dimanche , 16 décembre 2018

Margaret Thatcher, l’incroyable destin d’une fille d’épicier

Pendant 11 ans, elle fut l’intransigeant Premier ministre du Royaume-Uni. Le décès à 87 ans de la Dame de fer laisse son pays orphelin.

Elle fut, selon un sondage publié par le quotidien Daily Telegraph, le plus grand Premier ministre britannique depuis la Seconde Guerre mondiale. Loin devant Winston Churchill et Tony Blair. Margaret Thatcher, qui est décédée ce lundi 8 avril, n’a pas seulement dirigé son pays pendant plus d’une décennie (1979-1990). Cette conservatrice intransigeante l’a aussi profondément transformé ; au point d’avoir laissé son nom à une doctrine, le « thatchérisme », mélange de libéralisme sans frein sur le fond et d’inflexibilité dans la forme.

Née Margaret Roberts en 1925, elle est la fille d’un épicier de Grantham, dans le nord-est de l’Angleterre. Un père révéré, membre du Parti conservateur, qui lui inculque le culte du travail et le service de la collectivité. Déjà militante tory lors de ses études de chimie à Oxford, « Maggie » abandonne rapidement les sciences pour se lancer en politique après avoir épousé Denis Thatcher avec qui elle aura des jumeaux, Mark et Carol.

Acier trempé

Élue pour la première fois à la Chambre des communes en 1959, Margaret Thatcher affiche déjà une personnalité qui lui vaudra plus tard le surnom de Dame de fer. Une certaine raideur formelle renforcée par son inamovible mise en plis, des convictions qui la situent fermement à droite sur l’échiquier politique, une puissance de travail hors du commun et une force de caractère en acier trempé. Des atouts qui lui valent d’être nommée ministre de l’Éducation dans le gouvernement d’Edward Heath en 1970, puis d’accéder cinq ans plus tard à la tête du Parti conservateur qu’elle mène à la victoire en 1979, face à des travaillistes victimes de l’usure du pouvoir.

Suivent onze années qui vont changer la face du Royaume-Uni, et parfois même du monde. Disciple de l’économiste Milton Friedman considéré comme le pape de l’ultralibéralisme, Thatcher privatise des pans entiers de l’industrie britannique, réduit la pression fiscale et taille dans les dépenses publiques. Un traitement de cheval qui redonne incontestablement des couleurs à une économie devenue atone, mais qui met également à mal la cohésion sociale et laisse les services publics (santé, éducation, transports) dans un réel état de dénuement.

Prestige

Parallèlement à cette constante, les années Thatcher sont marquées par une succession de crises ou d’épreuves de force au cours desquelles la première femme chef de gouvernement d’un pays occidental se montre à la hauteur de sa réputation d’inflexibilité. En 1981, des détenus membres de l’Armée républicaine irlandaise (IRA) entament une grève de la faim pour obtenir le statut de prisonniers politiques. Dix d’entre eux meurent sans que le Premier ministre cède un pouce.

L’année suivante, la dictature au pouvoir en Argentine envahit les îles Malouines, confetti britannique perdu dans l’Atlantique-Sud, sans imaginer un seul instant que Londres puisse envisager une riposte militaire. Grossière erreur : la déroute de la junte est totale ; militaire d’abord, politique ensuite. Indirectement responsable de la restauration de la démocratie en Argentine, Margaret Thatcher se taille à domicile un prestige qui lui assure une réélection triomphale.

Anticommuniste

Qu’elle réclame (et obtienne) une réduction de la contribution britannique au budget européen, qu’elle engage un bras de fer (victorieux) avec les mineurs en 1984 ou qu’elle échappe de peu, la même année, à un attentat à la bombe perpétré par l’IRA, Margaret Thatcher apparaît immuable ; sûre de son combat et peu encline au compromis.

Elle se révèle pourtant moins monolithique qu’il y paraît. Viscéralement anticommuniste dans un contexte de guerre froide accentuée par la crise des euromissiles en Europe, elle noue avec l’Amérique de Ronald Reagan une relation privilégiée. Cela ne l’empêchera pourtant pas de reconnaître en Mikhaïl Gorbatchev le rénovateur susceptible de sortir l’URSS de son isolement et le monde de son bipolarisme mortifère.

Elle aura juste la satisfaction de voir tomber le mur de Berlin, en novembre 1989, avant de devoir démissionner un an plus tard, mise en minorité par ses propres troupes. Anoblie par la reine, elle siégera dès lors à la Chambre des lords avant de se retirer totalement de la vie publique en 2002, à la suite de plusieurs attaques cérébrales.

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