lundi , 10 décembre 2018

Bah Oury : « Je ne me sens même pas suspendu »

En séjour à Dakar, au Sénégal, depuis sa suspension de l’UFDG mardi dernier, Bah Oury était hier à l’université Cheick Anta Diop pour une conférence sous le thème « l’ethnocentrisme en Afrique : le cas particulier de la Guinée ». Ses déboires avec son président de parti Cellou Dalein Diallo et ses proches ont été largement débattus face aux journalistes.

Situation socio-politique de la Guinée

« Je suis désolé de le dire, mais c’est avec une profonde tristesse que je constante que la Guinée est en train de faire encore des reculons au lieu d’aller dans le sens de ce que beaucoup de nos compatriotes espéraient après les élections présidentielles de 2010.

Sur le plan social, le chômage est toujours là, la misère s’accentue, les populations ont de la peine à joindre les deux bouts et comme vous le savez ces fièvres, ces épidémies telles que le choléra et Ebola traduisent une réalité que la Guinée s’est pas préparée à prendre en charge ainsi que les attentes et les besoins en terme de santé, d’infrastructures, de sécurité de sa propre population.

Cette fièvre Ebola est symptomatique d’une gouvernance qui ne fait que faire en sorte que la Guinée reste misérable et en retard pour toujours. Les premiers cas d’Ebola sont parus en fin décembre et début janvier, si la Guinée avait les infrastructures sanitaires, cette fièvre allait être stoppée à temps. Savez-vous qu’en Guinée seulement 2,7 pour cent du budget national est alloué pour la santé et pourtant plus 10 pour cent du budget reste alloué pour la défense.

Le différend qui l’oppose à Cellou Dalein et ayant conduit à sa suspension…

« Cette question, abruptement posée comme ça, est complexe mais de toutes les façons il y a deux éléments fondamentaux : vous savez, être de l’opposition c’est déjà quelque chose d’extrêmement difficile dans le contexte d’Afrique, c’est le premier élément. Le deuxième élément, un parti politique de l’opposition a une responsabilité assez importante pour limiter l’action du pouvoir. S’il n’y a pas de limite à son action, il va de soi qu’il peut avoir des dérives et c’est ce qui est en train de se faire actuellement en Guinée, dérive sur le plan institutionnel, sur le plan de non-respect des droits de l’homme et le non de respect d’une gouvernance économique qui va dans le sens des intérêts de cette population. Moi, personnellement, j’ai dénoncé toujours, mais je vous dis que ceux qui sont à la tête ou à la direction de mon parti notamment Cellou Dalein Diallo ne s’intéressent qu’à l’aspect électoral alors que la question des valeurs, la question des droits de l’homme, la question d’une bonne gouvernance, est une attente et une préoccupation majeures de nos concitoyens qui doivent être prises en compte. D’autres facteurs, c’est que dans un parti politique de l’opposition, il faut préparer l’arrivée d’une alternance démocratique au pouvoir et donc il faut que le parti fonctionne et assure le respect des règles dans un fonctionnement démocratique. Si dans un parti politique de l’opposition, le fonctionnement n’est pas démocratique, on cherche à isoler, on cherche à exclure, à faciliter ce que le pouvoir fait contre certains opposants qui sont exilés, qui sont condamnés ou qui sont emprisonnés, il va de soi et on peut se poser les questions est-ce que ses dirigeants sont avec l’opposition pour un changement démocratique ou ils sont en train de pactiser avec le pouvoir en place? »

Pourquoi j’ai été suspendu de l’UFDG…

« Oui, la raison de ma suspension est due à des dérives que j’ai toujours dénoncées qui consistent à se taire lorsque les Guinéens sont arrêtés, tués….. et je n’ai pas accepté que l’on demande à des populations de descendre dans les rues pour empêcher qu’un opérateur technique Waymark fasse le recensement électoral ; et plus de cinquante citoyens qui ont suivi leurs actes ont été tués et qu’un beau jour sous prétexte, on organise une table ronde que ces mêmes dirigeants signent les accords du 03 juillet en mettant, disons les sacrifices consentis par la population et acceptent que Waymark fasse le recensement, cela est une trahison à nos martyrs. C’est une trahison pour l’avenir du pays parce que le fichier électoral qui n’est pas consensuel, qui n’est pas accepté par tous et qui est déjà corrompu, est un fichier qui présente un danger pour la stabilité du pays dans le futur. Prenez l’exemple sur le cas de la Côte d’Ivoire et d’autres…»

