lundi , 12 avril 2021

Dr Makalé Traoré : « Les femmes, la Guinée, le président et Moi »

Dr Makalé Traoré, chef d’entreprise, présidente du Réseau des femmes Africaines, ministres et parlementaires de Guinée (REFAMP) et présidente de la Coalition des femmes et filles de Guinée pour le dialogue et la construction de la paix et le développement (COFFIG) a accepté de répondre à nos questions. Entretien à bâton rompu, effectué à la veille de la Journée internationale de la Femme.

Kaloupresse.com : Bonjour Dr Makalé Traoré. Présentez-nous la Coalition des femmes et filles de Guinée. Qu’est-ce que c’est ?

Dr Makalé Traoré : A l’ origine de la Coalition, il y avait un engagement que j’ai pris le jour où j’ai été élue Femme de l’année en avril 2010.  Ce jour-là,  j’ai fait des promesses. La première était que ce prix cesse d’être un prix théorique et qui se recoupe dans les activités qu’on mène en faveur des femmes. C’est ainsi que j’ai lancé le projet d’appui à la valorisation du travail des femmes et j’ai mis un fonds avec Ecobank. J’ai pu aider 22 groupements et 642 femmes qui sont aujourd’hui indépendantes.

A côté de cela, je me suis fixée comme objectif de m’impliquer pour mettre des organisations de femmes ensemble pour développer une solidarité entre ces organisations, et que les femmes puissent parler d’une même voix afin de constituer une véritable force de proposition en Guinée. A l’origine, c’est un rêve à travers le prix que j’ai eu, et c’est en ce moment  j’ai proposé à mes collègues du Réseau des femmes Africaines ministres et parlementaires de Guinée que je préside depuis 2010. L’idée est donc partit d’un communiqué que j’ai fait sur les radios pour convier les ONG féminines à une réunion pour se préparer à prendre le relais du dialogue qui battait de l’aile à l’époque.

Cette Coalition compte combien d’ONG adhérentes de nos jours ?

Au départ, 15 organisations ont répondu, nous avons essayé de voir comment accompagner de façon paisible la transition et sensibiliser toutes les couches sociales pour qu’on voie d’abord le pays en face au lieu des intérêts partisans, souvent basés sur l’ethnie, l’appartenance politique. De 15 à 25 organisations, puis 70 organisations, nous nous sommes dits qu’il fallait structurer. Nous avons attendu qu’on ait une masse critique d’organisation pour structurer. C’est ainsi que d’août 2011 à novembre 2012, nous avons mobilisé les organisations bien structurées. Nous avions une porte-parole consensuelle ‘’moi-même’’, et en novembre 2012, lors d’une Assemblée constitutive, nous avons mis un bureau en place. Aujourd’hui, nous sommes 235 ONG. Et je pense que c’est la plus grande organisation féminine en Guinée.

Qu’est-ce que ce prix a représenté pour vous en tant que femme d’entreprise ?

Quand j’ai été élue, j’ai demandé à regarder les résultats. Je me suis rendue compte que pratiquement plus de 90% des femmes, tout milieu confondu,  ont voté pour moi. J’ai dis qu’il faut que je pose des actes. C’est en ce moment que j’ai pensé à la mise en place du fonds d’appui à la valorisation du travail des femmes. C’est aussi en ce moment que j’ai décidé que les femmes cessent d’être une force d’attente pour devenir une force de proposition.

Ce prix a donc été l’élément déclencheur de la création de la Coalition que vous présidez ?

C’est de là qu’est partie de l’idée de COFFIG  qui est aujourd’hui une réalité. C’est au-delà de tout ce que je pouvais espérer. Et dès que nous revenons de New York, on va procéder à la deuxième remise du fonds à des groupements de femmes dont la première remise a permis à beaucoup d’être indépendantes économiquement.

A combien s’élève ce fonds ?

C’est un fonds revolving qui s’élève à un milliard de francs guinéens que j’ai garantie auprès d’Ecobank. Et Ecobank nous accompagne pour cette opération. Je n’ai pas envie que ce  fonds porte le nom Makalé. Mais dans le futur, nous voulons qu’il porte le nom ! « Fonds des femmes pour les femmes ». A la longue, lorsqu’il sera connu, je vais demander aux autres femmes qui ont les moyens de mettre des fonds pour qu’il soit pérenne au profit des femmes.

Comment les bénéficiaires  sont-elles identifiées et où vivent-elles ?

