jeudi , 6 août 2020

Syrie : Bachar el-Assad accuse Londres d’armer les « terroristes »

Le président syrien a confirmé qu’il était prêt à entamer des discussions avec l’opposition non armée, et s’est déclaré prêt à des représailles contre Israël.

Le président syrien, Bachar el-Assad, a accusé le gouvernement britannique de vouloir armer les « terroristes » en Syrie et il s’est dit prêt à discuter avec l’opposition, tout en excluant de démissionner, dans une interview au Sunday Times publiée dimanche. « Comment peut-on s’attendre à ce qu’ils réduisent la violence, alors qu’ils veulent envoyer du matériel militaire aux terroristes et n’essaient pas de faciliter le dialogue entre Syriens », affirme le dirigeant syrien dans un entretien à l’hebdomadaire dominical britannique, enregistré en vidéo. Le président Assad confirme par ailleurs être prêt à entamer des discussions avec des représentants de l’opposition, mais exclut de parler aux « terroristes » armés. « Nous sommes prêts à négocier avec tout le monde, y compris des militants qui déposent les armes », assure Bachar el-Assad lors de cette interview, enregistrée la semaine dernière à sa résidence à Damas. « Nous pouvons engager un dialogue avec l’opposition, mais nous ne pouvons pas engager de dialogue avec les terroristes », prévient-il.


« Je suis comme tous les patriotes syriens »

La Russie avait pressé la semaine dernière l’opposition et le régime d’entamer un dialogue pour mettre fin à une guerre qui a tué, selon l’ONU, plus de 70 000 personnes en près de deux ans. Damas s’était dit prêt, pour la première fois, à discuter avec les rebelles armés, mais l’opposition politique maintient que tout dialogue doit nécessairement aboutir au départ du président Assad. Le dirigeant syrien a une nouvelle fois exclu de quitter le pouvoir et de s’exiler. « Aucun patriote ne peut penser à vivre en dehors de son pays. Je suis comme tous les patriotes syriens », explique-t-il. Quitter le pouvoir ne résoudrait pas la crise actuelle en Syrie, estime le président. « Si cet argument est correct, alors mon départ mettra fin aux affrontements. C’est clairement absurde, comme en témoignent les récents précédents en Libye, au Yémen et en Égypte », fait-il valoir.

Les Occidentaux, plusieurs pays arabes, la Turquie ainsi que l’opposition syrienne appellent à un départ de Bachar el-Assad du pouvoir, ce qu’il a jusqu’à présent toujours refusé. Revenant sur le rôle de la Grande-Bretagne dans ce conflit, le président syrien estime que Londres « a joué un rôle notoirement non constructif sur plusieurs questions depuis des décennies, des siècles, diront certains, je vous parle de la perception qu’on en a dans notre région ». « Le problème avec ce gouvernement, c’est que sa rhétorique creuse et immature ne fait que souligner cette tradition d’hégémonie agressive », dit-il. Le gouvernement du Premier ministre britannique David Cameron s’est dit favorable à un accroissement de l’aide aux rebelles syriens et à une levée de l’embargo européen sur les armes.

Embargo sur les armes

Les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne ont décidé le 18 février de prolonger le régime de sanctions contre la Syrie et d’autoriser un soutien plus important à l’opposition, mais sans se prononcer sur une levée de l’embargo sur les armes. Le ministre britannique des Affaires étrangères, William Hague, avait plaidé pour une levée de cet embargo, « afin que nous puissions fournir un large soutien à la Coalition nationale » de l’opposition syrienne. »Nous leur apportons un soutien politique et diplomatique fort », avait-il plaidé. « Nous leur apportons également une assistance sous forme d’équipements en ce moment pour les aider à sauver des vies humaines. Je crois qu’il y a toute une large série d’équipements qu’on pourrait leur donner. »

Dans son interview au Sunday Times, Bachar el-Assad estime que Londres ne peut pas prétendre à jouer un rôle constructif dans les affrontements en Syrie. « On n’attend pas d’un pyromane qu’il soit pompier », note-t-il. « Comment peut-on s’attendre à ce que la Grande-Bretagne joue un rôle alors qu’elle est déterminée à militariser le problème », insiste Assad, qui appelle Londres à agir « de façon plus raisonnable et responsable ».

