mardi , 19 novembre 2019

Moctar Bah rend hommage à Ghislaine Dupont et Claude Verlon

« Journaliste professionnelle, technicien hors du commun ». C’est en ces termes que Moctar Bah, Correspondant de Radio France Internationale en Guinée a qualifié mardi Ghislaine Dupont et Claude Verlon enlevés et assassinés samedi 2 novembre à Kidal au nord du Mali.

 

« Attristé » par la mort tragique de ses collègues de service, Moctar Bah qui s’est exprimé pour la première à la presse locale aujourd’hui a rendu un vibrant hommage aux deux disparus à la Maison de la presse de Conakry. Extrait de ses propos :

 

« J’ai pratiqué Ghislaine Dupont d’abord à Paris il y a 6 ou 7 ans, puis à Conakry. C’est une dame, une journaliste professionnelle que beaucoup ont entendu. C’est une dame des dossiers. Une journaliste des grandes analyses et des grands dossiers. Ce n’était pas une journaliste à faire de l’à peu près. Ce n’est pas parce qu’elle est décédée aujourd’hui que le dis tout cela. Généralement c’est quand les gens meurent qu’on dit que c’est une grande personne, un star. Non !


Tous ceux qui suivent RFI ont entendu Ghislaine. Tous ceux qui connaissent Ghislaine savent que c’est une journaliste de métier. Elle est venue en Guinée pour la première fois au moment des troubles militaires. C’était le groupe de Pivi en 2008. C’est Lansana Kouyaté qui était à la Primature, le Général Diarra Camara, chef d’Etat major général des armées. Pivi et ses hommes s’étaient révoltés. Pivi s’était autoproclamé Porte-parole de l’armée. Il s’était autoproclamé chef du village du Camp Alpha Yaya Diallo. Pivi était barré de cauris et de gris-gris pour ceux qui l’avaient connu. Peronne ne l’osait. Même la hiérarchie militaire avait quitté le camp Alpha Yaya Diallo. Le général Diarra Camara n’osait pas aller là-bas. Ghislaine est venue à Conakry et m’a dit qu’elle voulait y aller. Je lui ai dit qu’il ne faut pas compter sur moi, ni sur mon chauffeur. Elle m’a dit, moi je vais y aller. Elle a pris un taxi et allée à l’aéroport. Elle a dit au chauffeur de taxi qu’elle veut aller au camp Alpha Yaya Diallo. Le chauffeur lui a dit, madame je ne peux aller plus loin. Le camp Alpha Yaya est au bout de la route là-bas. Je vais vous laisser au grand portail. Je ne peux y aller. Elle est allée à pied. En rentrant au camp, elle a fermé son téléphone. Je l’ai appelé 20 fois pendant deux heures. Elle ne répondait pas. J’ai dit OK, c’est fini pour elle. Au bout de quatre heures elle m’a rejoint à l’hôtel. Et m’a dit avoir vu Pivi, un homme gentil, humain, extraordinaire. Elle m’a dit Pivi sera mon ami. Je vais l’appeler parce que j’ai son contact. C’est quand elle a diffusé la première interview de Pivi que les journalistes guinéens ont osé demander audience au camp Alpha Yaya. ça, c’est Ghislaine.


En RDC, elle était envoyée spéciale de RFI. Elle sortait des dossiers extraordinaires. Et elle a été expulsée. Quand on voulait se moquer d’elle à RFI on lui disait c’est grâce à toi qu’on n’a pas couvert les élections au Congo. Parce que tu es tenace. Claude Verlon, Paix à son âme, je me souviens avoir serré ses mains dans les couloirs de RFI à Paris. Il est venu ici en 2007 à l’occasion du Prix découverte RFI. Je l’ai vu au stade du 28 Septembre. Je n’était pas familier avec lui, mais c’était quelqu’un de génie, un technicien de front hors du commun. Vous avez entendu parler de Claude Verlon en Libye, en Irak, en Tunisie etc. Partout où il y a des conflits, Claude Verlon est là. Quand les autres techniciens refusent d’aller, lui, il part ».


Propos recueillis par Elie Ougna

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