samedi , 20 juillet 2019

Le Commandant Resco pète les plombs

Une sortie médiatique de trop. Le gouverneur de la ville de Conakry, Commandant Sékou Resco Camara, a piqué une colère noire mercredi contre les manifestants avant de prévenir tout citoyen qui tenterait de manifester contre le manque de courant pendant la visite du Roi Mohamed VI.

 

Dans un discours aux relents populistes, Resco, par ailleurs président du Conseil de ville qui s’exprimait devant des jeunes du parti au pouvoir n’y est pas allé par quatre chemins. « Ceux qui veulent créer des troubles le jour où le roi du Maroc doit arriver en Guinée n’ont qu’à essayer seulement. Ils diront au revoir à leurs familles, à leurs enfants et à leurs femmes pour de bon », a-t-il clairement dit.

De tels propos provenant d’un militaire guinéen ne surprend nullement pas. Certes l’attitude des manifestants à casser tout ce qui se trouve sur leur passage est condamnable. Mais qu’un gouverneur tienne ce langage, à l’heure où la communauté internationale félicite la Guinée pour ses efforts visant à restaurer la démocratie, la justice et le respect des droits de l’homme, il y a lieu de craindre et de désespérer.

On le sait tous, la Guinée vient de loin. Le pays peine à penser la plaie béante laissée par l’assassinat sauvage de plus de 150 manifestants au stade principal de Conakry suite à de propos similaires qui avaient fini par faire croire au capitaine Dadis Camara, à l’époque, que les manifestants pouvaient marcher sur son QG d’alors, le camp Alpha Yaya Diallo. La suite tragique, on la connait. Comme pour ne rien arranger, d’autres tuéries pendant l’élection présidentielle de 2010 et la crise politique liée aux législatives ont accentué l’effritement du tissu social. Dans de telles circonstances les discours des politiques et des décideurs doivent plutôt appeler à l’apaisement et non à la violence.

Il y a lieu de céder au désespoir. Ces propos démontrent si besoin en était que la paix, la réconciliation et la restructuration des forces de sécurité prônées par Alpha Condé et les partenaires ne sont pas suivies par certains commis de l’Etat qui caressent le désir lugubre de régner fut-il par la violence.

Le commandant Resco est coutumier de faits controversés. Il a d’abord été inculpé depuis un an pour une affaire de « séquestration, coups et blessures volontaires, crimes et délits commis dans l’exercice de ses fonctions » en 2010, suite à une plainte de la FIDH et sa branche guinéenne l’OGDH.

Cité aussi à comparaître pour avoir autorisé la séquestration dans les locaux de la brigades spéciale d’intervention de la police (BSIP), Me Foromo Fréderic Loua, avocat à la Cour et président de l’ONG de défense de droits humains « Les mêmes droits pour tous », c’est encore lui qui avait nargué la justice au point de bafouer la procédure.

Les avocats guinéens avaient entamé des grèves sans obtenir la comparution du Commandant. L’homme est resté droit dans ses bottes. Au grand dam de ses détracteurs qui rêvaient déjà à son limogeage. Alpha Condé l’a gardé. Après tout il sait mobiliser des centaines femmes de Conakry en moins de 30mn et qu’il appelle « Papa » le président de la République et son Premier ministre.

Mamady Fofana
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