Nous avons lancé ce fonds à l’occasion de la journée du 12 octobre de 7 milliards d’habitants, avec l’appui de l’UNFPA. A l’issue de ce lancement, j’ai commencé à recevoir des appels, j’ai mis un comité de pilotage qui a défini les critères pour obtenir le fonds. Il ne demande pas de garantie aux femmes. J’ai demandé seulement que les femmes soient parrainées par une personne crédible et de deux, que ça soit des femmes qui ont des petites activités. Nous ne finançons pas des femmes qui vont en Chine ou à Doubaï. Et le troisième critère est qu’il faut être en groupements.

Quels sont les principaux objectifs de votre coalition aujourd’hui ?

D’abord, il y a eu deux périodes. La première, c’est de 2011 au 20 février 2014. Cette période a consisté à aider à renouer le dialogue à chaque fois qu’on est passé à côté d’un affrontement. Nous avons obtenu des moratoires, nous avons interpellé le chef de l’Etat, nous avons organisé des marches blanches, nous avons organisé une case de veille des observations d’élections lors du scrutin législatif, en proposant des solutions pour améliorer la situation.  Les deux premiers volets, c’est que le dialogue ne se soit jamais rompu.  
Et le deuxième objectif, c’est la consolidation de la paix. La paix est très fragile dans notre paix. Vous êtes jeunes, mais vous savez ce qui se passe dans nos familles, dans nos quartiers, dans nos communes. Chacun raisonne un peu comme son visage, son ethnie, et c’est grave pour une Nation.
Donc nous pensons que pendant toute la période de la transition, qui n’est pas finie avec l’élection du Président, mais qui s’est terminée avec la mise en place de l’Assemblée,  il fallait que les femmes jouent leur rôle.
Maintenant que la transition est finie, nous arrivons à une deuxième période. C’est ce que nous avons voulu marquer, en organisant le 20 février dernier, l’Assemblée générale d’orientation stratégique de la COFFIG. Le thème était  axé sur la problématique de l’implication des femmes dans la gouvernance locale. Elle était basée sur quatre piliers.  Savoir, le renforcement institutionnel de la COFFIG,  l’installation de nos structures à l’intérieur du pays, l’identification et l’accompagnement des candidatures féminines pour les prochaines échéances et  enfin la revue stratégique pour accompagner les activités génératrices de revenus en faveur des femmes et des activités d’accompagnement citoyen et de revenus pour les jeunes.

Vous vous battez pour l’équité au sein des instances dirigeantes du pays. Malheureusement, les femmes restent minoritaires dans la sphère politique alors qu’elles sont les plus nombreuses. N’est-ce pas là un paradoxe ?

Vous savez, le constat est fait. Tout le monde le sait. Aujourd’hui, il faut dépasser la théorie pour passer à l’action. Il ne sert à rien de dire nous sommes à 52% de la population, il ne sert à rien de dire que nous n’avons pas accès aux postes de responsabilités. C’est de faire en sorte que ce que nous souhaitons, nous puissions l’atteindre. C’est dans l’accompagnement, la formation, la sensibilisation et surtout l’action pour décomplexer les femmes par rapport à leur situation. La Guinée dispose des femmes hautement qualifiées.  Dans le processus de réconciliation, il n’y a presque pas de femmes, c’est toujours les hommes qui discutent de paix, et nous sommes toujours obligées de nous inviter dans le débat. Et on l’a fait pendant ces trois dernières années. Tout le monde sait l’effort qu’on a fourni pour que les choses ne basculent pas. Donc, il ne suffit plus de se plaindre.

A votre avis quels sont les principaux défis à relever ?

Ce sont des défis qui interpellent l’ensemble des Guinéens. C’est relever les défis de la pauvreté, de la citoyenneté. Mais je pense que le défi fondamental, c’est celui de la citoyenneté. Les Guinéens, peut-être par la pauvreté et un manque de culture, manquent de repères à tous les niveaux.  Je pense même que nous sommes en crise de leadership réel.  Je suis franchement contre l’ethnicité parce qu’au bout, il y a l’abîme. Donc nous sommes en train de nous mener consciemment ou inconsciemment vers l’abîme. Qu’est-ce qu’on peut avec son ethnie seule ? Rien !

Etant ancienne directrice de campagne du RPG, qu’en-est-il aujourd’hui des 33% de représentativité des femmes au sein des partis politiques et du Parlement ?

