lundi , 12 avril 2021

Ousmane Gaoual Diallo : « Le père de Jean Marie Doré était un anthropophage. Il mangeait des cadavres humains »

Ousmane Gaoual Diallo fait partie de cette jeune génération qui veut révolutionner le débat parlementaire en Guinée. Député uninominal de l’Union des forces démocratiques de Guinée dans la préfecture de Gaoual, il affiche clairement ses ambitions et sait dire ce qu’il pense. Kaloumpresse.com l’a rencontré à la fin d’une visite qu’il venait de rendre aux prisonniers politiques détenus à la Sureté de Conakry. Indemnités des députés, bisbille avec l’ancien Premier ministre Jean Marie Doré, élections communales et communautaires, sont entre autres sujets abordés dans cette interview à bâtons rompus. En toute exclusivité.

 

Kaloumpresse.com : Une polémique règne autour des indemnitésdes députés Guinéens. D’aucuns parlent de 25 millions et d’autres 30 millions de francs guinéens. Combien avez-vous demandé exactement ?

Ousmane Gaoual Diallo : Disons effectivement qu’il y a beaucoup de spéculations autour de cet argent supposé des parlementaires. A l’heure où nous parlons, nous n’avons demandé aucun montant.  Il n’y a pas de demande d’argent et on ne sait même pas combien un député doit toucher. Donc, en ce moment, il n’y a aucune situation claire là-dessus, et, les députés n’ont pas encore touché un centime de leur indemnité. Il n’y a pas lieu de spéculer là-dessus. Ce qu’il faut savoir, c’est que le parlement est doté d’un budget  voté pour cette année à 31 milliards GNF par le défunt Conseil national de transition (CNT). Je pense que c’est dans ce budget qu’on va prélever les indemnités des parlementaires de façon à leur donner les moyens à travailler sans problème.

Maintenant, combien va s’élever ce montant ? On ne sait absolument rien. Quand est-ce qu’on va commencer à nous payer ? Je ne sais absolument pas. Aujourd’hui, on ne sait combien on va toucher et personne ne nous demandé combien on souhaiterait avoir. Je pense que les choses ne marchent pas comme ça, on ne demande pas aux parlementaires combien ils doivent avoir. Il y a une commission des finances du parlement qui étudie un certain nombre des paramètres, en tenant compte de certains critères nationaux, notamment la grille salariale officielle,  pour fixer les indemnités des députés.

Kaloumpresse.com :A supposer que le salaire de 30 millions soit adopté. Ne le trouvez-vous pas trop en comparaison aux indemnités des autres fonctionnaires Guinéens ?

Ousmane Gaoual Diallo : Mais, savez-vous qu’il y a des Guinéens qui touchent plus de 50 millions de francs par mois ? J’en connais qui travaillent dans ce pays et qui touchent plus de 40 millions GNF. Ce n’est pas le montant que les uns et les autres touchent qui est important. Ce n’est pas un concours qui va être le plus pauvre. Nous essayons d’élever le niveau de vie des Guinéens. La question c’est comment faire pour améliorer le faible revenu des autres cadres travailleurs. Maintenant, un député ce n’est pas un fonctionnaire, ce n’est pas un travailleur de l’administration publique. Donc, ce n’est pas de ça qu’il faut comparer.

Il faut plutôt demander au gouvernement, parce que c’est lui qui est responsable de la politique économique de notre pays, comment faire pour rehausser le niveau de vie des Guinéens, en rehaussant le revenu de ceux qui travaillent.

Kaloumpresse.com :L’opposition déclarait pendant ses manifestations de rue qu’elle défend la démocratie et le bien-être des citoyens Guinéens. Comment comptez-vous utiliser vos indemnités pour ce peuple ?

Ousmane Gaoual Diallo : Quel que soit le montant qu’on donnerait à un député, c’est de l’argent qui doit lui permettre de bien travailler, de bien se nourrir, de mieux se déplacer et d’être dans des conditions matérielles suffisantes pour travailler. Maintenant qu’il s’agisse de 2 millions, 5 millions ou de 100 millions GNF, ça n’a aucune importance. L’essentiel c’est de dire est-ce qu’on mettra les députés dans les conditions qui leur permettent de bien mener la mission d’élus du peuple.

