vendredi , 18 octobre 2019

Cafouillage à Sèkhoutoureyah : Voici comment ils ont (encore) induit le président en erreur

Dans un intervalle de temps de 3h environ le président a fait publier deux communiqués différents relatifs à la gestion des affaires courantes de l’État après la démission mercredi du Premier ministre et de son gouvernement.

Le Premier communiqué, publié par le Bureau de presse de la Présidence de la République « ordonnait » aux Secrétaires généraux des ministères de prendre en charge la gestion des dossiers courants, en relation avec le Secrétaire général du Gouvernement. La diffusion de ce communiqué a eu lieu peu après que Mohamed Saïd Fofana a déclaré avoir remis sa démission et celle de son équipe au chef de l’État.

 

A partir de là, et comme il fallait s’y attendre, la décision présidentielle autorisant les « généraux » à prendre les « affaires » en main en attendant la nomination d’un nouveau gouvernement n’était nullement une surprise. Il faut dire que cela fait partie de la tradition guinéenne.

 

Mais la surprise est intervenue lorsqu’un « contre-communiqué », sans annuler clairement le premier, est diffusé à 20h demandant aux différents ministres de continuer à « évacuer » les affaires courantes en relation avec le Secrétaire Général du Gouvernement.

Qui des Secrétaires généraux et des ministres devaient prendre les choses en main dans les départements ministériels ? Officiellement, ce sont les ministres. Donc le second communiqué reste en vigueur.

Selon nos informations, ce changement de décision du président Alpha Condé est dû à la présence en Guinée d’une mission de la Banque mondiale et du Fonds Monétaire International, institutions avec lesquelles la Guinée dispose des revues périodiques de son programme économique. Les experts des institutions de Bretton woods, surpris, auraient demandé à Sèkhoutoureyah à avoir affaire directement avec les ministres et non les Secrétaires généraux. « Mieux vaut traiter avec Dieu qu’avec les anges », dit l’adage.

La suite de cette doléance on la connait. Alpha Condé est revenu sur sa première annonce en prenant acte de la démission de son gouvernement. Mais tout en demandant aux ministres de continuer à « évacuer » les affaires courantes. Un temps additionnel pour eux en quelque sorte.

Dès lors, plusieurs questions taraudent l’esprit des observateurs avertis.  Le PM ne savait-il pas que la mission du FMI et de la Banque mondiale  était à Conakry pour rendre sa démission en ce moment précis ? Dans une autre mesure, les Conseillers qui peuplent les couloirs de la Présidence, et dont certains sont spécialisés dans les questions économiques et financières n’étaient-ils pas eux-aussi informés ? Les Conseillers juridiques de la Présidence et de la Primature et ceux des ministères ne savaient-ils pas qu’une démission du gouvernement signifiait le départ de tous les ministres, pour le rappeler à leurs patrons respectifs ?

Changeons de cap. Admettons que tous ceux-ci n’étaient pas au courant de la portée d’une démission gouvernementale et que le Chef de l’État et son Premier ministre n’étaient pas au courant de la présence du FMI et de la Banque mondiale à Conakry. Ce qui est quasi-improbable.

Kerfalla Yansané, ministre d’Etat…(sortant?) de l’Économie et des Finances, interlocuteur direct des institutions financières ne pouvait-il pas informé le Premier ministre et/ou le président de la République de la présence des experts économiques et financiers ?

A supposer qu’Alpha Condé se soit rendu mercredi matin à la Primature, inopinément, pour exiger la lettre de démission du gouvernement comme certains croient le savoir. N’y avait-il pas là une occasion de lui rappeler que la mission conjointe FMI – Banque mondiale est dans nos murs ? Surtout que les ministres y étaient tous réunis pour un dernier conseil interministériel.

Les interrogations sont multiples. Et quoiqu’il en soit, ce cafouillage dans la prise de décision du Chef de l’État qui n’en n’est pas à sa première édition confirme que ses proches collaborateurs ne lui disent jamais la vérité.

On a à l’esprit ce décret diffusé le 7 janvier 2011 nommant Martine Condé au poste de présidente de la Haute autorité de la communication (HAC) alors même que cette institution n’existe pas. Pour la suite ce fut une correction très rapide. Mme Condé avait été nommé le lendemain présidente du Conseil national de la Communication « en attendant la mise en place de la HAC ».

Mamady Fofana
contact@kaloumpresse.com

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*