Je pense qu’il y a ce qu’on veut et il y a ce qu’on a. Et quand on a, il faut analyser. L’ancienne Assemblée avait 14% de femmes. Le parlement actuel en a 22%. C’est vrai que comparaison n’est pas raison. Pourtant, c’est le même nombre de députés. Donc, la base d’analyse n’a pas changé. Ça veut dire qu’il y a eu un progrès. Et ce progrès, c’est grâce au plaidoyer et à la mobilisation des femmes. Malgré tout, nous continuons ce plaidoyer. C’est vrai, nous n’avons pas eu ce que nous voulons, mais le progrès est appréciable. Aujourd’hui, vous avez quand même 25 femmes à l’Assemblée alors que l’ancienne législature n’avait que 11 femmes. Mais entre les deux, on a eu 23% au Conseil national de transition (CNT). C’est certainement dû au fait que c’est une femme qui était à la tête du CNT. Comme quoi on n’est jamais mieux servi que par soi-même.
Donc, je ne vois pas ce qu’on aurait dû avoir. Je regarde le point de départ et ce à quoi en est arrivé. Et c’est grâce à ce plaidoyer et à la mobilisation. Le monde évolue, on est obligé et on sera amené à accepter ce leadership féminin dans les prochaines années.


Quelle est la spécificité du Réseau des femmes africaines ministres et parlementaires ?

Il appartient à ce réseau les ministres en fonction comme les ministres anciennes. Le but, c’est que les Nations-Unies ont estimé que les femmes qui ont assumé des responsabilités de haut niveau dans leurs pays, pourraient se mettre ensemble, capitaliser leur expérience, aider la cause des femmes et aider le pays à avancer. Il y a la paix, la consolidation de la quiétude sociale, il y a surtout le plaidoyer pour l’accès des  femmes aux postes de responsabilités.
Le réseau des femmes a beaucoup travaillé en Guinée. Depuis 2010, il a procédé à une réforme en élisant la présidente. Jusque-là, c’est la ministre de l’action sociale qui présidait le réseau. Ça gênait  son fonctionnement compte tenu du calendrier très chargé de la ministre. Depuis que j’ai eu l’honneur d’avoir été élue à la tête de l’ONG, rien que le fait qu’on ait pu mettre en place la coalition des femmes qui a permis au réseau d’avoir une ouverture vers les femmes de la base et de les aider à s’organiser, c’est le leadership féminin sans conteste. Partout où nous allons à travers le monde pour assister à des conférences et des colloques, les Guinéennes sont félicitées pour avoir réussi cela. Alors que dans les autres pays, réunir toutes les ONG, avoir le même langage et parler d’une seule voie, c’est très difficile. Nous l’avons réussies ici grâce à l’ouverture du Réseau des femmes africaines ministres et parlementaires de Guinée.
Nous nous rendons à New York avec une délégation forte de 17 femmes pour  faire le bilan des Objectifs du Millénaire pour le Développement qui a été réalisé dans le monde entier sur la situation des femmes.  Donc, le Réseau des femmes ministres parlementaires est un réseau de leadership. Il faut une tête pour mener une troupe. Il faut une vision, et cette vision, il faut une loi permettant à la femme d’avancer.

Quel message souhaitez-vous adresser à l’ensemble des Guinéennes et celles du monde entier qui éprouvent des difficultés pour faire respecter leurs droits à New York ?

Je dirai deux choses aux Guinéennes. Premièrement, c’est que les droits vont avec les devoirs. C’est quand on a accompli son devoir qu’on est en droit de réclamer ses droits. Deuxièmement, je voudrais insister sur la solidarité. On l’affirme à chaque fois. Mais ce n’est pas évident que nous soyons des actrices d’une solidarité active entre femmes. Je voudrai également dire aux femmes que nous avons un passé glorieux. Nous devons ensemble, après des décennies, construire un présent et un avenir glorieux sur la femme guinéenne. Notre pays nous appartient tous. Il ne peut pas se construire sans nos efforts conjugués. Donc, l’implication des femmes à tous les niveaux doit se faire par nous-mêmes par notre détermination, notre engagement et par notre conviction. C’est en cela que nous pouvons influencer le cours des choses pour laisser aux générations futures des exemples et des modèles.
Je voudrais dire aux femmes que chaque jour est un 8 mars et que chaque jour elles doivent poser des actes en faveur des jeunes. Le travail que nous faisons doit impliquer des retombés et des résultats en faveur des hommes et des jeunes.  Les femmes ne doivent pas se battre que pour elles. Elles doivent se battre pour l’ensemble de la société. Puisqu’elles constituent le socle, elles doivent prendre l’exemple, aider les deux autres entités à agir. C’est à ce prix que nous pouvons atteindre les objectifs que nous nous fixons.