Kaloumpresse.com :Pensez-vous qu’un budget de 30 milliards GNF pour l’Assemblée Nationale est suffisant pour le bon fonctionnement de cette institution ?

Ousmane Gaoual Diallo : Ce budget est extrêmement faible quand on imagine le budget de la CENI qui est estimé à 135 milliards de francs guinéens. Il est très faible. A l’assemblée nationale aujourd’hui, on a près de 1.000 personnes qui travaillent entre le personnel de l’Assemblée et les députés. Alors, 31 milliards n’offre même pas la possibilité à un député d’organiser des commissions d’enquêtes, de missions d’information, ou de faire le travail parlementaire dans des bonnes conditions.
Je pense que l’une des premières tâches dans le couloir de la politique budgétaire, c’est de poser la question de la pertinence du budget qui a été alloué, quand on imagine que la Présidence de la République elle-même consomme plus de 365 milliards par an. C’est quelque chose de dérisoire pour le bon fonctionnement de l’Assemblée nationale.


Kaloumpresse.com : Peut-on dire que vous songez déjà à une révision de la Loi des finances 2014 ?

Ousmane Gaoual Diallo : Ce n’est pas de notre responsabilité. La loi des finances incombe exclusivement à l’Exécutif. C’est le gouvernement qui sait ce qu’il veut. C’est lui qui sait si la loi des finances qu’ils ont votée répond à tous les critères et est conforme à ce qu’ils ont attendu ou s’il faut la réviser. Nous attendons qu’on nous soumette la révision de la Loi des finances et en ce moment-là, nous verrons si c’est opportun ou pas. En tant que parlementaires, ce n’est pas nous qui initions la révision de la Loi des finances.

Kaloumpresse.com : Récemment on a assisté à une guerre des ondes entre vous et l’Honorable Jean-Marie Doré. Quelles en sont les raisons ?

Ousmane Gaoual Diallo : Ce n’est pas une guerre des ondes. Jean-Marie Doré c’est quelqu’un qui n’a pas de respect. Je l’ai entendu dernièrement me traiter d’un vocabulaire animalier. Mais je pense qu’aujourd’hui, c’est lui qui se met à terre. Parce qu’il montre encore une fois qu’il n’a pas conscience des problèmes qui pèsent sur lui. Moi je connais ce bonhomme. Il faut dire clairement, Jean-Marie Doré qui se vante d’être fils de ceci ou de cela, qui m’a traité d’être mal né, c’est lui quand même dont le père a été condamné à l’île de Fotoba par les colons pour acte d’anthropophagie, parce qu’il consommait des cadavres humains. C’est une histoire qui est connue. Alors, pour quelqu’un qui est bien né, dont le père était consommateur de chair humaine, c’est quelque chose d’incroyable. Je pense qu’il y a des histoires assez sordides dans ce pays dans lesquelles Jean-Marie Doré a été systématiquement mêlé de trahison, d’espionnage vis-à-vis de ses collègues de l’opposition. Et c’est toutes ces forfaitures que nous avons stoppé aujourd’hui. Ça ne lui plait pas. Mais c’est comme ça. L’histoire avance, et on n’a plus besoin de travailler avec des personnes de cette nature.


Kaloumpresse.com : On aimerait savoir si vous vous adressez la parole aujourd’hui depuis vos échanges à l’Assemblée nationale ?

Ousmane Gaoual Diallo : Mais, non ! Il n’y a pas un endroit où on peut se parler. Et puis, il n’y a rien à dire avec lui.

Kaloumpresse.com :Quelques députés de l’UFDG dont vous-même étaient à la Maison d’arrêt de Conakry ce vendredi 14 février. Peut-on connaître les motifs de ce déplacement ?

