samedi , 15 décembre 2018

Coopération Guinée – Maroc : Après les accords et la prière, les vrais défis…

Au terme d’une visite de trois jours en terre africaine de Guinée, le roi Mohamed VI, est reparti avec sa délégation de chefs d’entreprises et de membres de son gouvernement.

 

’heure est désormais au bilan. Un bilan plutôt positif mais qui, à analyser de près, présente des défis majeur pour un pays comme la Guinée, en éternel recommencement.

La visite du souverain chérifien a permis aux délégations marocaine et guinéenne de signer environ 24 accords de coopération dans des domaines variés.

Parmi eux, figurent en bonne place, l’accord portant convention de non double imposition et de prévention contre l’évasion fiscale en matière d’impôts sur le revenu, un protocole de coopération entre le ministère de l’Agriculture de la République de Guinée et le ministère de l’Agriculture et de la Pêche maritime et l’Office chérifien des phosphates (OCP), ainsi que l’accord  portant sur le renforcement des capacités des ressources humaines du ministère de la Pêche et de l’Aquaculture de la République de Guinée.

Les délégations ont aussi paraphé des accords dans le secteur de la pêche maritime et de la marine marchande.  La coopération industrielle et commerciale, le partenariat entre la Banque centrale guinéenne et le groupe marocain Attijariwafa Bank, le tourisme, l’éducation, les mines et l’énergie ont également été au centre des échanges et des accords entre les deux parties, à Conakry.

L’un des points clés du passage de Mohamed VI à Conakry aura été le lancement des travaux de construction de 3000 logements sociaux par le groupe Addoha Douja promotion. Un projet qui se subdivise en trois. La première partie porte sur la construction d’une Cité  Police de 1891 logements, pour 849 millions de DH. La deuxième couvre la construction d’une Cité Douane de 761 logements, pour un coût global de 404 millions de DH, tandis que le troisième projet appelé complexe « Kipé », prévoit la construction de 388 logements de haut standing, pour un investissement global de 493 millions de DH.

Bref, tous les secteurs succulents de l’économie guinéenne sont concernés par ces accords signés entre les délégations de haut niveau des deux pays, sous le regard attentif du roi Mohamed VI et le président Alpha Condé.

Déjà, en Guinée, les autorités crient victoire. Une victoire économico-diplomatique qui, croient-elles, va changer le quotidien des Guinéens dans un laps de temps.

Mais on sait en même temps que le problème de la Guinée n’est son potentiel touristique, agricole ni minier. Le problème de la Guinée est ailleurs. C’est un pouvoir sourd dans le débat politique et une opposition violente qui semble prendre goût à l’instabilité. Bref, le souci de la Guinée est nourri et entretenu par ses enfants.

Or il ne faut pas se leurrer. Comme tout autre investisseur, les marocains envisagent d’investir en Guinée dans le but de réaliser profit. Contrairement à ce que certains essaient de faire gober aux Guinéens, ce ne sont pas des cadeaux royaux que Mohamed VI est venu apporter à la Guinée. Ce ne sont pas des philanthropes qui viennent de séjourner en Guinée. Ceux qui viennent de partir pour le Gabon sont des hommes et des femmes d’affaires qui veulent investir et faire des intérêts à court, moyen, voire long terme.

 

 

Rien n’est donc gagné d’avance avec le Maroc. Les bonnes volontés ne manquent pas de part et d’autre.  Pour voir les promesses du Royaume chérifien se réaliser, la Guinée doit faire un effort supplémentaire. D’abord en facilitant les démarches nécessaires à la création ou à l’installation d’entreprise. Certes le pays a fourni des efforts dans ce sens ces dernières années, selon le dernier rapport Doing Business de la Banque mondiale. Mais il faudra extirper des couloirs de l’Office de la promotion et des investissements privés, tous ces cadres véreux, corrompus qui découragent les investisseurs.

 

L’autre travail à faire et non le moindre est le renforcement de la paix et la quiétude sociale. Il va falloir assurer tous les investisseurs étrangers. Y compris les marocains. « L’argent a peur du bruit », enseigne l’adage. Et c’est là d’ailleurs le vrai défi à surmonter.

Comme les géants miniers qui hésitent à cause de l’incertitude politique et décisionnelle, les chinois qui doutent aussi à cause du climat des investissements, les marocains pourraient mettre un bonne partie des accords signés en veilleuse si la Guinée arrivait à renouer avec son cycle de violence habituelle. A chacun d’y réfléchir…

Elie Ougna
+224 622 85 68 59
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