mardi , 13 avril 2021

Baidy Aribot : « On ne se laissera pas faire. C’est terminé ! »

Dans un entretien exclusif accordé à Kaloumpresse.com, l’Honorable Baïdy Aribot, député UFR de Kaloum estime que l’alternance est la seule alternative pour les Guinéens de sortir de la léthargie.

Kaloumpresse.com : Les manifestations contre le manque d’eau et de courant sont légion à Conakry depuis quelques mois. Quel regard portez-vous sur cette situation ?

H. Baidy Aribot : Ce n’est pas de gaité de cœur que je réponds à cette question quand on sait  la situation dramatique que traverse notre pays sur le plan social et des attentes du peuple de Guinée non satisfaites par ce régime. Cela me met dans une situation à la fois d’amertume et de déception totale. Voilà, il ne se passe pas deux jours sans qu’il n’y ait cris dans le pays. Avant, c’était lié aux problèmes d’élection. On disait que c’est l’opposition qui ne voulait pas que la situation se stabilise et qu’il y ait le développement. Maintenant qu’il n’y a pas de manifestation de l’opposition, ce sont les populations qui descendent dans les rues pour des raisons évidentes, notamment l’eau, le courant ou une situation bien particulière.  Ce qui prouve que ce régime a montré ses limites et qu’on n’attend plus rien de ce système de gouvernance d’Alpha Condé. La seule chose que nous souhaitons aujourd’hui, c’est que l’alternance soit la véritable alternative de notre pays pour que la Guinée puisse retrouver sa quiétude et sa stabilité. Cela prouve à l’évidence que c’est un régime incapable et corrompu.

Pourquoi dites-vous que ce régime est incapable ?

Cela fait trois ans et demi que le Président Alpha Condé crie à tort et à travers que ce sont les anciens dignitaires qui ont mis le pays dans une pareille situation. Voilà qu’il a fait trois ans et demi. Ce qu’il a connu, nous ne l’avons jamais connu quand on était ministres. Il n’y avait pas  telles crises. Il n’y avait pas de tels cris dans la rue. Ce régime n’a rien apporté dans ce pays. Sur le plan des réalisations, ils n’a fait qu’achever ce qui a été déjà entamé par les autres. Le Président Condé dit qu’il n’a rien trouvé. Mais la maison où il est aujourd’hui, il l’a trouvé ici. Ce sont les autres qui l’ont fait. Le Palais des Nations qu’il se targue aujourd’hui à donner le nom au Roi Mohamed V, (à qui j’ai  du respect, ce qui du reste me réjouit), c’est les autres qui ont fait ce Palais. Le gouvernement Alpha Condé, c’est comme en mathématique. Il ne fait que remplacer les lettres par leur valeur. Ils ne font que diminuer et remplacer ce que les autres ont fait.

Quand les gens crient, Alpha sort de l’argent parce qu’il a un milliard par jour pour distribuer à travers le pays. Ça veut dire aujourd’hui qu’il a érigé la corruption morale des guinéens en système politique. Hier, il accusait les autres d’avoir pillé le pays. Aujourd’hui, c’est lui qui est en train de piller le pays. Le n’avance pas et ses ressources ne profitent pas aux Guinéens. Comme quelqu’un l’a dit, « la Guinée n’a pas besoin d’un gouvernement de mission. La Guinée a maintenant besoin d’un nouveau président de mission ».

Mais recemment des centaines de femmes ont rassuré que l’échéance de 2015 est gagnée d’avance.

Vous savez, ce ne sont pas des gens qui sont dans la logique des élections transparentes. C’est pour vous dire jusqu’où la situation de ce pays est dramatique. Des agents d’autorité qui se transforment en partisan d’un parti politique. Ceux  qui sont chargés d’assurer la sécurité des citoyens qu’on tue en longueur de journée sont partisans, et des partisans extrémistes de tout bord. Aujourd’hui, Alpha et tous ses agents d’autorités n’ont pas d’autres alternatives pour ce pays sauf le plonger dans la guerre ou dans les conflits. Si non, qui peut se permettre aujourd’hui de parler d’un troisième mandat si ce n’est pas pour torpiller la constitution ? Si ce n’est pas aussi la vocation à toujours tricher les élections parce que quelque part les dés sont déjà pipés. Ils s’en foutent éperdument. Raison de plus, ils ont renvoyé les élections communales et communautaires aux calendes  grecques. Parce que quelque part, c’est leur schéma de vol. Alpha ne peut avoir le pouvoir qu’à travers les agents d’autorités. Il n’a pas d’autre légitimité que la légitimité administrative, pas la légitimité populaire.

