samedi , 18 août 2018
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Expulsion de sans-papiers guinéens de Belgique: Les raisons d’une annulation

La nouvelle expulsion collective des sans-papiers Guinéens, prévue ce lundi 17 mars 2014 à bord d’un avion militaire affrété par l’office belge des étrangers, a été annulée in extremis par les autorités guinéennes qui ont annulé le survol de l’espace aérien guinéen et l’atterrissage de cet avion à l’aéroport de Conakry.

 

Cette décision a mis en colère les autorités Belges qui ont tout de suite convoqué, selon nos informations, Dr Ousmane Sylla, ambassadeur de Guinée auprès de l’Union Européenne et des pays du BeNeLux pour explications au cabinet de M. Didier Reynders, ministre belge des Affaires Etrangères.

Sauf que, d’après les informations dignes de fois, aucune procédure en matière d’expulsion n’a été respectée par les fonctionnaires belges qui gèrent ce dossier. Alors question : Que s’est-il réellement passé au point de provoquer un incident diplomatique entre la Guinée et la Belgique ?

Des anciennes méthodes de délivrances des laissez-passer par des cadres véreux guinéens refont surface !

De sources diplomatiques, tout porte à croire qu’aucune règle en matière d’expulsion n’a été respectée. En effet, les démarches entreprises par Catherina Smith, chargée du dossier guinéen à l’office belge des Etrangers se sont déroulées sans que l’Ambassade de Guinée à Bruxelles, la seule autorité habilitée à délivrer les laissez-passer (document indispensable à tout rapatriement) ne soit informée.

« Nous avons été surpris d’apprendre cette expulsion à laquelle nous n’avons été associés ni par les supposés commissaires guinéens ni par ceux qui gèrent le dossier guinéen à l’office belge des Etrangers », explique un diplomate du coté de l’Ambassade de Guinée à Bruxelles. Et dire que la Direction de l’aviation civile de Guinée a autorisé le survol et l’atterrissage de l’avion militaire belge sans que le Ministère guinéen en charge des Transports, son autorité du tutelle, ne soit informé, il y a lieu de se demander comment ce dossier a été vraiment géré. D’où l’annulation de cette décision de survol et d’atterrissage à l’aéroport de Conakry par les autorités compétentes.

Ce n’est pas tout ! Les deux ‘’commissaires’’ guinéens, un certain N’Faly Kéita et un certain Doumbouya, respectivement au Ministère guinéen des Affaires Etrangères et de la Direction de l’Aviation civile, se seraient faits délivrés des ordres de mission pour se rendre en Belgique, alors que ni le Secrétariat Général de la Présidence encore moins celui du Gouvernement – habités à établir ces ordres de mission – ne soient au courant. De même que le Ministre des Affaires Etrangères, qui ne sait rien sur la fameuse mission d’identification des sans-papiers guinéens en Belgique.

En agissant de façon isolée et en contournant les autorités compétentes guinéennes, les sieurs N’Faly Kéita et Doumbouya semblent réveiller les anciennes pratiques de délivrance des documents nécessaires à l’expulsion des sans-papiers guinéens contre des espèces sonnantes et trébuchantes des années 2000. Il revient dès lors aux autorités guinéennes de prendre des mesures qui s’imposent pour punir les auteurs de ces faits.

Il faut rappeler que depuis 2005, N’Faly Kéita a toujours fait parti d’un réseau de délégations qui a souvent séjourné dans plusieurs pays d’Europe pour identifier des guinéens demandeurs d’asile déboutés. L’objectif étant de fournir des documents de voyage indispensables à leur expulsion.

Les autorités Belges, en colère, convoquent les diplomates Guinéens

Les autorités belges sont en colère suite à l’annulation par les autorités guinéennes de l’expulsion massive des Guinéens sans-papiers. Or selon toute vraisemblance, aucune autorité guinéenne n’a été officiellement saisie de cette nouvelle expulsion massive des sans-papiers guinéens de Belgique.

Il aura fallu, vendredi 14 mars 2014, la convocation de l’ambassadeur de Guinée auprès des pays de l’Union de Européenne et du BeNeLux à Bruxelles, pour que les diplomates guinéens présents à Bruxelles soient informés des tenants et aboutissants de ce rapatriement, qualifié d’illégal par des associations belges de défense des sans-papiers.

Sur exigence du cabinet du ministère belge des affaires étrangères, deux diplomates guinéens répondront à la convocation belge. M Jean Touré, premier secrétaire d’Ambassade et Mme Marie Agnès Touré, premier secrétaire chargé des Affaires financières et consulaires, se sont ainsi longuement expliqués au cabinet du Ministre Belge des Affaires Etrangères en présence de la chargée du dossier guinéen à l’Office des Etrangers. Qui, malheureusement n’aurait présenté aucun document officiel guinéen nécessaire à l’expulsion des sans-papiers guinéens.

Suite aux explications des deux parties, le Directeur de cabinet de Didier Reynders, semble comprendre la situation et mettre la balle à terre ! La tension a-t-elle autant baissée entre les deux pays ? Rien n’est moins sûr.

Toujours est-il que, accusé dans cette affaire, alors qu’il en est pour rien, par des Guinéens notamment les militants de l’UFDG vivants en Belgique, qui menacent de réserver un accueil musclé au Président Alpha Condé attendu fin mars à Bruxelles, et menacé par les autorités compétentes belges, l’Ambassadeur de Guinée auprès de l’Union européenne et de BeNeLux, devrait à son tour répondre à une nouvelle convocation au cabinet des Affaires Etrangères belge en début de cette semaine.

Pour rappel, une vingtaine de Guinéens, selon plusieurs associations belges notamment le Collectif de Résistance Aux Centres Pour Etrangers (CRACPE) actuellement détenus dans les centres fermés de Vottem, Merksplas et Brugge, sont en passe d’êtres expulsés sans les laissez-passer de l’ambassade de Guinée.

Dans un communiqué rendu public le 13 mars dernier, les Associations CRACPE, CRER et Getting the Voice out dénoncent le non respect par la Belgique de la Convention européenne des Droits de l’Homme, qui interdit les expulsions collectives.

« En organisant cette nouvelle déportation collective, la Belgique se place une nouvelle fois dans une position peu honorable : en violant l’art 4 du Protocole n°4 de la Convention européenne des Droits de l’Homme qui interdit et condamne les expulsions collectives. Mais aussi, en ayant recours à une instance supranationale, l’Union européenne, qui par ses recommandations s’immisce de manière anti-démocratique dans les prérogatives dévolues aux représentants légaux des Etats souverains. », rappellent les associations de défense des sans papiers.

Mamadou Sacko et Abdoulaye Sylla

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