mardi , 11 décembre 2018

Grande interview : KPC parle de tout !

Guicopres, CNDD, marchés gelés, relations avec le régime Alpha Condé,…Kerfalla Preson Camara (KPC) patron de Guicopres (Guinéenne de construction et de prestation de service) parle de tout dans cette interview accordée à notre confrère d’Afrique Plus depuis Genève. Youssouf Décazy Camara, le DG de Guicopres intervient aussi dans cette interview.

 

Alain Foka : Que d’un magnétoscope mis en gage pour créer votre entreprise en 1998, a plusieurs dizaine de millions d’euros à moins de 14 ans. C’est quoi le succès de GUICO-PRES, votre groupe ?

KPC : On m’a prêté de l’argent, je suis allé créer l’entreprise avec 50 000 Gnf (5 euros).

Mais qu’est ce qui vous faisait croire que votre entreprise allait marcher, vous veniez de cherchez du boulot sans y arriver. Vous avez fini les études et vous avez du mal à trouver du boulot. Vous étiez tellement confiant ?

KPC : J’étais très confiant. J’étais convaincu que la Guinée avait besoin des hommes qui puissent l’aider à aller de l’avant. Donc, j’ai cru en l’avenir, j’ai cru à mon sixième sens et puis, j’ai cru à tout ce qui pouvait m’aider à aller loin.

Vous avez fait des études de finances ?

KPC : J’ai fait l’économie finance et puis l’administration des affaires à l’Université de Conakry. J’ai étudié à Conakry de l’école primaire jusqu’à la fin du cycle universitaire. Donc, nous on a été formé pour créer de l’emploi et pas pour aller chercher de l’emploi.

Premier contrat, vous deviez désherber l’université dans laquelle vous avez fait vos études quelques temps plutôt ?

KPC : Effectivement, dans le désherbage de l’université de Conakry, le premier contrat, le deuxième et le troisième jusqu’au huitième contrat. Puisque, toute la surface universitaire a été divisée en des portions pour me tester. C’était pour savoir si j’ai la capacité de mobilisation des ouvriers.

Avec quoi vous désherbiez ? Des machettes ? Des coupe-coupe ?

KPC : Avec des pioches, des coupe-coupe et la houe (rires…), avec des jeunes venus d’un peu partout.

Youssouf Dékazy, DG de Guicopres

Des jeunes de l’université ?

KPC : Non. C’était des jeunes des quartiers environnants et puis quelques jeunes de l’université, des étudiants sont venus coordonner les différentes activités y compris l’un de nos anciens professeurs.

Après dans le bâtiment, pourquoi le bâtiment ?

KPC : Parce que je savais que mon pays avait besoin de ça. Et, il y a l’opportunité d’affaires dans ce domaine là. Je crois que je ne me suis pas trompé, puisque, tout d’un coup, c’était le stade du 28 septembre qui m’a fait appel.

Parce que c’est le plus grand stade de Conakry ?

KPC : C’était pour la mise en norme internationale du FIFA pour éviter de délocaliser un match du Syli national vers l’extérieur du pays. J’ai rénové carrément le stade et puis, cela a permis au Syli national de jouer son match au stade du 28 septembre. Et ça permis à GUICO-PRESS d’être connue en Guinée comme étant une entreprise de construction.

Vous rénovez le stade, mais votre premier grand chantier de rénovation est un projet de la banque mondiale…

KPC : C’est un projet de la banque mondiale à travers le PSE (programme sectoriel de l’Education) aujourd’hui, parce que c’était PADES avant. Donc, ce fut mon premier contrat de rénovation juste à côté de l’université de Conakry, un petit marché de moins de 30 millions de francs guinéens.

Aujourd’hui quels sont vos clients ? Là, je vais m’adresser au directeur général, M. Youssouf Décazy ?

Youssouf Décazy : Nos principaux clients aujourd’hui et à l’instant en 2012, ce sont les compagnies minières, on continue à travailler toujours avec la Banque Mondiale à travers la construction des écoles sur toute l’étendue du territoire national. Nous avons aussi les sociétés parapubliques, parmi lesquelles nous avons la Caisse nationale de sécurité sociale et avec l’Etat toujours dans les projets de routes.