Pendant ce temps, que fait l’opposition ?

Mais, on va sévir. Vous croyez qu’on va se laisser faire ? Cette fois-ci, on est très catégorique. Ou les élections se passent comme ça se doit, ou ceux qui sont responsables de ce qui va advenir payeront devant l’histoire. Cette fois-ci, les élections doivent être sécurisées. Car, on ne permettra plus que quelqu’un se maintienne au pouvoir, ou qu’on vol les élections et qu’on croise les bras. C’est terminé !

Mais les élections communales et communautaires ne se tiendront pas demain ?

Mais ça va se faire toujours attendre parce que le Président de la République sait qu’il est toujours perdant. Je vous le dis, Alpha sait pertinemment qu’il est impopulaire. Il n’y a pas quelqu’un qui se rend compte de sa situation dans ce pays comme lui. Il connait parfaitement sa situation, mais c’est quelqu’un qui s’en fou éperdument de ce que le peuple pense de lui ou de ce que les élections peuvent donner. Il aime toujours des situations comme ça pour passer par des chemins tordus pour se maintenir au pouvoir. Mais il oublie  que ce système et ce temps sont révolus dans notre paysage politique actuel. Aujourd’hui dans le concert des nations, aucun chef d’Etat ne peut se maintenir illégitimement au pouvoir. On ne permettra pas que ça se passe et ça ne se fera jamais ici maintenant. Ce qui s’est passé est passé et on remet cela au compte de l’histoire. Avec nous, ça ne marchera plus. La volonté du peuple de Guinée doit maintenant être respectée. Ceux qui veulent aider la Guinée peuvent aider le pays dans ce sens. Ceux qui veulent que la paix s’installe en Guinée peuvent aller dans ce sens si non, l’histoire jugera.

L’opposition s’est pourtant tue sur l’organisation rapide de ces élections communales

Non ! On ne se tait pas. L’opposition est en train de dénoncer le manque de volonté du pouvoir à respecter l’accord du trois juillet 2013 qui nous a amené aux élections législatives sous l’égide des Nations Unies. C’est  cet accord qui a dessiné le contour de la feuille de route des échéances électorales en Guinée. Normalement, les élections devraient se tenir  au premier trimestre, ce qui n’est pas le cas, et nous dénonçons cela. Nous sommes en train de demander à tous les amis et bailleurs de la Guinée de permettre que les élections se tiennent à temps et dans l’esprit de cet accord.

Quel est le plan « B » si le vote ne se déroule pas dans un délai raisonnable ?

Il est évident qu’on va redescendre dans la rue.

Vous êtes à l’Assemblée nationale quand même ?

Le Parlement va continuer à faire son travail. Mais les partis politiques feront aussi respecter la  volonté du peuple à travers le respect de la constitution.


Trois ONG viennent de porter plainte contre deux ministres Guinéens en fonctions pour surfacturation des travaux d’entretien routier. Comment avez-vous perçu cette procédure ?