Ousmane Gaoual Diallo : Nous avons été mandatés, avec un certain nombre des députés de l’UFDG, par les collègues députés pour rendre visite aux prisonniers politiques, notamment ceux qui étaient arrêtés dans l’affaire du 19 juillet. Pour nous enquérir  de leurs conditions de détention et de leurs situations, ainsi leur apporter notre soutien moral et psychologique en leur rappelant aussi que leurs cas nous préoccupent. Et, nous allons faire tout ce qui est de notre pouvoir pour que l’appareil judiciaire puisse travailler dans des bonnes conditions et libérer les gens qui sont innocemment accusés. Il faut aussi noter que si, dans ce pays on veut réconcilier les Guinéens, si on a besoin de l’unité nationale, alors, il faut que l’appareil judiciaire marche parce que ces condamnations ont été unanimement rejetées  par le peuple au nom duquel la Justice sera rendue. Donc, on se rend bien compte que la justice ne fonctionne pas. Aujourd’hui, quand on regarde les gens comme général Nouhou Thiam et d’autres, s’ils étaient jugés et condamnés, leurs peines maximales ne dépasseraient pas trois mois. Cela fait plus de trois ans qu’ils sont en prison. Ça veut dire qu’ils sont en train de subir plus de dix fois la peine à laquelle ils auraient été condamnés s’ils étaient jugés. Donc, c’est une anomalie judiciaire. On le sait pertinemment que ce sont des prisonniers personnels d’Alpha Condé qui a décidé d’arrêter des gens appartenant à une communauté, et les mettre en prison.

Kaloumpresse.com :Comment se portent-ils ?

Ousmane Gaoual Diallo : Disons qu’ils sont pour la plupart en bonne santé, sauf une seule parmi eux qui n’est pas bien portante. Mais, dans l’ensemble, pour leur condition de détention, leurs conditions physiques, à vue d’œil, sont ce qui est du mieux. Même s’ils ont perdu la plupart du poids.

Kaloumpresse.com : On a appris que l’état de santé de Madame Fatou Badiar s’était détérioré. Comment l’avez-vous trouvé ?

Ousmane Gaoual Diallo : Elle est arrivée très fatiguée. Elle marchait difficilement. Physiquement, elle était un peu diminuée. Mais je pense que l’ambiance qu’on a apportée, la joie de retrouver la famille, des amis, des parents, a pu donner un peu d’éclat de lumière à leur visage. Donc, on l’a trouvé très sereine dans cette situation.

Kaloumpresse.com : Quel regard portez-vous sur la situation sociopolitique actuelle de la Guinée ?

Ousmane Gaoual Diallo : La Guinée est toujours dans une situation tendue, difficile. Nous sommes dans une crise latente et qui risque d’exploser du jour au lendemain. On a vu récemment les conflits communautaires à Boké entre Landouma, Soussou et Diakanké. On a vu certains conflits à relent ethnique dans les régions diamantifères en Haute Guinée. Aujourd’hui, on assiste à des confrontations quasi communautaires à Guékédou, entre Lélé et éleveurs Peulhs. Donc, ces crises ne font que venir du jour en jour. Ça veut dire que la Guinée est au bord d’une explosion si le gouvernement ne prend pas les dispositions nécessaires pour enrayer ces cycles de violences, mettre son appareil judiciaire en marche et la sécurité pour tous les Guinéens.

Kaloumpresse.com : Il était prévu dans les accords du 3 juillet 2013 que les élections communales et communautaires soient organisées dans le premier trimestre de cette année. Croyez-vous au respect de ce calendrier ?

Ousmane Gaoual Diallo : On ne peut pas respecter ce délai parce qu’il faut au minimum 60 jours entre le jour de la prise du décret et le jour du scrutin. On n’est plus dans ces conditions pouvant tenir ce délai d’ici la fin du mois de mars. Mais, il est nécessaire, et très rapidement, qu’il y ait un cadre de dialogue afin qu’on puisse aplanir les divergences.

Kaloumpresse.com :N’est-il pas possible de coupler les communales et la présidentielle en 2015 ?

Ousmane Gaoual Diallo : Il n’est pas possible ! Il n’est même pas envisageable d’attendre jusqu’en 2015 pour organiser les élections communales. On chassera d’ici là, toutes les délégations spéciales nommées par le Président Alpha Condé. Donc, leur mandat est terminé. Je pense que si on ne trouve une solution consensuelle, dans un dialogue, nous allons demander aux populations, ni plus, ni moins, de chasser toutes les personnes nommées par le président de la république pour administrer nos communes et nos communautés rurales de développement (CRD).

Kaloumpresse.com : Votre mot de la fin ?

Ousmane Gaoual Diallo : Nous disons que nous sommes dans une situation extrêmement difficile. Je pense que le gouvernement serait mieux avisé de prendre en compte les avertissements que l’opposition lance aujourd’hui. Il est encore temps pour le gouvernement de prendre des dispositions.

Interview réalisée par Aliou BM Diallo
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