Quel sera le thème débattu cette année aux Nations-Unies ?

Les défis et les réalisations de la mise en œuvre des Objectifs du Millénaire pour le Développement.

Par rapport aux droits des femmes, quelles sont les mesures prises à votre niveau pour lutter contre les violences faites aux femmes ?

Nous ne sommes pas l‘Etat. Ce que nous pouvons faire, c’est d’interpeller sur la situation. Nous l’avons fait, notamment au lendemain des violations des femmes le 28 septembre 2009. Le réseau africain des femmes ministres et parlementaires de Guinée, élargi à 23 autres organisations était la première à faire une déclaration courageuse pour condamner à la télévision nationale. Beaucoup ne pouvait pas bouger le 29 septembre. Quand on est arrivé à la télévision, on ne voulait pas nous laisser parler. Nous avons dit que ce qui s’est passé là, il faut qu’on le dénonce et qu’on dise qu’on a foulé au sol tout ce qui constituait le socle de la société. Transformer le corps de la femme en champs de bataille dans pays religieux, ça sortait de tout entendement. Nous avons aussi assisté    des femmes dans la discrétion…


Après son élection en 2010, le Président Alpha Condé a annoncé la mise à la disposition des femmes et des jeunes d’un fonds de 130 milliards de francs guinéens. Votre coalition a-t-elle bénéficié de cet appui ?

Ecoutez, la COFFIG ni le REFAMP n’a reçu ce montant. Nous n’avons pas participé non plus à la gestion de ce fonds. Je sais qu’il y a des femmes qui en ont bénéficié et le processus contenue. C’est ce que je peux dire. Je n’en sais pas plus.


Comment avez-vous perçu cette initiative ?

C’est une bonne chose. Mais il aurait fallu structurer la procédure et que les fonds aient pu être rapidement alloués et aider les jeunes et les femmes à capitaliser rapidement les résultats de cette mise à disposition. Mais je pense que le processus continue et qu’on va faire de recadrage progressivement pour que ces fonds soient accessibles. Mais c’est une volonté politique qui, j’espère, va donner des effets.


En 2010, vous étiez directrice de campagne du RPG. Le Pr Alpha Condé a été élu, mais Dr Makalé Traoré s’est retrouvée hors des différents gouvernements formés. Les commentaires vont bon train dans la cité. Comment expliquez-vous cela ?

Rire ! Vous savez, un Président de la République peut nommer qui il veut, quand il veut, où il veut, à un poste de décision. C’est vrai que beaucoup ont attendu comme cela est de coutume de voir la directrice de campagne de campagne à un poste de responsabilité. Mais vous savez, moi je n’ai jamais conçu la chose en termes de poste. Moi j’ai conçu la chose en termes de rôle. Parce qu’il est important, après une élection comme celle-là, qui a suscité énormément d’espoir, et à l’occasion de laquelle nous avons tous rêvé à une rupture. C’est vrai que le parcours du Pr Alpha Condé qui s’est battu pendant 40 ans pour la démocratie, après avoir subi beaucoup de choses avant d’arriver là où il est, comme il ne devait rien à personne, nous avons pensé qu’on aurait pu en 2010, réaliser ce basculement vers quelque chose de plus consistant. Ce qui est plus important, c’est quel rôle jouer dans ce processus. Donc, j’ai une lecture un peu biaisée par rapport à la lecture simple des gens. J’ai regretté moi-même de n’avoir pas joué ce rôle. Je l’ai regretté parce que je suis persuadée que j’aurais apporté avec la conviction et les compétences que j’ai, quelque chose d’intéressant pour la Guinée et pour cette avancée. Mais vous savez, moi je regarde dans le rétroviseur pour juste faire le point et avancer.  
Ce sur quoi je vais rassurer, c’est que je me suis posée la question. Moi je l’ai posée au Président : « Pourquoi vous avez nommé tout le monde sauf moi ? » « Pour la clarté dans ma tête, j’ai besoin de savoir ?».
Il a parlé de tout, mais il n’a pas dit des choses qui pouvaient m’être reprochées. J’ai tourné la page, la vie continue. Peut-être c’est à lui un jour qu’il faut poser la question.


Quel bilan faites-vous après les trois années d’exercice du pouvoir du président Alpha Condé ?

