dimanche , 18 novembre 2018
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Pour Sarkozy, Hollande est un nul

L’ex-président voit son successeur comme un « accident de l’Histoire ». Déjà dans le match retour, il fait dire tout haut à ses proches ce qu’il pense tout bas.

Cette fois, le doute n’est plus permis : Nicolas Sarkozy a fait sa rentrée politique. Une rentrée masquée, certes, mais une rentrée offensive. En deux occasions, l’ancien président vient de demander à ses proches de sonner la charge contre François Hollande : à propos de l’intervention française au Mali, d’abord, qui aurait été particulièrement mal préparée ; au moment de la libération de Florence Cassez, ensuite, qui serait entièrement à mettre à son crédit.

Lors de ce dernier épisode, l’équipe Sarkozy a même ressuscité les fameux « éléments de langage » que l’Elysée envoyait avant mai 2012 aux ministres du gouvernement Fillon pour relayer la parole présidentielle. Comme l’a révélé « le Canard enchaîné », et comme « le Nouvel Observateur » est en mesure de le confirmer pour avoir vu sur un écran de portable un SMS envoyé en pleine nuit, plusieurs dignitaires de l’UMP se sont vu prier de clamer haut et fort que « sans l’énorme pression de Sarkozy » « FC serait toujours en prison » ; on serait devant un « cas typique des planqués qui volent au secours de la victoire ».

Le Sarko dans le texte

Brice Hortefeux ne cesse de le répéter : il n’est « ni le porte-parole officiel, ni le porte-parole officieux » de Sarkozy. Même antienne du côté de la rue de Miromesnil, où l’ancien président a installé ses bureaux : « Hortefeux parle au nom d’Hortefeux, personne n’est habilité à parler au nom de Sarkozy qui n’intervient pas dans le débat public sous quelque forme que ce soit. » Les « éléments de langage » envoyés dans l’affaire Cassez démontrent pourtant le contraire.

L’ancien ministre de l’Intérieur et président de l’Association des Amis de Nicolas Sarkozy a été l’un des destinataires du SMS, et il en a repris de nombreuses formulations, le 27 janvier, sur Europe 1 : preuve qu’il parle le Sarko dans le texte. Au-delà de ces démentis convenus, un dirigeant de l’UMP confie : Sarkozy a été ulcéré par l’attitude de Hollande : il s’attendait à ce que son successeur l’invite à aller avec lui accueillir Florence Cassez à Roissy. C’est un dossier sur lequel il s’était particulièrement mobilisé, comme la jeune Française l’a rappelé elle-même. Il ena peut- être parfois trop fait, au risque de heurter les autorités mexicaines. Mais Hollande a fait une bêtise en n’ayant pas l’élégance de le citer. »

Sur le Mali, Hortefeux a été le premier à briser le consensus national. En privé, Sarkozy est encore plus critique que son féal. « Pour lui, la situation n’est pas celle qui a été décrite par Hollande, glisse un proche. Il n’y a pas d’un côté un régime légitime et, de l’autre, des terroristes islamiques ; mais un président issu d’un coup d’Etat face à des groupes rebelles très implantés dans le nord du pays, parmi lesquels figurent des éléments islamistes : il voit le Mali à la lumière de la Côte d’Ivoire. »

Depuis toujours, Sarkozy estime que son successeur n’est pas à la hauteur. « A ses yeux, Hollande a du mal à entrer dans les habits de président », lâche pudiquement Hortefeux. Depuis le premier jour du nouveau quinquennat, Sarkozy juge Hollande mesquin : lors de la passation de pouvoirs, il n’a pas supporté de ne pas être raccompagné jusqu’à sa voiture. Pourquoi montrer les dents maintenant, alors que les sondages lui sont aussi favorables qu’ils sont défavorables à Hollande ?

Là encore, il faut écouter un de ses anciens ministres qu’il reçoit régulièrement rue de Miromesnil.

