dimanche , 16 décembre 2018

Violences à Nzérékoré: un drame prévisible

La ville de Nzérékoré, dans le sud-est de la Guinée, est régulièrement le lieu d’affrontements ethniques.

La Guinée forestière, en proie à des troubles ethniques, est une véritable poudrière. Les affrontements meurtriers qui, depuis lundi 15 juillet, ont opposé des Guerzés et des Koniakés. Les armes automatiques et les anciens miliciens pullulent dans la région, ce qui explique les bilans élevés. On parle désormais de plusieurs dizaines de morts.

Durant les affrontements interethniques de Nzérékoré, des civils ont utilisé des fusils mitrailleurs. Ce phénomène prend une ampleur inquiétante et constitue le motif d’inquiétude numéro un des autorités guinéennes.

Voilà vingt ans que la Guinée forestière est en contact avec trois zones d’instabilité : la Sierra Leone et le Libéria à l’ouest, la Cote d’Ivoire à l’est. De nombreux miliciens se sont dispersés dans la région ou y ont recyclé des armes. Durant la guerre au Libéria, des miliciens libériens se sont installés dans la région de Nzérékoré. Au début des années 2000, lors de l’offensive finale contre Charles Taylor, le LURD (Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie), le mouvement opposé au régime de Monrovia, recrutait au vu et au su de tout le monde des Guinéens de Nzérékoré.

À ce contingent d’anciens miliciens se sont ajoutés en 2009 les milliers de jeunes forestiers qu’avait recruté et formé le chef de la junte, Moussa Dadis Camara dans la région de Conakry. Renvoyés chez eux, beaucoup de ces jeunes sont partis avec leurs armes, même si officiellement ils ont été désarmés.

Tous les dix ans, la Guinée forestière voit ainsi arriver de nouveaux groupes de jeunes hommes possédant une arme. Une situation qui explique comment, depuis 1991, la longue série de heurts entre communautés prend à chaque fois une tournure de plus en plus violente. Seule solution pour ramener la paix : le désarmement de la Guinée forestière.

Repli identitaire

L’opposition entre Guerzés et Koniakés n’est pas nouvelle. Elle remonte à la colonisation de la Guinée, quand les Français ont amené en forêt des administrateurs et des commerçants venus des régions du Nord. L’osmose s’est faite sans heurts au fil du temps. Et les deux communautés ont vécu en bonne harmonie.

Mais depuis vingt ans, la Guinée forestière souffre du même mal que le reste du pays : le repli communautaire. Après la chape de plomb communiste d’Ahmed Sekou Touré, les années 80-90 marquent une ouverture du champ politique. Malheureusement, souvent, les partis se dessinent sur une base communautaire.

Les clivages politiques se confondent alors avec les clivages ethniques. « Le repli identitaire s’aggrave. On a créé des associations de ressortissants de tel village, de telle région… Les partis politiques ont été créés sous des formes identitaires », explique l’ancien maire de Nzérékoré, Cessé Loua. Surmonter ce repli communautaire est un impératif à plus de deux mois des élections législatives. Le président Alpha Condé l’a rappelé, les Guinéens doivent rester unis.

Scène d’horreur à l’hôpital central

Le nombre de victimes des violences inter-communautés s’est alourdi mercredi avec la découverte de plusieurs corps dans des caniveaux et des concessions abandonnées ou inhabitées. Ce sont des mutilés, des éventrés ou encore des corps calcinés qui ont été ramassés par la Croix-Rouge et des volontaires avant de les déposer à la morgue de l’hôpital central de la ville.

L’horreur était à son comble, ce mercredi 17 juillet, à l’hôpital central de Nzérékoré où des dizaines de corps sans vie, méconnaissables, étaient entassés. Certains portaient des traces profondes d’armes blanches ou de brûlures, d’autres étaient décapités ou mutilés.

Des médecins interrogés par RFI ne trouvaient pas les mots pour décrire l’ambiance qui y règne depuis lundi. Et le bilan macabre s’alourdit de jour en jour. La direction de l’hôpital central a organisé une prière sommaire auprès des corps, sans distinction de religion, avant de restituer aux familles ceux qu’elle a pu identifier.

Au centre-ville, le calme semble de nouveau régner. Mais dans certains quartiers, les communautés se guettent. À la moindre étincelle, les violences pourraient de nouveau éclater. Pour le moment, seule la Croix-Rouge ramasse les corps dans les quartiers où le risque d’épidémie est à craindre, expliquent des habitants.

À Conakry, une délégation composée essentiellement de ressortissants de la Guinée forestière a souhaité rencontrer le chef du gouvernement pour discuter de la crise. En vain.

RFI

 

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