mardi , 21 mai 2019

Gouvernement : Pourquoi Alpha Condé tient-il encore à Saïd Fofana ?

De tous les chefs de gouvernement que la Guinée a connus, Mohamed Said Fofana est le plus iconoclaste. Malgré son profil d’économiste, un des critères nécessaires pour espérer occuper le fauteuil de chef de gouvernement en ces périodes de PPTE, sa désignation a laissé une perplexité indicible dans l’opinion.

 

Bien sûr qu’il n’y a pas de corps de premiers ministrables dans la société, mais il y a des critères tacitement admis. Et surtout en rapport avec la situation nationale, on attendait une personnalité plus trempée. Mais enfin, on ne fait pas l’histoire avec des « si ». Said Fofana est là et il faut faire avec.

A la vérité, cet à-priori n’est nullement un handicap. Il y a des tocards que l’exercice du pouvoir a révélés et comment ! Il appartient au fils du Morya de considérer ces appréciations timorées de départ comme des défis. Dans cette perspective, après près de deux ans passés à la tête du gouvernement, quel bilan peut-on faire de l’action de Said Fofana ?

Ce Premier ministre confirme un peu trop le statut des chefs de gouvernement dans notre pays qui sont, tout au plus, des super coordonnateurs de l’action gouvernementale. Dans l’approche des choses, il est de plus en plus évident qu’ils n’en sont ni les inspirateurs, encore moins les initiateurs. C’est vrai que la Constitution tranche la question, en faisant du chef de l’État celui qui détermine la politique du gouvernement. Mais entre cette disposition générale de la loi fondamentale et la pratique, il y a toujours des espaces de liberté qui permettent d’affirmer une marque personnelle.

Le gros problème pour notre Premier ministre reste donc la faculté à montrer que c’est lui et non quelqu’un d’autre qui dirige le gouvernement.

Par exemple, sur des questions importantes, ce sont les ministres qui parlent et non le chef du gouvernement. On peut lister les occasions où on aurait bien voulu entendre le Premier ministre, responsable suprême du gouvernement et non un simple titulaire de portefeuille qui applique une politique édictée ailleurs. Les affaires de Zogota, les manifestations à répétition de l’opposition, l’insécurité généralisée, sont des situations assez graves qui auraient mérité que le chef du gouvernement s’explique. Le problème n’est pas que cela aurait convaincu ou pas ses contempteurs, mais cela aurait eu le mérite de faciliter l’imputabilité des actes du gouvernement. Si le Premier ministre juge une décision indispensable, il l’affirme et en assume les conséquences. Les jeux sont, dans ce cas de figure, assez limpides et les conséquences vont à qui de droit, en bien comme en mal. C’est ça aussi l’action politique. Mais, les hommes politiques en Guinée continuent d’avancer masqués. Ils ne font pas mieux que ces snipers que l’on lit toujours dans la presse avec des noms d’emprunt du genre « un groupe de lecteurs fâchés du secteur X ».

Tant que les politiques ne donneront pas l’exemple dans ce domaine, il va être difficile que le citoyen ordinaire s’assume.

Deuxième événement où on aurait voulu entendre  » la voix rassurante » de Said Fofana, c’est lors de la meurtrière épidémie de choléra. Le Premier ministre est resté étrangement absent, malgré le bilan effarant. La gestion de cette calamité a été confiée au ministère de la Santé qui a quelques fois communiqué. Said Fofana est resté en retrait et la seule fois où il a daigné en parler, c’était pour sortir des énormités du genre « ce fléau est loin devant nous’’. Le ministre de la Santé n’aurait pas été mal inspiré de jeter son va-tout pour prévenir cette situation qui est à notre portée plutôt que de courir derrière des chimères. Le chef du gouvernement ne peut pas, dans ce domaine, se contenter des appréciations aussi évasives. Il reste à présent l’aspect politique des choses.

Ce gouvernement est assis sur une espèce d’arrangement électoral, ce qui malheureusement n’a pas fécondé des actions hardies pour sortir le pays de la crise. Il y a eu la Commission de réconciliation nationale mais, à vrai dire, Said Fofana ne peut pas la comptabiliser comme un acquis. Au lieu de s’occuper à donner forme à la réconciliation tant voulue, le Premier ministre fait des virées à l’intérieur du pays où le discours qui y est tenu est plus proche de l’affrontement que de la réconciliation. Et il ne peut s’enorgueillir d’avoir un lien quelconque avec l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative PPTE dont le premier mérite revient au chef de l’Etat qui a veillé à la bonne marche de l’Economie, et aux ministres des Finances et du Budget ainsi que le gouverneur de la Banque centrale qui ont su imposer une discipline budgétaire à toute épreuve.

Aussi, après avoir remanié partiellement son gouvernement, plusieurs observateurs pensent que le chef de l’Etat devrait se débarrasser de son Premier ministre pour en essayer un autre. Ce ne sont pas les cadres compétents qui manquent. Même du côté de Forécariah.

Source : Le Nimba (Hebdo guinéen)

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