De son côté, l’ONU est prête à « faciliter un dialogue » en Syrie, selon un compte rendu de la rencontre samedi en Suisse entre le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, et le médiateur international pour la Syrie, Lakhdar Brahimi. Ban Ki-moon et Lakhdar Brahimi ont « discuté des récentes déclarations du gouvernement syrien et de l’opposition faisant part de leur volonté d’engager un dialogue ». À ce sujet, les Nations unies soulignent qu’elles « seraient prêtes à faciliter un dialogue entre une délégation solide et représentative de l’opposition et une délégation du gouvernement syrien crédible et habilitée » à discuter. Signe que Bachar el-Assad n’envisage pas de partir, l’Iran, allié régional de la Syrie, l’a présenté samedi comme le président légitime, annonçant sa participation à l’élection présidentielle de 2014. « Le président Assad, comme d’autres, participera à la prochaine élection », a affirmé le chef de la diplomatie iranienne, Ali Akbar Salehi, lors d’une conférence de presse à Téhéran en présence de son homologue syrien, Walid Mouallem.

133 morts samedi

Sur le terrain en Syrie, les combats continuent : l’armée a fait subir samedi un sérieux revers aux rebelles en parvenant à desserrer leur étau autour d’Alep et de son aéroport, fermé depuis début janvier. « L’armée a restauré la sécurité » sur une route menant l’aéroport international d’Alep, indique l’agence officielle Sana. L’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) a confirmé la reprise de cette route par l’armée, indiquant qu’elle doit lui « permettre d’acheminer des renforts et des armes de Hama vers Alep », ce qui l’aidera à « se maintenir dans l’aéroport d’Alep et même dans la ville ». Dans le Nord, près de la frontière turque, des « combats sanglants » à Raqa ont fait au moins 10 morts parmi les soldats, 16 dans les rangs rebelles, selon l’OSDH. Selon Sana, « l’armée a repoussé des groupes terroristes armés ».

Des affrontements ont également eu lieu à la frontière avec l’Irak, où djihadistes et armée se disputent le contrôle d’un poste-frontière, et quatre soldats loyalistes, blessés, sont actuellement soignés dans un hôpital irakien. À la frontière avec Israël, l’aviation du régime a bombardé des localités syriennes, a indiqué l’OSDH. Israël a indiqué que des obus en provenance de Syrie s’étaient abattus du côté israélien du plateau du Golan.

À Damas, deux Palestiniens soupçonnés de collaborer avec le régime ont été pendus par des rebelles dans le camp de réfugiés palestiniens de Yarmouk, ont indiqué cette organisation et des Palestiniens. Des pendaisons similaires ont déjà été signalées à Hama et à Alep, mais, selon l’OSDH, c’est la première fois qu’une telle exécution est annoncée, photo à l’appui. Les violences ont fait samedi 133 morts à travers le pays, dont 65 rebelles, selon un bilan provisoire de l’OSDH, qui s’appuie sur un réseau de militants et de sources médicales en Syrie.


Représailles contre Israël

Bachar el-Assad a ajouté qu’il n’excluait pas des représailles au raid aérien israélien près de Damas en janvier. « Engager des représailles ne veut pas dire que l’on va rendre missile pour missile et balle pour balle. Nous n’avons pas à annoncer quelle sera notre manière à nous de procéder » a-t-il précisé dans cette interview, enregistrée en vidéo la semaine dernière dans sa résidence à Damas. Israël, qui craint un transfert d’armes syriennes au Hezbollah, avait revendiqué à demi-mot un raid aérien le 30 janvier, près de Damas, qui a visé un convoi de missiles sol-air et des bâtiments soupçonnés d’abriter des armes chimiques selon des sources américaines.

Samedi, à la frontière avec Israël, l’aviation du régime a bombardé des localités syriennes, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Israël a indiqué que des obus en provenance de Syrie s’étaient abattus du côté israélien du plateau du Golan. « Plusieurs obus ont atterri et ont été retrouvés dans une zone inhabitée dans le sud du plateau du Golan, très probablement en raison des combats en Syrie », a indiqué un porte-parole de l’armée israélienne. Les responsables israéliens attribuent la chute récurrente d’obus syriens en territoire sous contrôle israélien à des « erreurs de tirs » lors d’affrontements entre l’armée syrienne et les rebelles à proximité de la frontière.

Israël occupe depuis 1967 quelque 1 200 km2 du plateau du Golan qu’il a annexés en 1981, une décision que n’a jamais reconnue la communauté internationale, et construit une nouvelle barrière de sécurité le long de sa ligne de démarcation. Environ 510 km2 du Golan restent sous contrôle syrien. Depuis le début des violences en Syrie il y a deux ans, des tirs et des chutes d’obus ont touché le côté du Golan contrôlé par Israël, déclenchant même une riposte de l’armée israélienne en novembre 2012, le premier tir de ce type depuis 1973.


AFP

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