mardi , 18 décembre 2018
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Les adieux émouvants du pape Benoît XVI

À la veille de sa démission historique, Benoît XVI a été acclamé par une foule chaleureuse, mercredi au Vatican. Il a assuré que «Dieu ne laisse pas couler la barque» de l’Église.

Un Benoît XVI libre. Comme rarement dans son pontificat. Ne cachant pas son émotion. Et livrant son véritable testament spirituel, la veille de son départ, mercredi devant une place Saint-Pierre noire de monde pour sa dernière audience générale.

Il a surtout remercié pour ces presque huit années de pontificat, confiant ressentir «en ce moment, en moi, une grande confiance, parce que je sais, nous savons tous que la parole de vérité de l’Évangile est la force de l’Évangile et la force de l’Église, elle est sa vie». Une «confiance» donc, mot qu’il a répété, qui «est ma joie».

De fait, avec le sourire aux lèvres de celui qui estime avoir accompli sa mission, Benoît XVI, bientôt 86 ans, a détaillé les grandes étapes de son pontificat. S’adressant directement au Christ, il est revenu au jour de son élection, le 19 avril 2005: «Seigneur, que me demandes-Tu? Ce que Tu me poses sur les épaules est un grand poids, mais si Tu me le demandes, je jetterai les filets, sûr que Tu me guideras». Il continue: «Et le Seigneur m’a vraiment guidé, il m’a été proche, et j’ai pu sentir quotidiennement Sa présence.»

«Je voudrais que chacun sente la joie d’être chrétien»

Évoquant l’exercice même de son ministère de pape, et se référant à l’épisode de l’Évangile où la barque de Pierre est prise dans une tempête, il a précisé: «Ce fut un trajet du chemin de l’Église qui a eu ses moments de joie et de lumière mais aussi des moments non faciles (…) le Seigneur nous a donné tant de jours de soleil et de brises légères, des jours où la pêche était abondante ; mais il y a eu aussi des moments où les eaux étaient agitées, et le vent contraire, comme dans toute l’histoire de l’Église, et le Seigneur semblait dormir.»

Mais, ajoute-t-il, «j’ai toujours su que, dans cette barque, il y avait le Seigneur et j’ai toujours su que la barque de l’Église n’était pas la mienne, n’était pas la nôtre, mais la Sienne et qu’Il ne le laisse pas couler. C’est Lui qui la conduit, y compris avec les hommes qu’il a choisis. (…) cela a été et cela demeure une certitude que nul ne peut nier.»

Invitant chacun à «renforcer encore» sa foi et à réaliser «que tous se sentent aimés de ce Dieu», il a insisté une nouvelle fois sur un thème récurrent de son pontificat, la «joie», qu’il avait particulièrement développé lors de son premier voyage au JMJ de Cologne, en 2005: «Je voudrais que chacun sente la joie d’être chrétien.»

«J’ai senti que mes forces allaient diminuant»

Après avoir remercié tous ses collaborateurs, à Rome et dans le monde, les chefs d’État, il a consacré un passage entier de ce dernier discours aux simples fidèles qui lui ont, ces derniers temps, adressé des messages de gratitude, mais aussi pendant tout son pontificat: «Le pape n’est jamais seul. (…) Le pape appartient à tous et tant de personnes se sentent proches de lui. (…) Je reçois tant de lettres de personnes simples qui m’écrivent avec leur cœur. (…) Ces personnes ne m’écrivent pas comme l’on écrit, par exemple, à un prince ou à un «grand» que l’on ne connaît pas. Elles m’écrivent comme des frères et sœurs, comme des fils et des filles, avec un lien familial très affectueux.»

Une évocation qui l’a conduit à donner sa définition de l’Église: «Là, nous touchons du doigt ce qu’est l’Église – non pas une organisation, non pas une association à buts religieux ou humanitaires, mais un corps vivant, une communion de frères et de sœurs dans le Corps de Jésus-Christ, qui nous unit tous.»

Enfin, Benoît XVI est revenu sur le sens de sa démission: «J’ai senti, ces derniers mois, que mes forces allaient diminuant, et j’ai demandé à Dieu, avec insistance, dans la prière, de m’illuminer de Sa lumière pour me faire prendre la décision la plus juste, non pas pour mon bien, mais pour le bien de l’Église. J’ai posé ce pas dans la pleine conscience de sa gravité et de sa nouveauté, mais dans une profonde sérénité d’âme. Aimer l’Église signifie aussi avoir le courage de faire des choix difficiles, souffrants, en ayant toujours devant soi le bien de l’Église et non son propre bien personnel.»

Puis, comme jamais dans son pontificat, le Pape a évoqué les conséquences de sa fonction sur sa propre vie privée. Il est une nouvelle fois revenu au 19 avril 2005, jour de son élection: «La gravité de la décision [de son élection NDLR] a été aussi dans le fait qu’à partir de ce moment et ensuite, j’étais occupé, toujours et pour toujours par le Seigneur. Toujours – celui qui assume le ministère pétrinien n’a plus aucune vie privée («privacy» dans le texte). Il appartient toujours et totalement à tous, à toute l’Église. On peut dire qu’il est totalement privé de la dimension privée de sa vie.»

«Je reste près du Seigneur Crucifié»

C’est alors qu’il a commenté le sens mystique de sa décision de laisser sa charge car certains n’ont pas compris son geste et pensent qu’il a abandonné son poste: «Avec le “toujours”, et même le “pour toujours” il n’est plus possible de retourner à la vie privée. Ma décision de renoncer à l’exercice actif de mon ministère ne remet pas cela en cause. Je ne retourne pas à la vie privée, avec une vie de voyages, de rencontres, de réceptions, de conférences… Je n’abandonne pas la croix, mais je reste d’une manière nouvelle, près du Seigneur Crucifié. Je ne porte plus le pouvoir de la charge pour le gouvernement de l’Église, mais je reste par le service de la prière, pour ainsi dire dans le «recinto de Saint Pierre. Saint Benoît, dont je porte le nom en tant que Pape, a été pour moi un grand exemple, il a montré la voie d’une vie, active ou passive, qui appartient totalement à l’œuvre de Dieu.»

Demandant aux fidèles de «prier surtout pour les cardinaux, appelés à un devoir tellement important, et pour le nouveau successeur de l’apôtre Pierre», Benoît XVI dont le pontificat s’achève jeudi 28 février à 20 heures, a remercié la foule et tous les fidèles du monde, pour son «respect» et sa «compréhension» face à la «décision tellement importante» qu’il a prise. Assurant: «Je continuerai d’accompagner le chemin de l’Église par la prière et la réflexion, en me donnant au Seigneur et son Épouse (L’Église dans la théologie catholique, NDLR) comme j’ai toujours cherché à le vivre jusque-là et comme je veux toujours le vivre.»

Le pape a aussi envoyé son dernier tweet:

« Je voudrais que chacun éprouve la joie d’être chrétien, d’être aimé de Dieu qui a donné son Fils pour nous! »

Le Figaro

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