jeudi , 21 novembre 2019

La victoire du parti du président guinéen, Alpha Condé, contestée par l’opposition

Les élections guinéennes sont à la fois une école de la patience et un moment d’extrême tension où le pays menace à chaque instant de basculer dans la violence.

 

En 2010, pour le premier scrutin « libre et démocratique » de l’histoire de la Guinée, les électeurs avaient dû attendre plus de quatre mois entre les deux tours de la présidentielle pour se rendre aux urnes. Alpha Condé, l’opposant de toujours, avait alors battu sur le fil l’ancien premier ministre Cellou Dalein Diallo, pourtant arrivé largement en tête à l’issue du premier tour.

Cette fois, les électeurs auront patienté fébrilement près de trois semaines avant de connaître les résultats de législatives attendues depuis onze ans et maintes fois reportées ces trois dernières années, faute d’un climat de confiance entre le pouvoir et l’opposition. Selon les résultats proclamés dans la soirée du vendredi 18 octobre par la commission électorale nationale indépendante, le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), le parti du président Alpha Condé, obtient 53 sièges sur les 114 de l’Assemblée nationale. Un score insuffisant pour diriger seul mais avec les sept petits partis qui lui sont alliés, le RPG disposerait d’une courte majorité parlementaire.

Le pouvoir a gagné mais il ne semble pas vouloir en rester là, quitte à durcir la bataille avec une opposition qui martèle depuis plusieurs jours sa volonté de ne pas reconnaître un scrutin qu’elle estime entaché de fraudes. « Chaque fois qu’il y a des élections, il y a des contestations mais il y a eu beaucoup de fraudes en notre défaveur à Conakry. Les juges de la Cour suprême verront qui a fraudé et qui n’a pas fraudé », estimait à la veille de l’annonce des résultats le président Alpha Condé, joint par Le Monde.

« L’OPPOSITION EST LARGEMENT MAJORITAIRE »

L’impression, feinte ou réelle, d’avoir été floué par une commission électorale largement discréditée est aujourd’hui le sentiment le mieux partagé au sein des responsables politiques guinéens. « Nous avons été volés de manière flagrante. L’opposition est largement majoritaire. Le pouvoir n’aurait pas dû avoir plus de 20 % des voix », affirme Sidya Touré, le porte-parole de l’opposition et président de l’Union des forces républicaines (UFR). Cellou Dalein Diallo, dont le parti, l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), confirme son statut de première force d’opposition avec 37 députés, se veut plus modéré. Celui que le pouvoir entend confiner dans un rôle de leader de la communauté peul pour mieux l’isoler de ses alliés politiques, envisage de déposer des recours devant la Cour suprême mais demande à ses partisans de rester mobilisés, sans pour autant les appeler à manifester.

L’opposition enverra-t-elle ses militants jouer un troisième tour dans la rue ? C’est la crainte partagée par tous les observateurs même si beaucoup doutent que cette menace soit mise à exécution. « Un appel à manifester serait une catastrophe. Ce scrutin a été marqué par des irrégularités avec notamment des taux de participation jamais vus dans certains fiefs du pouvoir, mais il marque une avancée. L’opposition a gagné du terrain », juge une source impliquée dans le processus électoral.

Pour éviter le scénario du pire, que la Guinée a maintes fois expérimenté par le passé, le représentant de l’ONU dans la région, les ambassadeurs occidentaux (France, Etats-Unis et Union européenne) et ouest-africains en poste à Conakry ont multiplié les rencontres pour apaiser la colère des opposants. Après avoir publiquement déploré, dix jours après le vote, « des manquements et des irrégularités… pouvant remettre en cause la sincérité de certains résultats », les diplomates se sont efforcés de convaincre les principaux dirigeants de l’opposition de respecter les voies légales de contestation.

PRESSIONS ÉTRANGÈRES

Conscient du danger, Ban Ki-moon, le secrétaire général des Nations unies, a délivré, vendredi 18 octobre, avant l’annonce des résultats, un message en ce sens, alors que le ministère français des affaires étrangères a lancé « un appel à la responsabilité » à l’ensemble des forces politiques guinéennes.

Ces pressions étrangères sont-elles parvenues à faire accepter leur défaite aux opposants ? Cela dépendra en bonne partie de la Cour suprême, estime un diplomate occidental sous couvert d’anonymat : « Si les juges ne viennent pas faire déraper le processus en accentuant l’avance du RPG, les grands partis peuvent vivre avec ces résultats dans l’attente de l’élection présidentielle prévue en 2015. »

En effet, la page des législatives n’est pas encore tournée que se profile à l’horizon une autre joute électorale bien plus décisive. Une bataille pour le palais présidentiel sur fond de rivalités ethniques entre les Malinkés se rangeant massivement derrière Alpha Condé et les Peuls derrière Cellou Dalein Diallo. La mise en valeur des immenses richesses minières et agricoles de la Guinée devra encore attendre.

Le Monde.fr

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