Je ne sais pas si vous connaissez le vrai visage de ce régime et de ses sujets. On a à faire  à un système de gouvernance à deux niveaux.
Il y a un niveau où le clan Alpha Condé qui gère le pays en connivence avec des réseaux mafieux du monde, pillent le pays et sortent l’argent. Et pour ça, on compte sur beaucoup de réseaux de communication à l’étranger pour ne pas parler du cas spécifique de la Guinée. Ce que les mêmes réseaux et les mêmes media dénonçaient au temps du régime du Général Lansana Conté, aujourd’hui on n’en parle pas.
L’autre niveau est géré par une bourgeoisie naissante, dirigée par des étrangers qui se partagent avec les supports locaux les biens de ce pays. Rien qu’à voir comment le partage des marchés publics est programmé, rien qu’à voir comment les payements sont effectués au ministère des finances au compte du budget de l’Etat, si vous n’êtes pas membre de ce clan ou de ce système maffieux, vous n’êtes pas payés, même si vous avez des crédits que l’Etat vous doit. On refuse de le faire de manière catégorique parce que vous n’êtes pas de leur clan ou de leur ethnie.


Qui sont  ces étrangers et les membres de ce réseau maffieux dont vous parlez?

Non ! Vous connaissez. Renseignez-vous ! On a beaucoup de sociétés qui sont venues de je ne sais où, qui profitent des marchés juteux de l’Etat et qui sont en connivence avec le clan Alpha Condé au pouvoir. C’est ça le système Alpha Condé. Tout ce qui est surfacturation, Alpha est au courant.  C’est ça le système communiste d’Alpha. C’est le régime de Pol-pot.
Il y a beaucoup des choses à dénoncer, notamment dans le secteur des mines. Plusieurs journaux étrangers ont dénoncé ces derniers temps la corruption dans ce secteur.
Dans ce secteur, récemment même, Frédéric Cilins de BSGR a plaidé coupable devant un tribunal aux USA…
Je ne connais pas les gens de BSGR. Mais je parle de la situation qui prévaut. Si vous regardez la manière dont les choses sont gérées, la gestion est faite pour le compte et en faveur des sociétés écran créées à l’étranger par des gens qu’on connait avec des prête-noms. Ils viennent prendre nos mines, nos ports, nos différents secteurs où les ressources sont vitales pour essayer de s’enrichir comme ils l’ont toujours voulu dans ce pays. Mais, le temps viendra où tout ça sera mis sur la table. Je pense que cette plainte montre à suffisance que c’est un régime qui sévit dans la corruption.

L’Assemblée nationale va-t-elle ouvrir des enquêtes pour situer les responsabilités ?

Tout à fait. Si nous sommes à même de réunir toutes les conditions de travail dans le cadre de cette affaire,  l’Assemblée va sévir en ouvrant une enquête parlementaire pour que la vérité soit établie.
On a l’impression que le taux de criminalité est en hausse.
Mais c’est toujours la même chose. Ce régime est à plus de 400 morts depuis l’avènement d’Alpha. Aucun régime des pays environnants n’est à ce taux de morts. J’ai dit qu’il faut qu’on arrête de tuer les gens, parce que ce ne sont pas des bétails. Ce régime n’a pas d’autre alternative que la violence et la barbarie. Au lieu de répondre concrètement à ce que le peuple demande, on le tue.

Les autorités administratives annoncent chaque fois l’ouverture d’enquêtes ?

Mais ça ne peut pas aboutir dans la mesure où les auteurs sont couverts. Ce sont les autorités elles-mêmes qui sont la couverture ultime de ces bavures des forces de l’ordre. Ils sont rattrapés parce qu’ils sont des vendeurs d’illusion.  Le gouvernement a dit qu’il a mis plus de 250 millions de dollars dans le secteur de l’énergie. Le résultat c’est quoi ? Au lieu de donner l’électricité et l’eau, on tue les Guinéens. Je crois qu’on est arrivé à un point de non-retour.

Quel va être le problème auquel le parlement va s’attaquer dès le début de la session des lois ?

L’opposition va attaquer les problèmes les plus cruciaux des populations. D’ailleurs on salue le fait que le Maroc va construire des logements sociaux en Guinée. Mais, il n’y a pas que les logements. Les problèmes se posent à tous les niveaux des services sociaux de base, de la santé en passant par le système éducatif.
Le président de la République a dit qu’il n’a pas trouvé un Etat, il a trouvé un pays. Voilà pendant trois et demi, il n’a rien fait pour mettre en place un Etat, ni une procédure.


Entretien réalisé par Aliou BM Diallo
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