lundi , 17 juin 2019

Destitué, le président ukrainien refuse de démissionner

Destitué par le Parlement, Viktor Ianoukovitch a vainement essayé de s’envoler vers la Russie ce samedi. Les députés ukrainiens ont aussi libéré l’opposante Ioulia Timochenko, emprisonnée depuis 2011. Le président ukrainien Viktor Ianoukovitch a essayé de prendre un avion pour la Russie mais en a été empêché par des gardes-frontières, a déclaré ce samedi le président du Parlement Olexandre Tourtchinov.

« Il a essayé de prendre un avion à destination de Russie, mais il en a été empêché par des gardes-frontières. Il se cache actuellement quelque part dans la région de Donetsk », région pro-russe dans l’est de l’Ukraine dont il est originaire, a-t-il dit, cité par l’agence Interfax.

Pourtant, Viktor Ianoukovitch assurait plus tôt dans l’après-midi n’avoir nullement l’intention de démissionner : « Le pays assiste à un coup d’Etat (…). Je suis un président élu de manière légitime », avait-il déclaré au cours d’une allocution télévisée. De leur côté, les députés ukrainiens l’avaient de facto destitué en fixant au 25 mai la date d’une élection présidentielle anticipée.

Ioulia Timochenko est libre

Le Parlement avait voté plus tôt dans la journée la « libération immédiate » de l’ancienne Première ministre. « Ioulia libérée ! », scandaient des centaines de personnes à Kharkiv (est), où Ioulia Timochenko était hospitalisée près du centre pénitentiaire. L’ancienne égérie de la « Révolution orange » de 2004, arborant sa tresse emblématique, les a saluées de la main, et son entourage a annoncé qu’elle se rendait à Kiev, sur le Maïdan, la place de l’Indépendance occupée depuis trois mois par des milliers d’opposants. « La dictature est tombée non pas grâce aux hommes politiques et aux diplomates, mais grâce aux gens qui sont sortis dans la rue, qui ont réussi à protéger leurs familles et leur pays », a-t-elle déclaré, rendant hommage aux centaines de milliers de personnes qui ont manifesté pendant trois mois leur opposition au régime.

« Ianoukovitch a été mis KO », s’est réjoui l’un des responsables de l’opposition, le champion du monde de boxe poids-lourds, Vitali Klitschko, sur le site internet de son parti Oudar (coup). Quant au président de la Commission européenne José Manuel Barroso, il s’est félicité de ce dénouement.

Menace sur l’intégrité territoriale

Deux proches de Ioulia Timochenko ont été désignés à la tête du Parlement et du ministère de l’Intérieur. « Notre principal objectif, c’est de rétablir le fonctionnement des institutions », a déclaré son nouveau président, Olexandre Tourtchinov, au cours d’une conférence de presse peu après son élection.

La police avait affirmé auparavant être « aux côtés du peuple » et partager ses aspirations à des « changements rapides », dans un communiqué publié sur le site internet du ministère de l’Intérieur.

Le président Ianoukovitch est en déplacement à Kharkiv, où se déroulait un congrès de responsables politiques des régions pro-russes de l’est, qui a remis en cause la « légitimité » du Parlement ukrainien, considérant qu’il travaille actuellement « sous la menace des armes ». « Les décisions du Parlement prises dans ces conditions amènent à douter de leur légitimité et de leur légalité », ont souligné ces responsables. « L’intégrité territoriale et la sécurité de l’Ukraine se trouvent menacées », estiment-ils encore.

L’Ukraine, 46 millions d’habitants, est divisée entre l’est russophone et russophile, majoritaire, et l’ouest nationaliste et ukrainophone. Dans la banlieue de Kiev, un embouteillage monstre était provoqué par l’afflux de milliers d’Ukrainiens allés jeter un oeil sur la luxueuse résidence présidentielle, désertée par les forces de l’ordre. Les lieux sont gardés par le service d’ordre des opposants, qui interdisait l’accès à l’intérieur des maisons, mais laissait les curieux contempler de l’extérieur, à travers les fenêtres, les pièces décorées de marbre et de dorures, la salle de réception en forme de galion et une collection de faisans…

Situation économique épouvantable

Sur le Maïdan, transformée en quasi-zone de guerre, au coeur de Kiev, depuis le début de la crise il y a trois mois, des milliers de personnes étaient toujours rassemblées samedi dans l’attente des ultimes nouvelles de la situation politique. Beaucoup étaient présentes avec une bougie et des fleurs. Une inscription proclame « gloire aux héros » et des photos de manifestants tués étaient affichés sur le podium érigé au centre de la place. « Nous devons rendre hommage à ceux qui sont morts pour nous, nous devons être fiers d’eux et continuer notre combat jusqu’au bout, pour un avenir meilleur », a expliqué Natalia, une manifestante sur le Maïdan.

Un accord avait été signé vendredi soir sous la pression des Européens. Il prévoit une élection présidentielle anticipée, la formation d’un gouvernement de coalition dans les dix jours et un retour à la Constitution de 2004, voté dans la foulée par le Parlement ukrainien. L’accord a été conclu à la suite d’une médiation européenne après des affrontements qui ont fait près de 80 morts depuis mardi à Kiev et des centaines de blessés, un niveau de violence inédit pour ce jeune pays issu de l’ex-URSS.

L’Ukraine se trouve actuellement au bord de la faillite, et la Russie a promis l’octroi d’un crédit de 15 milliards de dollars et un important rabais du prix du gaz. Elle a versé trois milliards de dollars fin décembre, mais annulé cette semaine un nouveau versement de deux milliards et le versement du reste de l’aide promise est désormais très incertain.

AFP

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