jeudi , 20 juin 2019

Voici pourquoi Sidya ne montera plus sur le capot d’un véhicule…

Sidya Touré, président de l’UFR, lors de d’une de ses nombreuse et inutile marches
L’opposant guinéen Sidya Touré ne montera plus sur le capot d’un véhicule pour marcher. Il l’a fait savoir mercredi au cours d’une conférence de presse à Conakry. Lisez pourquoi!

« (…) Je viens d’un pays voisin où le curseur est nettement avance par rapport au nôtre. J’ai vu un tel pays s’écrouler rapidement à partir de 2002 avec des dizaines de milliers de morts. On a tout détruit pendant huit ans avant d’arriver à une solution. C’était pratiquement la guerre civile. Avec l’introduction des Nations Unies dans le processus électoral, le pays a réussi à sortir du bout du tunnel. Personne ne doit imaginer qu’il restera perché sur son balcon et observer les scènes de violences devant sa porte, croyant qu’il ne sera pas concerné. Vous savez quand la guerre va commencer mais vous ne saurez jamais comment et quand elle finira.

Nous avons risqué le pire. Les guinéens doivent se regarder en face pour que plus jamais ça. Nous savons que la violence a été organisée par le gouvernement, c’est vrai, je ne dirais pas le contraire parce qu’une marche ne peut pas se terminer de cette façon et surtout se transformer en pogrom deux à trois jours. Cela est inadmissible. Dans notre déclaration, nous avons appelé à l’apaisement, tant du côté des forces de l’ordre, tant des militants de l’opposition.

Je suis dans l’opposition depuis treize ans ou plus. Je ne revendique pas cinquante ans d’opposition comme Elhadj Professeur mais à 14 ans déjà, soit en 1961, nous étions dans les rues pour protester contre l’introduction de l’enseignement de masse dans notre système éducatif. On nous prenait du fond des culottes pour nous balancer dans des camions pour le camp Alpha Alpha Yaya Diallo, qui existait déjà mais qui était en fait un champ de manioc à l’époque. J’y étais avec des garçons comme l’actuel ministre Alhassane Condé et bien d’autres.

Mais quand en 2000, j’ai décidé de présider l’Ufr, je l’ai fait parce que j’ai des convictions politiques. Et quand en 2001, j’ai manifesté contre le référendum avec les Siradiou Diallo, Bâ Mamadou, Pascal Tolno, Fatou Bangoura et les Babara, nous étions sortis pour faire le tour de la Guinée face à l’armée, il n’y a pas de carte d’identité spécifique pour être opposant. On décide d’être opposant. Je me suis opposé à un régime qui était de chez moi. Donc, franchement, il n’y a pas de certificat pour cela. Vous faites votre lutte, à un moment donné, vous vous posez des questions.

Après la manifestation du 2 mai dernier, je me suis posé la question de savoir si j’étais réellement à la place où je devrais être, j’ai dit non parce que ce n’était pas cela que je devrais faire. C’est ainsi que je me suis dit que je n’irais pas à la prochaine manifestation. Cela ne fait pas de moi un pire opposant. Je connais Elhadj professeur depuis plus de trente ans. De tous les opposants, c’est lui que j’avais eu plus de contact à l’étranger. Donc, nous avons gardé des relations, même si elles ne sont pas amicales parce qu’il est difficile de garder des relations amicales avec Elhadji- Professeur. Il change d’opinion tous les jours. On se connait.

Donc, le fait de parler avec lui, c’est ce que nous recherchons tous les jours. On réclame un dialogue pour parler avec le gouvernement. Si l’opportunité se présente par des voies que je ne vous expliquerai pas mais qui n’ont rien à voir avec la politique sauf que nous débattrons des mêmes questions : nous voulons un dialogue structuré, la libération des détenus et le report des élections. Que cela dure deux heures ou trente minutes, je ne vois pas en quoi cela influe sur le fait que parce que nous nous sommes rencontrés, maintenant, je suis de l’autre côté.

Je le dis parce que non seulement, ceci est ridicule, mais le jour où je déciderai d’aller de l’autre côté, je viendrai ici pour vous le dire. Quand j’ai décidé de ne pas aller avec Elhadj Professeur au second tour, alors que je le connaissais mieux que d’autres, certaines ambassades m’avaient même dit qu’il avait quand même un âge avancé et que cela me donnerait des perspectives, je ne l’ai pas fait. Donc, de grâce, quand il s’agit de moi, éviter ces questions.

Je le dis parce que je ne vois vraiment pas ce qui m’empêcherait de dire exactement ce que j’ai envie de faire. Si je suis dans l’opposition, je suis dans l’opposition. Mais qu’on ne me demande pas que je fournisse un certificat pour cela. Ce n’est pas parce que certains estiment que si on ne fait pas comme eux à partir de là, on n’est pas opposant. Non ! Certains ont raconté que j’ai déposé ma liste depuis longtemps mais quand la liste a été publiée, ils n’ont pas vu la mienne, ils ont été édifiés. Il faut arrêter ces petits jeux. Ce sont des petits jeux.

Nous n’agissons pas de la même façon parce que nous n’avons pas la même culture, le même âge, les mêmes expériences et les mêmes personnalités. Je suis Sidya Touré et président de l’Ufr. Les décisions que je prenne viennent de mon parti. Nous sommes dans un collectif pour dénoncer un problème spécifique. A certain moment, il se peut que des opportunités s’offrent pour les exploiter. Et si vous ne le faites pas, vous êtes irresponsables. Si je ne suis pas à la marche du 23 mai, l’Ufr y était. La preuve est que deux de mes véhicules ont été caillassés. Mais se mettre au dessus d’un véhicule avec des policiers qui vous agressent d’un côté et des loubards de l’autre, j’ai dit que j’ai fait cela comme dirait Elhadj Professeur pendant quarante ans, je peux faire autre chose. Donc, je suis dans ma position. Je continue ma lutte.

Les rumeurs selon lesquelles je veux être Premier ministre, écoutez, si je voulais être Premier ministre, je savais ce qu’il fallait faire. Si je ne l’ai pas fait, ce n’est pas cela que j’ai envie de faire. J’ai créé un parti, ce n’est pas pour être Premier ministre de qui que ce soit. Un arrangement devait être fait dans ce cadre au premier tour mais cela ne veut pas dire que j’ai renoncé à ma volonté d’être Chef d’État en Guinée. Et je me bats pour cela. Je peux me passer d’une quelconque Primature, j’en ai les moyens et la possibilité. Je peux aller dormir pendant toute la journée dans mon second pays, nous menons une lutte, de grâce, ne le personnalisez pas. Mettons cela de côté, revenons aux choses sérieuses, les choses qui nous rassemblent.

Nous avons posé des conditions au sein de l’opposition républicaine. Ce sont ces conditions que nous défendons, quelque soit la manière dont on se rencontre. Qu’on rencontre Elhadj Professeur à Nouakchott, ou à Conakry, ou à Kankan ou enfin à New York, on raconte la même chose. Il faut que le cadre de dialogue soit recréé, que l’opposition puisse participer à un scrutin transparent, que le fichier électoral soit fiable. Nous continuons le débat. Quand c’est l’opportunité de rencontrer Elhadj Professeur, je suis allé le rencontrer. Nous avons discuté mais nous ne nous sommes pas entendus. Cela ne veut pas dire qu’on ne se parlera plus. »

Transcrit par mediaguinee, partenaire de Kaloumpresse.com

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