lundi , 22 juillet 2019
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Rififi à Conakry : Beny Steinmetz, Mahmoud Thiam et le capitaine Dadis Camara

Rien ne va plus entre le président guinéen Alpha Condé et le milliardaire franco-israélien Beny Steinmetz, accusé d’avoir acquis frauduleusement des permis miniers au mont Simandou. Dans l’histoire de ce conflit aux allures de roman policier, la fin de l’année 2008 est décisive, car elle sonne l’arrivée au pouvoir d’un certain Dadis Camara.

Mamadie Touré avait tout prévu. À peine son époux a-t-il rendu l’âme qu’elle quitte Conakry. Destination : Jacksonville, en Floride, où elle fait l’acquisition d’une coquette villa et de trois autres propriétés plus modestes. Surtout, elle se dit que BSGR lui doit encore de l’argent, et elle a emporté avec elle des documents qui, selon elle, le prouvent.

À Conakry, les collaborateurs de Steinmetz l’ont déjà oubliée. Ils ont d’autres chats à fouetter : le capitaine Dadis Camara, qui vient de s’emparer du pouvoir, parle de faire rendre gorge aux opérateurs miniers qui ont, dit-il, « pillé la Guinée ». Or BSGR n’a pas eu le temps de faire reconnaître définitivement ses droits sur les gisements de fer. Il y a donc urgence à dénicher un partenaire qui aura l’oreille du fantasque capitaine. Beny et ses hommes ne vont pas tarder à trouver le successeur de Mamadie. En mieux.

 

Mahmoud Thiam, qui va devenir l’homme de Beny Steinmetz à Conakry jusqu’à la fin de 2010, est un cadre brillant de la diaspora guinéenne. Fils d’un banquier assassiné sous la dictature de Sékou Touré, ce quadragénaire a fait ses études à l’université Cornell, aux États-Unis, avant d’entrer chez Merrill Lynch, puis chez UBS. Citoyen américain, il regagne le pays de son enfance début 2009 et est aussitôt nommé au poste de ministre des Mines et de la Géologie. Une aubaine pour BSGR, dont Thiam défend aussitôt avec fougue les intérêts : c’est lui qui, en décembre 2009, permet l’octroi définitif de la convention de base sur Zogota au groupe Steinmetz, lui aussi qui avalisera quatre mois plus tard l’accord de coentreprise entre BSGR et les brésiliens de Vale – en d’autres termes, la revente des blocs 1 et 2 de Simandou pour quinze fois leur prix d’achat.

Si l’on en croit le réquisitoire dressé contre lui, Mahmoud Thiam aurait été non seulement un salarié de BSGR, mais aussi un distributeur de liquidités pour le compte du groupe auprès des membres de la junte pendant près de deux ans. S’il reconnaît avoir, quand il était ministre, roulé en 4×4 Lamborghini dans les rues défoncées de Conakry et s’être offert pour 1,5 million de dollars un appartement à Manhattan, Thiam nie tout arrangement coupable avec Beny Steinmetz. S’il a défendu cette compagnie, c’est parce qu’elle était la meilleure.

Thiam, qui vit aujourd’hui aux États-Unis, tient à sa réputation. N’a-t-il pas conclu, en juin 2011, un contrat de consultant auprès d’Ali Bongo Ondimba, le président gabonais ? En novembre 2012, il a envoyé une curieuse lettre au président Alpha Condé, à la fois plaintive et menaçante : « […] Être traité de porteur de valises me choque beaucoup, écrit-il. […] Il est vrai, par contre, que j’ai souvent donné de l’argent, sur mes fonds propres, à beaucoup de compatriotes. […] Vous-même, Monsieur le Président, vous avez accepté de l’argent de moi. Cette aide et celle apportée à votre concurrent au deuxième tour dans les mêmes conditions étaient désintéressées. »

Mais impossible pour Thiam de nier ses relations privilégiées avec Steinmetz, qui en fit l’un de ses invités de marque au mariage de sa fille, en Israël. En cette année 2009, c’est d’ailleurs le grand amour entre le milliardaire et le capitaine Dadis Camara. Steinmetz lui présente ses deux fils, ainsi que son ami Ehoud Olmert. À l’époque, Israël tient le haut du pavé à Conakry.

Dadis, « un gars honnête »

Aujourd’hui encore, interrogé par le New Yorker, Steinmetz continue de penser que Dadis Camara était « un gars honnête » qui « voulait ce qu’il y a de mieux pour son pays ». Et pour BSGR, manifestement. Las : le 3 décembre 2009, Dadis Camara, victime d’une tentative d’assassinat, est évacué vers le Maroc. Fort heureusement pour Steinmetz, le général qui lui succède au pouvoir, Sékouba Konaté, maintient Mahmoud Thiam à son poste stratégique.

Pour ce joueur d’échecs qu’est Beny Steinmetz, le plus beau coup est à venir. Préparée dans le plus grand secret, la signature à Rio de Janeiro, un jour d’avril 2010, d’un accord de partenariat entre BSGR et le numéro un du fer, le brésilien Vale, fait l’effet d’un coup de tonnerre. Surtout quand on en connaît les détails financiers. Dans le cadre de la coentreprise formée entre les deux groupes, VBG, Vale achète 10 % des parts de BSGR sur les blocs de Simandou pour 500 millions de dollars payables immédiatement, avec une option ferme pour 41 % supplémentaires, évalués d’un commun accord à 2 milliards de dollars.

Pour Steinmetz, cette aubaine est un don de Dieu, et il sait qu’à Conakry, où Mahmoud Thiam veille sur ses intérêts, cette culbute du siècle passera comme une lettre à la poste. Ce qu’il n’a pas prévu, c’est qu’un certain Alpha Condé allait, six mois plus tard, en décembre 2010, arriver au pouvoir et bouleverser l’échiquier.

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