Je compte parmi certains de vos clients des années précédentes: Ecobank, Total Guinée, la Banque Mondiale, Nestlé Guinée, la BCRG et d’autres grandes entreprises. Et, comment vous arrivez à obtenir toutes ces entreprises alors que vous n’êtes pas du domaine des bâtiments M. Kerfalla Camara ?

KPC : Bien sûr que nous sommes du domaine du bâtiment. Nous avons recruté pas mal de jeunes ingénieurs guinéens, de très jeunes talentueux ingénieurs et architectes qui sont avec nous.

Combien d’employés vous comptez aujourd’hui ?

KPC : Aujourd’hui, après cette période (la crise, NDLR) que nous avons connue, nous sommes à plus de six cents employés.

‘‘Lansana Conté ne m’a

donné aucun marché…’’

Alors pendant un certain temps, on vous a présenté comme étant l’homme du pouvoir, du pouvoir de Lansana Conté, on a même dit, que vous aviez été fabriqué par Lansana Conté, vous rouliez pour lui. C’est vrai ?

KPC : Ce n’est pas vrai, Lansana Conté, que son âme repose en paix, on ne s’est rencontré qu’une seule fois et en moins de dix minutes.

Comment vous a-t-il donné autant de marchés pour que vous vous enrichissiez aussi rapidement ?

KPC : Rires…, Lansana Conté ne m’a donné aucun marché. Il a crée l’environnement favorable à l’émergence des entrepreneurs guinéens, mais, dire qu’il m’a donné un marché, je dis non.

‘’J’ai eu pas mal de

marché avec le CNDD, mais avant la prise du pouvoir,

on ne se connaissait pas ’’

Ils ne sont pas nombreux les entrepreneurs en Guinée. Surtout ceux qui ont connu un grand succès ?

KPC : Bon, ils sont nombreux les entrepreneurs en Guinée, mais, mon succès fut un succès. Je ne crois pas avoir bénéficié une faveur particulière.

Vous étiez perçu comme l’homme du pouvoir, on ne l’a pas dit pour rien ?

KPC : Je ne sais pas pourquoi ils l’ont dit, ceux qui l’ont dit, c’est à eux de se justifier.

Dadis Camara aussi vous a soutenu, Sékouba Konaté également, comment vous faisiez pour que ces régimes là vous offrent autant de marchés ? Par exemple, les garnisons à rénover.

KPC : Voilà.  Parlant maintenant du CNDD, j’ai eu pas mal de marché avec eux.

Vous rouliez pour Dadis ?

KPC : Je roulais pour la Guinée. Je roulais pour une administration qui voulait des entrepreneurs, des opérateurs économiques.

Qu’est ce qui fait qu’ils vous ont donné tant de marchés si vous n’étiez pas proche. Vous ne financiez pas en sous main ?

KPC : C’est en cela revient tout le mérite.

De qui ? De vous ou de Dadis Camara ?

KPC : Des efforts qui nous avons fourni depuis 1998 en créant notre entreprise. Et, en ayant l’audace de préfinancer les marchés. Donc, ce sont ces arguments là qui nous ont permis de nous mettre au devant de la scène avec le CNDD. Eux, c’est des militaires, ils ont besoin de faire quelqu’un qui est pragmatique et réaliste. Ils donnent des ordres, vous les exécutez. Donc, nous, nous avons eu la chance d’avoir la confiance des Banque commerciales qui nous ont accompagnés au temps du CNDD. Quand les militaires demandaient : est-ce que tu peux commencer demain ? Moi, je dis, aujourd’hui. Les banques étaient là pour m’accompagner à traves les garanties que je mettais en place et l’ancienneté de nos relations, ils avaient beaucoup confiance en moi. Ils savaient que quand je promets, je réalise toujours.

Ça veut dire que vous n’aviez aucune relation personnelle avec Dadis Camara ?

KPC : Aucune relation personnelle. Ni avec Dadis Camara, ni avec Sékouba Konaté.

Vous ne vous rencontriez pas souvent ?

KPC : Non. On ne se connaissait même pas avant le CNDD, avant la prise du pouvoir par eux.

Aujourd’hui on a dit que votre entreprise traverse une période de crise, que vous ne payez plus les salaires. Là, je m’adresse au DG. Qu’est-ce qui fait qu’une entreprise qui a gagné autant d’argent ne puisse même pas payer les salaires aujourd’hui ?

