vendredi , 19 octobre 2018

Désintox : Concilier droit de manifestation, préservation de l’ordre public et sécurité des institutions

Comme il fallait s’y attendre, après avoir été empê­chée de marcher sur l’autoroute la semaine dernière, l’opposition revient à la charge. Elle entend arpenter le maca­dam sur le même itinéraire (aéroport Gbessia – espla­nade Palais du peuple), alors que le gouverneur de Conakry, comme la fois dernière, propose un autre trajet allant du rond point de Hamdallaye au stade du 28 septembre. Les mêmes causes pro­duisant généralement les mêmes effets, il faudrait s’attendre à de sérieux af­frontements entre jeunes manifestants (pour la plu­part des enfants) et forces de sécurité. Ce qui risque d’allonger la liste des ‘’mili­tants’’ de l’opposition, par­don de l’UFDG tués lors des manifs de rue.

Encore qu’il faille se po­ser la question de savoir sur quoi l’on se fonde pour affirmer qu’il s’agit de mi­litants de Cellou Dalein Diallo. Sur la liste macabre dressée la semaine der­nière, sur les cinq victimes trois ont moins de 18 ans (Le premier 16 et les autres 12) et auraient perdu la vie à domicile ou ailleurs, mais pas dans la rue au milieu d’une procession de mar­cheurs. Et l’on n’a entendu nulle part qu’on ait trouvé sur les corps une carte de membre d’un parti poli­tique. Alors pourquoi sur les médias, voire partout (le Premier ministre n’est-il pas allé une fois présenter les condoléances du gou­vernement à Cellou Dalein Diallo au domicile de ce  dernier ?), dès qu’il y a une victime dans la zone de Hamdallaye – Cosa, l’on soutient qu’il s’agit d’un militant de l’UFDG ? Une seule réponse, même si elle n’a rien de réjouissant pour notre démocratie, surtout pour notre quête d’unité nationale : le patronyme !

Ce jeudi encore (et cer­tainement les deux ou trois jours suivants), de nombreux citoyens seront cloitrés à la maison sans aucune possibilité d’aller à la recherche de la pitance quotidienne, d’innom­brables élèves ne pourront aller à l’école alors que les évaluations de fin d’an­née pointent à l’horizon, plusieurs commerçants devront fermer boutique pour échapper à d’éven­tuels actes de vandalisme, la quasi-totalité des habi­tants de Conakry passe­ront des jours et des nuits la peur au ventre, l’ethno­centrisme ambiant aura du grain à moudre, etc.

Mais la question que l’on se pose, c’est pourquoi, au regard du danger qui me­nace la cohésion nationale et de l’empêchement pour de franges importantes de la population de jouir de leur droit d’aller et venir, le gouvernement ne suspend pas, même pour une pé­riode donnée, ces marches qui charrient tant de morts, de blessés et de dégâts ma­tériels.

D’ici l’on entend déjà les cris d’orfraie de ceux qui, au prétexte que l’article 10 de la Constitution consacre le droit à la marche, crient à la violation de la loi. Alors que même dans les démo­craties qui nous servent de baromètre, il arrive que les autorités suspendent ce droit pour préserver ceux d’autres citoyens. Ainsi, après la publication dans l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo de carica­tures offensantes du pro­phète Muhammad (PSL), le gouvernement socialiste a donné l’ordre aux pré­fets de police d’interdire toute manifestation, et de disperser toutes celles qui auraient lieu au mépris de l’interdiction. A défaut, comme le fait actuellement le gouverneur de Conakry, les autorités dans ces pays peuvent interdire la marche sur un itinéraire tout en suggérant un autre. Ce fut récemment le cas, toujours en France, avec « la manif pout tous’’ qui appelait à un rassemblement, le 24 mars dernier, sur l’avenue des Champs-Elysées et la place Concorde (8e arron­dissement). Le préfet de police a écrit aux organi­sateurs pour les informer de l’impossibilité, ‘’pour des raisons impérieuses d’ordre public’’, de se ras­sembler sur ce secteur, tout en les invitant à étudier, ensemble, les possibilités d’itinéraires alternatifs.

Comme pour dire qu’en Guinée aussi, il est grand temps de pouvoir concilier liberté de manifestation, préservation de l’ordre pu­blic et sécurisation des ins­titutions. Lamouche Dukauch

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