Je suis toujours gênée par cette question. Parce que quand vous n’êtes pas en train de faire une sauce, si vous n’avez pas la main, vous ne connaissez pas les réalités et les difficultés qui sont liées à la cuisine, à la réalisation de cette sauce. Donc, les jugements de valeur je les évite. Je n’ai pas les tenants et les aboutissants. Evidemment, il est facile de juger de l’extérieur. Je ne veux pas tomber dans cette facilité. Je souhaite simplement que les choses marchent bien parce que si tel est le cas, c’est dans l’intérêt de l’ensemble des Guinéens.

Vous ne jugez pas, mais le panier de la ménagère demeure cher en cette veille de la Journée internationale de la Femme…

Ça c’est vrai. Il y a beaucoup des difficultés au niveau de la base. Je souhaite que tous ces cris d’espoir soient entendus pas le Pr Alpha Condé, qui a suscité beaucoup d’espoir et que le panier de la ménagère comme d’autres choses puissent marcher mieux. Ce, pour lui faciliter les élections de 2015. Vous savez, moi je ne réagis pas en termes de personne, je réagi en termes de perspectives. L’homme part et la Guinée reste. Le Professeur est là pour 5 ans et peut être pour 5 autres années. Mais après, ça sera quelqu’un d’autre. Et la Guinée demeure. Donc, s’il réussit, c’est dans l’intérêt de tous les Guinéens et s’il échoue, c’est la souffrance de tous les Guinéens.
Pour le panier de la ménagère, c’est vrai que pour le moment, ce n’est pas tout fait le cas. Ce que je peux dire encore une fois, il faut que des recadrages soient faits afin que progressivement, il y ait ce déclic. 
Les infrastructures sont bien, mais les besoins primaires sont fondamentaux. Se nourrir, se loger, se soigner, se former, se vêtir, se déplacer, sont fondamentaux. Ce sont ces domaines qu’il faut attaquer en premier lieu. Je pense qu’un pouvoir doit avoir en ligne mire ces objectifs-là. Après viennent les infrastructures et tout le reste.  C’est vrai qu’en Guinée tout était prioritaire. Mais il fallait prioriser les priorités.


Dr Traoré, vous êtes présidentes des plusieurs ONG, présidente du Conseil d’administration de la Sotragui et mère de famille. Comment arrivez-vous à concilier toute cette panoplie d’activités ?

C’est grâce à l’ordinateur. C’est vrai que sans méthode, sans organisation, on n’arrive à rien. Je ne perds pas beaucoup de temps dans les mamayah et autres. J’adore ça, mais je mets le travail avant tout. Je me lève très tôt, et je me couche tôt. Je m’arrange à finir ma journée. Donc, quand je suis là, je suis très ponctuel. Quand je dois faire un travail à 8h, je le fais. Parce qu’après la journée, on ne maîtrise rien. Je remercie le bon Dieu de m’avoir aidé à maîtriser l’informatique.
Quand je suis là, j’ai une plage horaire pour la société, j’ai une plage horaire pour la COFFIG et une j’ai une pour le REFAMP. C’est vrai que ce n’est pas facile, mais ça va.


La Guinée a été secouée ces derniers temps par plusieurs violences. Quelles sont les origines et les approches de solutions que vous préconisez ?

Rire ! Je pense que la construction d’une Nation ne se fait pas dans l’adversité absolue. Quand vous voulez avancer, il faut avancer avec le maximum de personnes. Sinon, vous serez obligé de vous retourner en arrière pour chercher le monde et avancez avec lui. Vous aurez perdu du temps, de l’argent et peut être des hommes. Et quand un pays perd tous ces éléments, il lui est très difficile de se rattraper. Donc, l’adversité absolue ne construit rien. On construit dans le dialogue et le partage. On en n’a manqué et nous les femmes avons fait appel  plusieurs fois à un dialogue constructif et franc. Nous avons même interpellé le Président de la République parce que nous estimons que le premier responsable de la construction d’un  pays c’est d’abord le Président de la République. Quand on est Président, c’est pour l’ensemble de la Nation. Et nous pensons que nous avons manqué le coach en 2010, 2011, 2012. On en est sorti très miraculeusement. Maintenant, il faut que chacun se ressaisisse et qu’on pense au développement pour tous.

Dr Makalé Traoré,  merci d’avoir répondu à nos questions.

Je vous remercie

Interview réalisée par Aliou BM Diallo & Sériane Théa
+224 622 254 564

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