Décazy : L’entreprise a, à un  moment donné, opté pour une stratégie de maintien non seulement des employés mais aussi continuer à honorer ses engagements. On le disait tantôt, c’était pour nous, le préfinancement était, en moyen, à coût sûr, ça venait dans nos offres être un appui pour pouvoir avoir un certain nombre de marchés. Nous avons certainement les prix les plus clairs et une stratégie d’investissement plus limpide qui puisse exister en Guinée aujourd’hui certainement. Donc, payer les salaires, on a déjà payé nos salaires.

‘’On attend, au fait, de voir s’il y a

eu surfacturation qu’on nous

dise à quel niveau ?’’

Je sais que vous allez me dire oui, il y a eu un gel des marchés dans le pays pour un audit de la plupart des entreprises du pays, dont la vôtre. Aujourd’hui, est ce que cela veut que quand on l’audit, on ne doit plus payer ce qu’on vous doit ?

Décazy : Tous les marchés de 2009 – 2010 sont gelés. Et, depuis ça, effectivement, on n’a pas été payé par rapport a ces marchés. Tous les employés qu’on a pris, c’étaient des employés dans le bâtiment, qui étaient là pour réaliser ces marchés là. A un moment donné, on a réussi à les payer par ce qu’on avait d’autres contrats avec les compagnies minières qui exercent en Guinée. A travers les payements de ces travaux, on a voulu maintenir l’ensemble de ces emplois. Donc, on a dit à nos employés : vous êtes maintenus. Ils ne travaillaient pas, c’est chose extraordinaire pour les entrepreneurs. On a voulu les maintenir parce qu’on a passé une période avec eux et on avait bon espoir que l’audit n’allait pas durer. Dans notre esprit, c’est quelque chose qui est assez clair, les contrats sont là, les travaux sont là, c’est le bâtiment.

Est-ce que vous n’avez pas bénéficié, quand même, de certains avantages ou de certaines surfacturations pour qu’aujourd’hui l’audit dure aussi longtemps ?

KPC : Qu’on nous le prouve !

Décazy : Nous, on attend, au fait, de voir s’il y a eu surfacturation qu’on nous dise à quel niveau. Aujourd’hui nous nous estimons que la majeur partie de nos travaux réalisés ont été sous évalués.

Sous évalués carrément. Vous aviez travaillé en perdant de l’argent ?

Décazy : Pas en perdant de l’argent, mais en gagnant pas comme on pense. On a serré la ceinture.

Alors pourquoi ça dure aussi longtemps ?

Décazy : Des discussions, des échanges.

KPC : Nous nous ne  pouvons pas répondre à cette question. Mais nous savons tout simplement que ça dure encore. Et puis les marchés ne sont pas encore dégelés. Nous continuons encore à bénéficier de la confiance de l’Etat à gagner d’autres marchés.

‘’Alpha Condé, quand il est arrivé au pouvoir

nous a donné un marché

de 12 millions d’euros’’

Vous avez la confiance du régime actuel ?

KPC : Oui. Nous avons la confiance du régime actuel.

Comment vous pouvez avoir la confiance du régime actuel si on ne dégèle pas vos marchés et si on vous paye pas vos marchés. Est-ce que vous gagnez des marchés en attendant ?

KPC : On estime qu’on n’est pas les seuls dans cette affaire. Donc, si les marchés sont gelés, c’est tous les marchés qui sont gelés. Mais nous continuons à gagner d’autres marchés. Le professeur Alpha Condé, quand il est arrivé au pouvoir, après trois mois, il nous a donné un marché de 12 millions d’euros (la route enta-dabompa) que nous sommes entrain de finir maintenant. Il nous a donné pas mal de marché, à Boké et un peu partout. Donc, il y a déjà cela. Mais les marchés gelés ça continue à être gelés.

Et, le sinistre camp Boiro, c’est vous qui l’avez retouché. Vous avez transformé le camp Boiro qui a même changé de nom pour devenir le camp camayenne. Combien cette rénovation ?

Guicopres traverse une période de crise…

KPC : Ce n’était pas une rénovation. C’était une reconstruction.

