mercredi , 19 décembre 2018

Affaire 19 juillet: AOB nie et accuse, le procureur parle de « mauvaise foi »

Le procès des présumés auteurs de l’attaque du domicile du président de la République le professeur Alpha Condé le 19 juillet 2011 à Kipé en haute banlieue de Conakry, s’est ouvert lundi 7 janvier à la Cour d’appel de Conakry. Au total, c’est une trentaine d’accusés qui sont renvoyés devant la Cour d’assises pour y être jugés et 5 militaires devant le tribunal militaire.

C’est aux environs de 11h que le procès militaro-civil tant attendu a débuté par la lecture des chefs d’accusations portés contre les accusés qui sont : « assassinat, atteinte à la sureté de l’État, coups et blessures volontaires, racisme, ethnocentrisme, destruction du domicile privé, détention illégale d’arme de guerre ». Donc 33 personnes doivent comparaitre dans cette affaire lors de ces assisses de la justice guinéenne.

Cette première journée a été marquée par la comparution du commandant Alpha Oumar Boffa Diallo dit ‘’AOB’’, considéré comme le cerveau de l’attaque du 19 juillet 2011, devant le juge Fodé Bangoura. A la barre, AOB, assis sur une chaise, visiblement en forme et accompagné de ses avocats, a nié sa participation à ladite attaque en ces termes :

« Ce jour-là, j’étais à Coléah quand j’ai reçu le coup de fil du lieutenant Amadou Diallo me demandant d’aller le trouver à Lambanyi. Arrivé au lieu indiqué, j’ai garé ma voiture. Pendant que je l’attendais, j’ai vu un groupe d’inconnus entouré mon véhicule. Calmement, je leur ai demandé qu’est-ce qu’il y avait ? Un d’entre eux m’a demandé si c’est moi AOB ? J’ai répondu oui en lui demandant à mon tour où est Amadou ? Il m’a répondu qu’Amadou arrive.  Entre temps, le lieutenant Amadou est arrivé dans un état d’ébriété qu’il n’a eu qu’à me dire : « frère c’est ça ».

Après notre entretien, le groupe d’inconnus m’a demandé de monter dans mon véhicule et de les suivre. De là, nous avons pris la direction du Km36 pour aboutir à la RTG Koloma. C’est à ce niveau qu’ils m’ont dit qu’ils ont demandé à Amadou de m’appeler parce qu’ils ont une mission à me confier. ‘’Cette mission n’est autre que d’attaquer le domicile du Président. Tu acceptes ou on te tue’’. Pour preuve, ils ont tiré sur Amadou qui s’est effondré devant moi.

Pour sauver ma peau, je leur ai dit de m’attendre au niveau des rails pour aller visiter le terrain. Contrairement à cette promesse, je suis allé dire aux gardes de prendre toutes les dispositions avant de m’enfuir en disant ceci : ‘’vous voyez ce cortège ? Ils veulent me tuer et vous attaquer’’. Mais au lieu de cela, j’ai vu que les militaires qui étaient là ont fui.

Au même moment, j’ai été suivi par le même groupe qui m’a rattrapé au niveau de la sureté urbaine de Conakry en jetant une grenade dans ma voiture.

Peu de temps après, le colonel Claude Pivi et d’autres chefs militaires sont venus lorsque j’étais à l’hôpital Ignace Deen, inconscient, pour me prendre et me déposer à la maison centrale (…) ».

Du berger à la bergère, le procureur général William Fernandez de répliquer en accusant AOB de vouloir simplement nier les faits qu’il a précédemment reconnus chez le juge d’instruction et devant les officiers de police judiciaire.

Pour Fernandez, « c’est une technique à laquelle je ne répondrai pas. Vous comprendrez bien la preuve de sa mauvaise foi ». Et de poursuivre que l’un des assaillants le lieutenant Amadou Diallo a été tué lors de l’attaque du domicile du président.

Dans la foulée, le procureur général indique que l’unique femme Fatou Badiar Diallo citée dans cette affaire en était l’initiatrice et la planification et l’exécution étaient confiées au commandant AOB, à son frère le lieutenant Amadou Diallo et à d’autres militaires dans le but d’attenter à la vie du Chef de l’Etat.

Acculé par les questions du procureur, AOB, sur un ton colérique, se déchaîne et lance : « (…) C’est monté de toute pièce. Il (le procureur général) a vu que les déclarations que le service de renseignement a données concernant AOB, sont fausses. Mais, il continue toujours à croire à ces déclarations de ces services de renseignement qui m’ont accusé à tort. Le procureur m’a dit de coopérer en citant les leaders politiques comme Sidya Touré, Cellou Dalein Diallo, Lansana Kouyaté, Tibou Kamara, Diallo Sadakadji. Je lui ai répondu que je ne vais jamais accuser quelqu’un au prix de ma vie. (…). M. le président, peut-être que si j’acceptais de coopérer, je ne serais pas aujourd’hui à la barre ». Et d’ajouter : « Monsieur le président, vous avez le droit de m’écouter parce que je suis devant la justice. C’est ma vie qui en dépend pour la deuxième fois. J’ai été victime pour la première fois où j’ai été broyé, ne croyant pas revenir en vie, Dieu m’a sauvé et je ne crois qu’au même Dieu. Mais devant la barre, vous devez être informé sur tous les détails ».

Le procureur William Fernandez de déclarer que ce procès n’est pas celui entre AOB et lui. « Il (AOB, ndlr) se trompe d’adversaire, je suis bien son adversaire mais dans la légalité. Moi, je n’emploie jamais des moyens illégaux. Les faits sont clairs. Nous allons faire venir tous les témoins dans cette affaire pour vous prouver qu’il y a des personnes qui vous ont suivis dans votre démarche ».

Le président de la Cour, Fodé Bangoura réussira à faire retomber la tension entre les différentes parties. Et de rappeler à AOB qu’il n’est pas important de déclarer à la Cour ce qu’il a refusé d’accepter avec le procureur général.

A noter que les scellés exhibés dans la salle sont composés de plusieurs armes de guerre. Le procès continue aujourd’hui où les débats seront houleux entre avocats de la défense et ceux de la partie civile.

MEDIAGUINEE

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*