samedi , 14 décembre 2019

À Conakry, la peur des « casses » liée aux législatives

Le long d’une route boueuse et défoncée qui traverse Madina, le principal marché de Conakry, les commerces ont fermé: adossé à la porte du magasin familial cadenassé, Thierno Oumar Bah affirme avoir peur de possibles « casses », d’agressions liées aux législatives du 28 septembre.

« Nous n’avons pas ouvert depuis le 27 septembre mais je viens surveiller le magasin de mon frère », affirme ce vendeur de vêtements et de matériel électrique. « C’est risqué d’ouvrir. Quand il y a des incidents, certains en profitent pour nous agresser. Tout le monde a peur », ajoute-t-il.

Alentour, les portes d’autres boutiques sont également doublement, voire triplement cadenassées et protégées par de grosses barres de fer.

Debout devant la porte de sa boutique légèrement cachée par les étals de petits marchands, Mohamed Diabaté confirme que « depuis plusieurs jours, beaucoup de commerces sont effectivement fermés ».

« Certains ouvrent le matin, mais ferment tôt », dit-il dans le vacarme provoqué par un groupe électrogène, machine indispensabe dans une ville où les coupures d’électricité sont interminables et quotidiennes.

Les commerçants de Madina ont été régulièrement victimes de pillages lors des innombrables manifestations politiques qui ont eu lieu à Conakry depuis le début de l’année et ont le plus souvent dégénéré en violences meurtrières entre forces de l’ordre et jeunes opposants au pouvoir du président Alpha Condé (une cinquantaine de morts).

Selon ces commerçants, ce ne sont pas seulement les jeunes qui pillent, mais aussi des « bandits armés » et des hommes en uniforme.

Les tensions, déjà vives avant les législatives à Conakry où des manifestations d’opposants ont fait officiellement au moins un mort et 70 blessés quelques jours avant le scrutin, augmentent encore un peu plus dans l’attente des résultats complets.

L’opposition a un déjà mis en garde contre un « tripatouillage » des bulletins de vote par le pouvoir et grande est la crainte de nouvelles manifestations violentes et de nouveaux pillages. Pour tenter de les prévenir, la capitale guinéenne est quadrillée par les forces de l’ordre.

Egalement commerçante à Madina, Aminata Barry a « bien peur des casses », mais affirme être obligée de venir vendre à nouveau après plusieurs jours de fermeture. « J’ai une famille à nourrir », dit-elle et en ce moment, les affaires ne sont pas bonnes. « Je gagnais 100.000 à 200.000 francs guinéens (10 à près de 20 euros) par jour mais mes gains ont baissé » avec les élections, affirme-t-elle.

Plus de 8 millions d’euros de pertes depuis 2007

Selon Chérif Mohamed Abdallah, président du Groupe organisé des hommes d’affaires (Goha), une organisation patronale, à cause des violences politiques et sociales qui ont secoué Conakry et d’autres villes de Guinée depuis 2007, « les commerçants guinéens ont perdu près de 80 milliards de francs guinéens (plus de 8,3 millions d’euros) ». Ils « ont ralenti leurs activités à cause des bandits qui s’attaquent aux marchés », affirme t-il.

Mais Lamine Condé, vendeur de produits divers dans le quartier de Bonfi,, dit lui que « toutes les activités se déroulent normalement ». « Les élections n’ont rien changé », selon cet homme qui reconnaît cependant être membre du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG,au pouvoir).

Il est bien l’un des rares à penser cela et même à Kaloum, centre administratif et des affaires de Conakry, les commerçants « sont très nombreux à fermer », selon Koumasso Ibrahima Sorry, vendeur de chaussures du quartier. « Quand aura lieu la publication de tous les résultats de ces élections? », s’interroge-t-il avec angoisse, avant d’ajouter: « Pourvu que le bon Dieu fasse que tout se passe bien… ».

Commerçante à Bonfi, celle qui se fait appeler Mme Aboly demande au Guinéens de « se rappeler ce qui s’est passé au Liberia et en Sierra Leone », deux pays voisins de la Guinée, frappés par des guerres civiles dans les années 1990 et 2000. Mais elle reconnaît en même temps que la vie est dure à Conakry: « Nous sommes fatigués, tous les jours, il y a des problèmes ».

AFP

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