samedi , 16 février 2019
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Dialogue – Jour 1 : Le gouvernement espère, l’opposition reste prudente

Le processus de dialogue entre pouvoir et opposition semble prendre forme. Mais si l’on s’en tient aux déclarations faites à l’issue de ce que la délégation de l’opposition appelle « une simple prise de contact » entre le président et l’ensemble de la classe politique guinéenne, tout n’est pas gagné d’avance.

Pour un premier contact, ce fut l’occasion pour les uns et les autres d’exprimer leurs exigences et leurs attentes vis-à-vis du camp d’en face. La mouvance présidentielle représentée par des leaders comme Mohamed Touré du PDG-RDA, M’Bemba Traoré, Alhousséine Makanéra ont défendue le bien fondé de tenir les élections avec Waymark, sans la voix de la diaspora Guinéenne. Le gouvernement a dit la nécessité de trouver les solutions aux problèmes de la Guinée par la dialogue et non la rue. L’opposition radicale regroupée au sein du Collectif, de l’ADP et du CDR a défendu le vote des Guinéens de l’étranger, exigé le départ de Waymark, demandé la prise en charge des blessés par l’Etat et une procédure d’indemnisation. Le président de la République annoncé la mise en place d’un cadre de dialogue permanent présidé par le Premier ministre Mohamed Saïd Fofana. Et puis on s’est limité là, tout en se donnant rendez-vous dans un proche avenir.

Du côté du gouvernement, l’on se félicite, évidemment, à l’image du Président de la République, de cette première assise qui montre à la face du monde, la volonté du pouvoir d’engager des discussions fructueuses avec l’opposition. Alpha Condé l’a d’ailleurs reconnu à la fin de la rencontre. « Je salue le premier pas positif qui a été fait ce matin. Toutes les sensibilités politiques ont pris part à la rencontre. La mise en œuvre d’un dialogue responsable et sincère entre toutes les composantes politiques est indispensable pour que notre Nation retrouve sa quiétude et puisse relancer le processus qui permettra aux Guinéens d’avoir une Assemblée nationale élue démocratiquement ».

Le porte-parole du gouvernement note la volonté de tous les acteurs de se conformer à la loi en attendant la suite des débats, désormais confiés au Chef du gouvernement. « Maintenant, il faut que chacun en prenne acte et qu’en dehors d’ici, tous les acteurs aient la responsabilité d’appeler leurs militants à respecter le calme et à attendre, dans la sérénité, que les négociations se terminent », conseille Albert Damantang Camara.

Dans le camp des centristes, on apprécie aussi l’idée de réunir tout le monde autour d’une table, président de la République et opposition. Surtout lors que la dernière en date remonte à Novembre 2011. « Ce qui diffère la présente rencontre de celle de 2011, c’est que nous avons eu des propositions concrètes qui vont permettre d’organiser désormais un véritable dialogue sous l’égide du Premier », apprécie Moussa Solano du Parti de l’Unité et du Progrès. Qui prédit déjà que l’espace sera beaucoup plus favorable pour définir les positions par rapport aux points qui font l’objet de divergence entre les partis politique et le gouvernement.

Un autre leader du Centre, Jean-Marie Doré, croit en la possibilité de la tenue d’autres rencontres afin de « trouver les justes solutions qui s’imposent dans la circonstance ». L’ancien Premier ministre se dit « confiant » quant à la suite des discussions puisque selon lui, en tant qu’homme politique, « il ne faut jamais céder à la panique, au découragement ou encore moins au pessimisme ».

Dans le rang du Collectif, de l’ADP et du CDR, le ton est nettement différent. L’on n’est pas très enthousiaste. Certes le porte-parole Aboubacar Sylla réitère leur disponibilité pour « un dialogue franc, sincère et fécond’’. Mais un dialogue placé sous l’égide de la Communauté internationale. « Nous avons estimé que nous requérons à juste titre que la communauté internationale s’implique dans la résolution de la crise guinéenne. Nous avons réitéré notre appel pour la mise en place d’une médiation internationale. Car tous les médiateurs nationaux ont tous été obligés de jeter l’éponge parce qu’ils ont rencontré un refus obstiné du pouvoir de permettre un rapprochement entre l’opposition et lui », dit-il.

Les mots prononcés laissent entendre la méfiance. Aboubacar Sylla ajoute dans son compte rendu que le président Alpha Condé « S’est contenté » d’affirmer sa volonté de tenir des élections transparentes. Et de leur annoncer qu’il compte mettre en place un cadre de dialogue piloté par Mohamed Saïd Fofana. A en croire Sylla, l’opposition ne compte pas aller vite en besogne au risque de se faire avoir. « Nous attendons à ce que des dispositions soient prises dans les jours qui suivent pour qu’un vrai débat s’instaure. Aujourd’hui, il n’y avait pas de débats. Il s’agissait juste d’une rencontre de prise de contact qui va être suivie, dans les heures qui suivent, de la mise en place d’un cadre réel de discussions garanti par la communauté internationale. Mais s’il s’agit tout simplement d’une opération de communication tendant à faire apparaitre le gouvernement comme un gouvernement qui veut ouvrir le dialogue avec son opposition, alors qu’en réalité il campe sur ses positions et le processus électoral n’est pas gelé, on dira qu’il s’agit d’une opération de charme », conclut-il.

Mamady Fofana
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