Sa condamnation pour tentative d’assassinat du chef de l’Etat…

« Écoutez, la Guinée est habituée à ces complots permanents qui consistent à accuser une personne ou toute force susceptible d’être une force de contestation, une force de proposition ou une force d’alternance au regard des intérêts des populations. C’est ainsi qu’on l’accusera de tous les noms ou de tous les maux : ce qui est mon cas actuellement a été le cas de M. Alpha Condé et ça été le cas de plusieurs personnes en Afrique qui ont eu des mailles avec des procès politiques qui n’ont fait que honte à l’Afrique. »

« Je ne me sens même pas suspendu… »

« Je ne me sens même pas suspendu. Je suis dans l’UFDG, je demande aux militants de l’UFDG de ne pas prendre en considération ces termes de suspension. C’est quelqu’un qui a peur qui utilise ces genres de méthodes en politique, c’est quelqu’un qui utilise les exclusions de ce genre au lieu d’affronter un débat politique de manière claire pour que les populations se rendent compte quel est le projet qui sous-entend son action ; c’est quelqu’un qui est sur la défensive, c’est quelqu’un qui est sur une pente descendante.

Nous voulons que la Guinée change et nous voulons que l’UFDG qui est mon parti soit le principal instrument du changement démocratique en Guinée et dans ce sens, j’ai le soutien de la majorité écrasante des militants de l’UFDG, je les encourage et je leur dis que le combat continue…»

Cas Ousmane Gaoual et Fodé Oussou…

« Je ne commenterai pas mais plutôt j’apporterai des explications. Lorsque les intérêts de la population sont oubliés, lorsque les accords du 3 juillet 2013 se mettent en dehors des questions du droit de l’homme, la question de la demande sociale, plus d’eau, plus d’électricité, plus de sécurité…et lorsque ce qui les intéresse dans leur politique ce sont les fauteuils de députés ou des postes dans le cabinet des ministres, c’est la raison de la mise en place de l’opposition extra-parlementaire.

Pour ce qui concerne les congrès du mois d’août, d’abord, cela n’est pas un sujet inscrit dans mon ordre du jour et d’ici là, beaucoup de choses vont se faire ou se passer. En essentiel, ils ont peur, c’est juste après la création du nouveau bureau fédéral de l’UFDG de la France, c’est la raison qui a amené certains à avoir peur parce qu’ils ont senti une montée de la base qui demande à prendre des responsabilités au sein du parti. C’est ainsi qu’ils ont commencé à faire des méthodes d’exclusion, mais les militants n’accepteront jamais d’être les otages des prétentieux ; signer un papier et dire tu es exclu, c’est vraiment facile…»

« Alpha Condé est déjà gagnant en 2015 car il a un fichier électoral sous son contrôle »

« 2015 n’est pas encore dans mon agenda, mais je dirai entre guillemet que M. Alpha Condé est déjà gagnant car il a un fichier électoral sous son contrôle ; donc, il peut décréter les résultats qu’il voudra mais en réalité le problème de la Guinée n’est pas qui sera le président de la Guinée en 2015 mais on doit se demander est-ce que ce pays ne risque pas l’explosion ou est-ce que notre pays n’est pas à feu et à sang vu les frustrations des uns et des autres. Je rappelle que les intérêts des populations ne se trouvent pas dans la gouvernance de M. Alpha Condé ; donc, il faut qu’on change cette gouvernance car ils ne font que détourner des millions USD et gonfler leurs comptes ».

Le Sénégal ferme ses frontières avec la Guinée…

« C’est pénible, mais je ne peux que m’incliner devant une décision pour protéger des vies et pour empêcher la propagation d’Ebola car la faute est du côté des autorités guinéennes. S’ils avaient pris le soin de bien s’investir, on n’arriverait pas là où nous sommes. Le Sénégal a entièrement le droit de protéger ses citoyens et au-delà, les autres citoyens vivant au Sénégal, c’est une mesure justifiable. »

Comment vit-il son exil?

« Terriblement, mais je vis quand même et le plus important n’est pas ma vie, mais l’intérêt de la Guinée ».

Son éventuel retour en Guinée…

« Comment on peut penser à mon retour en Guinée, quand on sait que M. Alpha Condé a la police, la gendarmerie, l’armée sous contrôle ».

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