dimanche , 20 octobre 2019

Mali: démission du Premier ministre Cheick Modibo Diarra, arrêté par des militaires

Le Premier ministre malien Cheik Modibo Diarra a annoncé mardi matin à la télévision nationale sa démission et celle de son gouvernement quelques heures après avoir été arrêté par d’ex-militaires putschistes ayant renversé le 22 mars le président Amadou Toumani Touré.

« Moi Cheik Modibo Diarra, je démissionne avec mon gouvernement », a déclaré M. Diarra lors d’une brève allocution à l’Office de radio-télévision du Mali (ORTM) sans donner d’explication à sa décision.

L’air grave et les traits tirés, M. Diarra, vêtu d’un costume et d’une cravate sombres, a simplement remercié ses collaborateurs et souhaité que « la nouvelle équipe » qui lui succédera réussisse sa mission dans un pays dont le nord du territoire est totalement occupé par des islamistes armés liés à Al-Qaïda.

Son allocution est intervenue quelques heures après son arrestation à son domicile de Bamako par une vingtaine de militaires sur ordre du capitaine Amadou Haya Sanogo, ancien chef des putschistes qui avaient renversé le président Amadou Toumani Touré le 22 mars, précipitant la chute du Nord aux mains des islamistes.

Cheick Modibo Diarra avait prévu de partir lundi soir pour Paris afin d’y passer un contrôle médical, selon son entourage. Il s’apprêtait à se rendre à l’aéroport quand il a appris que ses bagages avaient été débarqués de l’avion qui devait l’emmener en France et il est resté à son domicile où il a été arrêté.

Cette arrestation soulève de nombreuses interrogations pour l’avenir du Mali, qui traverse depuis près d’un an une crise sans précédent ayant abouti à la division du pays: une intervention militaire étrangère à l’étude pour en chasser les islamistes armés liés à Al-Qaïda qui occupent sa partie nord, y est contestée, en particulier par le capitaine Sanogo.

« Le Premier ministre a été arrêté par une vingtaine de militaires venus de Kati », ville garnison proche de Bamako et base des ex-militaires putschistes, a déclaré à l’AFP un membre de l’entourage du Premier ministre. « Ils lui ont dit que c’est le capitaine Sanogo qui leur a demandé de l’arrêter », a-t-il ajouté.

Cette information a été confirmée de source sécuritaire.

Les militaires « ont carrément défoncé la porte de la résidence du Premier ministre et l’ont emmené un peu brutalement », a ajouté, sous couvert de l’anonymat, le membre de l’entourage de M. Diarra qui a assisté à l’arrestation.

Les militaires sont passés par une entrée de la résidence privée de M. Diarra qui n’était apparemment pas surveillée par les gardes chargés de la protéger.

Cheick Modibo Diarra avait prévu de partir lundi soir pour Paris afin d’y passer un contrôle médical, selon ce témoin. Il s’apprêtait à se rendre à l’aéroport quand il a appris que ses bagages avaient été débarqués de l’avion qui devait l’emmener en France et il est resté à son domicile.

Après cette arrestation, la situation était calme à Bamako, a constaté un journaliste de l’AFP.

M. Diarra s’est prononcé à plusieurs reprises en faveur de l’intervention rapide d’une force militaire internationale dans le nord du Mali entièrement occupé depuis fin juin par des groupes islamistes armés liés à Al Qaïda, intervention à laquelle est farouchement opposé le capitaine Sanogo.

Ce capitaine jusqu’alors inconnu avait renversé le 22 mars le régime du président Amadou Toumani Touré (ATT), précipitant la chute du Mali aux mains des islamistes armés.

Ex-putschistes toujours influents

Il avait été contraint de rendre le pouvoir à des civils deux semaines plus tard, mais lui et ses hommes sont restés très influents à Bamako où ils ont été accusés d’avoir commis de nombreuses exactions contre des partisans de l’ancien président renversé.

Le capitaine Sanogo avait fin avril réussi à enrayer une tentative de contre coup d’Etat des militaires restés fidèles au président ATT à l’issue de violents combats meurtriers à Bamako.

Ce militaire, qui aime à se comparer au général Charles de Gaulle en résistance contre l’occupant allemand et ses collaborateurs français pendant la seconde guerre mondiale (1939-1945), été nommé par le président malien par intérim, Dioncouda Traoré, à la tête d’une structure chargée de réformer l’armée malienne, sous-équipée et démoralisée.

L’arrestation de M. Modibo Diarra, ancien astrophysicien de renommée internationale âgé de 60 ans, est survenue après le report de « concertations nationales » convoquées par le gouvernement de transition qui devaient se tenir pendant trois jours à partir de mardi.

La concertation avait pour but de tenter d’établir une « feuille de route » pour les mois à venir entre tous les acteurs – politiques, militaires, sociaux, organisations de la société civile – face à la crise sans précédent que traverse le Mali.

Le nord du Mali est contrôlé depuis fin juin par trois groupes islamistes armés: Ansar Dine, mouvement essentiellement composé de Touareg maliens, et les jihadistes surtout étrangers d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao).

Ils y appliquent la charia (loi islamique) avec une extrême rigueur qui se traduit par des lapidations, amputations, coups de fouets aux « déviants » (voleurs présumés, couples adultères, fumeurs, buveurs d’alcool).

Le gouvernement malien et la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) ont soumis à l’ONU des plans pour l’envoi d’une force internationale de 3.300 hommes dans le nord du Mali et demandent au Conseil de sécurité de l’ONU d’autoriser son déploiement rapidement.

La volonté des Africains, soutenus par la France, d’obtenir au plus vite le feu vert de l’ONU à une intervention armée se heurte au scepticisme de Washington, qui doute de la capacité de Bamako et de ses voisins à mener à bien l’opération.


AFP

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