samedi , 7 décembre 2019

Jean-François Copé de l’UMP : « Le président Alpha Condé en Guinée bafoue les règles démocratiques »

Dans l’interview publiée dans Le Figaro le 10 mars 2013, Jean-François Copé, président de l’UMP, en séjour en Afrique -notamment en Côte d’Ivoire- a fustigé le président français François Hollande qui observe, dit-il, « un silence coupable à l’égard du président Alpha Condé en Guinée, qui bafoue les règles démocratiques ». Est-ce la réplique du berger à la bergère? Lisez!

LE FIGARO. – L’intervention militaire française au Mali est-elle, selon vous, bien menée?

Jean-François COPÉ. – L’intervention militaire était la seule décision possible. Je l’ai soutenue sans réserve. Deux mois après son lancement, je veux saluer le travail remarquable de nos soldats. Mais l’isolement diplomatique de la France reste très préoccupant. Tout le monde a aujourd’hui à l’esprit la sortie du conflit. C’est sur la réussite de cette phase que François Hollande sera jugé. Reconstruire le Mali, faire face aux attentats et à la guerre d’usure des terroristes: autant de défis qui s’annoncent très difficiles. Nous avons tous en mémoire les épreuves subies par la communauté internationale en Irak et en Afghanistan.

Dans ce contexte, quel sera votre message aux Africains?

Qui peut comprendre l’absence de message clair de la diplomatie française à l’égard de l’Afrique? Prisonnier peut-être des liens avec l’Internationale socialiste, François Hollande observe un silence coupable à l’égard du président Alpha Condé en Guinée, qui bafoue les règles démocratiques. L’Afrique est aujourd’hui un acteur économique et stratégique majeur qui vit à l’heure de la globalisation. La France doit repenser complètement son approche et établir un vrai partenariat avec ce continent. Une relation loyale, tournée vers l’avenir sans oublier le devoir de mémoire et tenant compte du développement durable, de la bonne gouvernance, et des transferts technologiques. Ne laissons pas la voie libre à d’autres puissances. C’est pour la France un sujet majeur.

Au-delà de l’Afrique, comment jugez-vous l’action diplomatique de Hollande?

La première année d’un quinquennat imprime une marque sur toute la durée du mandat. Je voyage beaucoup à l’étranger et je suis frappé de voir à quel point François Hollande suscite à la fois inquiétude et incompréhension. La politique étrangère n’est pas le temps de l’immédiat. En revanche, des comportements de court terme peuvent briser la confiance. C’est le cas avec l’Allemagne ou avec la Chine. L’isolement de la France est aujourd’hui hélas patent, en Europe et au-delà.

En Europe, Hollande a lancé des initiatives pour affronter la crise financière et monétaire. Comment les évaluez-vous?

Je porte un jugement sévère sur la politique européenne de François Hollande et la façon dont il a distendu les relations avec l’Allemagne. Au point que nous avons décidé d’organiser, dans les prochaines semaines, un séminaire entre l’UMP et la CDU pour reconstruire les liens. Il n’y a pas d’Europe forte si le couple franco-allemand n’en est pas le moteur. Je suis lucide sur le caractère difficile, exigeant, des relations entre nos deux pays. Mais lors des célébrations du cinquantenaire du Traité de l’Élysée, j’ai regretté l’absence de souffle, d’initiative dans le discours du président français devant le Bundestag. D’où l’urgence de stopper cette folie fiscale qui nous éloigne de la compétitivité allemande et de reprendre le chemin des réformes structurelles.

Quelle est votre «feuille de route» européenne?

Les citoyens européens sont de plus en plus gagnés par l’euroscepticisme. Dans ce contexte, plusieurs dirigeants comme Cameron, Merkel ou Barroso ont fait des propositions. Seul François Hollande reste silencieux. C‘est donc à l’UMP de porter ce débat à l’occasion des élections européennes de juin 2014. Il faut une grande opération vérité sur l’Europe. Car l’Europe n’ira pas plus loin sans soutien populaire. Construisons une Europe des résultats, des solutions, de l’efficacité. Travaillons à un nouveau traité qui nous sortirait de ce débat tellement français entre État fédéral et État-nation. L’Europe doit reposer sur trois logiques complémentaires: une intégration renforcée dans certains domaines (industrie, environnement, politique commerciale…) ; la mise en œuvre ferme et concrète d’objectifs en commun, entre des États qui le souhaitent (défense, fiscalité, et même peut-être diplomatie) ; enfin, le maintien ou le retour à des compétences pour les seuls État membres sur des questions ou l’Union apparaît inefficace (marché du travail, protection sociale, normes en tous genres qui paralysent les PME…).

La relation transatlantique, consolidée sous la présidence Sarkozy, a-t-elle été confortée?

Dans son discours sur l’état de l’Union, Barack Obama a lancé à l’Europe une perche très importante avec sa proposition d’accord de libre-échange. Cette initiative doit être considérée avec la plus grande attention, compte tenu de l’importance des flux d’échanges dans les deux sens. Cela n’exclut en rien la vigilance concernant la question agricole ou celle de l’accès aux marchés publics. Mais ce serait un puissant stimulant pour moderniser notre économie.

L’UMP a toujours accordé une grande attention à la Chine. François Hollande devrait s’y rendre prochainement…

Incroyable mais vrai! François Hollande n’est encore jamais allé en Chine de sa vie et attend un an après son élection pour s’y rendre. Cela en dit long sur son décalage avec la réalité du monde. Lors de mon dernier voyage en Chine, nous avons décidé que l’UMP prendrait l’initiative d’organiser, dès 2013, des réunions de haut niveau entre dirigeants politiques, experts et jeunes responsables des deux pays. En réalité, François Hollande, depuis dix mois, n’a noué aucun partenariat privilégié sur la scène internationale: avec l’Allemagne nous ne regardons plus dans la même direction, le dernier voyage du président en Russie a été un échec, il ne connaît donc pas la Chine, et sa relation avec les États-Unis est pour le moins distante. Une reprise en mains s’impose…

 

Le Figaro

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