70 % des enfants de moins d’un an ne sont pas complètement vaccinés. L’on peut observer de grandes disparités dans les couvertures vaccinales entre les régions et entre les zones urbaines et rurales, souvent au détriment des populations les plus pauvres », a interpellé Ag Ayoya.

Pour Philippe van Damme, Chef de la Délégation de l’Union Européenne en Guinée a rappelé que le système de santé guinéen, un modèle pour la sous-région il y a 15 à 20 ans, est aujourd’hui en souffrance. Et que la récurrence des épidémies comme le choléra, la méningite, la maladie du charbon, la rougeole, sont l’externalisation symptomatiques de cette souffrance.

« Les difficultés que la direction nationale de prévention et lutte contre la maladie ont rencontré pour maîtriser l’épidémie de la fièvre hémorragique Ebola, en sont une autre illustration malheureuse, malgré les efforts exceptionnels du Dr Keïta et de son équipe », a-t-il regretté.

Selon le diplomate européen le diagnostic du mal qui anémie le système sanitaire en Guinée est connu. Il s’agit juste de l’approfondir au cours des États généraux et de trouver les bonnes réponses.

Les partenaires techniques et financiers du domaine crucial de la Santé  ont réitéré à la Guinée leur volonté de l’accompagner dans ses efforts pour améliorer la Santé des communautés et des familles.

Pour le ministre de la santé colonel Rémy Lamah cela fait  30 ans que la Guinée s’engageait dans un vaste programme de reforme de son système de santé à travers la première conférence nationale de santé.

Toutes ces initiatives, a-t-il reconnu, ont permis d’obtenir des résultats forts et encourageants. « L’offre de soins s’est accrue atteignant 884 postes de santé, 412 centres de santé, 43 hôpitaux publics, 344 établissements de soins privés et 329 structures pharmaceutiques privées », a-t-il cité.

Selon le ministre de la Santé, pour répondre aux défis qui se dressent sur son chemin, la Guinée devra nécessairement répondre à un certain nombre de questions stratégiques  portant sur la gouvernance, l’offre de soins, les produits de santé, les technologies médicales, les ressources humaines pour la santé, le finalement de la santé. « Des points essentiels pour l’avenir et le devenir du système de santé guinéen », a-t-il conclu.

Sériane Théa
+224 622 85 68 59
contact@kaloumpresse.com

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Note de la Rédaction : Photo, Ministre de la Santé Colonel Rémy Lamah.

 

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