Depuis sa défaite, Sarkozy est très attentif à la défense de son bilan. On est prié de monter au créneau quand il est contesté. Sur le Mali et l’affaire Cassez, il a manifesté un énervement plus sensible. La raison ? Dans le premier cas, on l’abaissait en mettant au même niveau son action en Libye et ce que fait Hollande au Mali ; dans le second, il y a eu un mensonge par omission : son rôle a été délibérément gommé. »

Un deuxième ancien ministre : « L’opération au Mali a été un choc pour lui. Jusque-là, il avait l’impression que beaucoup de gens, y compris à gauche, partageaient son jugement plein de commisération sur Hollande. Et soudain celui-ci s’est vu encensé, y compris par la presse internationale. Il n’a pas supporté de voir Hollande traité comme un vrai président. Dans sa tête, le seul président, c’est lui. Hollande, c’est un accident de l’Histoire qui a été élu à cause de la crise, du bon score de Marine Le Pen et du retrait de DSK. »

Un troisième ancien ministre : « Il n’y a pas que le Mali. Entendre Angela Merkel féliciter Hollande à Berlin pour les réformes qu’il mène a été pour lui insupportable. En creux, c’était suggérer que Sarkozy n’avait pas été un vrai réformateur. Petit à petit, son successeur devient un partenaire pour les chefs d’Etat et de gouvernement étrangers : c’est encore plus insupportable. »
Comme Napoléon à l’île d’Elbe

D’autant que, pour Sarkozy, Hollande reste un nul. Puisqu’il intervient souvent en service commandé, il faut davantage écouter Hortefeux. L’ancien ministre de l’Intérieur va ainsi répétant que, si l’ancien président se représente en 2017, ce sera par « devoir ».

Qu’est-ce à dire ? Sarkozy a mal à la France ! Sans lui, elle partirait à la dérive, s’enfoncerait dans le déclin : voilà le fond de sa pensée. De la rue de Miromesnil, il se sent comme Napoléon à l’île d’Elbe : en exil.

Comme il n’est qu’à une encablure de l’Elysée, Hortefeux, toujours lui, s’est récemment étonné que Hollande ne consulte pas son prédécesseur pour « connaître son appréciation ». Pour le coup, Hortefeux assure qu’il s’agit d’une idée personnelle. « Je doute que Sarkozy rêve de prendre un thé avec Hollande », plaisante un de ses conseillers. Mais l’ancien président s’agace bien que son successeur continue de le snober, de faire comme s’il n’existait pas.
Il avait assuré qu’il « couperait avec la politique »

Lors d’un récent concert d’Enrico Macias à l’Olympia, où il a été ovationné par le public, Nicolas Sarkozy est apparu fatigué, épuisé presque. « Il voyage beaucoup pour ses conférences, à sa façon, sans se poser sur place et, quand il est à Paris, il reçoit sans arrêt, du matin au soir », confie un proche. Au début de sa campagne présidentielle, quand il avait assuré qu’il « couperait avec la politique » en cas de défaite, il avait ajouté qu’il « prendrait du bon temps » : « Je peux commencer la semaine un mardi et la finir un jeudi », avait-il lancé.

Il s’est surestimé ! La politique l’accapare toujours autant, « plus que jamais, c’est sa vie », glisse même un proche, et ses semaines sont toujours surchargées. Seul dérivatif, le sport, qu’il pratique à la Sarko, de façon intensive, pas moins d’une heure par jour. « La fatigue accumulée contribue à l’énervement », continue le même proche.

D’autant que son camp se révèle tout compte fait peu réceptif à ses injonctions. Après quelques déclarations discordantes, la droite dans son ensemble est rentrée dans le rang sur le Mali. Le temps des questionnements viendra plus tard. A l’UMP, une seule voix s’est fait entendre la semaine dernière pour critiquer l’opération : celle de Frédéric Lefebvre, l’ancien secrétaire d’Etat au Commerce et à l’Artisanat : « C’est une faute lourde de n’avoir pas su, ou pas pris le temps de multiplier les passerelles diplomatiques », a-t-il écrit dans une tribune publiée par le « Huffington Post » : « La France n’avait pas le droit de mettre en danger tous ses enfants en portant seule le drapeau de la lutte contre la barbarie terroriste. »

Match retour

Hortefeux et Lefebvre ! Seuls les grognards du sarkozysme, les collaborateurs de toujours qui l’accompagnaient déjà à Neuilly, relaient la ligne du patron… Si l’ex-président prend ainsi le risque de l’isolement, c’est qu’il est déjà tout entier dans son match retour contre Hollande. En 2016-2017, ce ne sont pas seulement les circonstances, croit-il, qui décideront de la possibilité de son come-back.

Plus que jamais, Sarkozy croit au « volontarisme » : il fera le maximum afin d’être présent au rendez-vous. Pour ce féru de foot, cela passe par un marquage à la culotte de l’actuel locataire de l’Elysée. En permanence, il s’irrite du manque de combativité de l’UMP face au pouvoir socialiste. On peut compter sur lui pour combler ce prétendu vide. Sarkozy n’est lui-même que quand il lâche ses coups.

Par Hervé Algalarrondo (Le Nouvel Observateur)

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