Vous savez que certains n’ont pas aimé qu’on retouche le camp Boiro et que le camp Boiro devait être un lieu de recueillement…

KPC : C’était un  ordre donné par le pouvoir.

Lequel des pouvoirs ?

KPC : Le CNDD de Dadis Camara.

Alors pour combien vous avez rénové le camp Boiro ?

KPC : Nous avons fait tous les travaux du camp Boiro à 38 milliards de francs guinéens.

C’est-à-dire à peu près 3 millions et demi d’euros.

KPC : Ça c’est pour expliquer un peu la sous évaluation des marchés au temps du CNDD.

Mais pourquoi vous sous évaluez les marchés à cette période là ?

KPC : C’était le premier grand marché avec le CNDD, nous avions, à l’époque aussi, beaucoup de nos chantiers qui étaient bloqués. Donc, il fallait récupérer les matériels dans ces chantiers là et faire venir pour faire avancer les travaux du camp camayenne pour pouvoir bénéficier encore davantage de l’attention des gens. Et, nous faire connaitre davantage par les Guinéens que nous sommes une entreprise locale qui veut aller de l’avant.

Décazy : il est également important de savoir que durant la construction, il y a eu les travaux supplémentaires. C’est ce qui a joué un peu sur le temps surtout. Sur les coûts, on nous a rajouté tel bâtiment, tel équipement, et, dans la mesure où ce n’était pas prévu dans le contrat de base. Eux, ne voulaient pas du tout que le coût change. Ils ont voulu à ce qu’on maintienne. C’est ainsi que nos marchés ont été grignotés.

‘’Guicopres n’est pas tombée,

c’est une crise et chaque chose à

un début et une fin…’’

Le groupe GUICO – PRESS, quatre filiales : GUICO-PRESS dans le BTP, GMI, IMMO et TRANSIT. Est-ce qu’avec toutes ces crises et gèle de vos marchés, votre entreprise est encore viable. Est-ce qu’elle pourra se relever, dans l’état actuel des choses, elle peut fonctionner ?

KPC : On parle de se relever si elle est tombée. Nous, nous pensons que c’est une crise et, chaque chose à un début et une fin. On finira par comprendre que nous sommes une société citoyenne, nous sommes une société née en Guinée, grandit en Guinée, qui emploie des guinéens à 100%. Donc, si nous sommes en erreurs, on essayera de nous aider à corriger nos erreurs et pour pouvoir aller de l’avant. Pour être au rendez vous des grandes nations.

Alors, vous êtes ici à Genève pour participer à une rencontre qui réunit ici plusieurs centaines de chefs d’entreprises africains, les meilleurs, les champions. Alors M. Décazy, ici, dans cet environnement est ce que vous sentez que vous avez votre place et vous êtes une entreprise championne ?

Décazy : Nous nous sommes une entreprise championne en Guinée, dans la sous région on se compare et on discute avec les plus grandes entreprises qui sont dans notre domaine de compétence dans la construction, dans la rénovation et dans les travaux publics. Et, nous restons une entreprise extrêmement viable parce qu’aujourd’hui nous avons la confiance des sociétés les plus rigoureuses du monde qui évoluent en Guinée. Nous contractons avec eux, nous poursuivons notre développement à l’international.

L’international, c’est là où je voulais en venir. Vous être présents dans plusieurs pays aujourd’hui ?

Décazy : Nous sommes présents en Sierra Léone.

‘’Cette année, c’est un petit chiffre

d’affaire pour nous, 35 millions d’euros !’’

Qu’est ce que vous faites là-bas ?

Décazy : Nous sommes à la recherche de marchés dans nos domaines de compétences qui sont la construction et la route. Au Mali, idem et en Guinée Bissau. Nous avons nos représentations maintenant à travers le monde, en Asie, basée en Chine, en France pour l’Europe et dans le Maghreb au Maroc.

Aujourd’hui, M. Kerfalla Camara, est ce que vous avez vraiment changé ? le jeune chef d’entreprise qui, à l’époque, utilisait l’argent de son premier contrat pour acheter une voiture. Est-il plus conscient de l’utilisation des fonds qui lui sont confiés ?

KPC : Ah oui. Je me sers de cette expérience, aujourd’hui, pour conseiller les jeunes entrepreneurs qu’une fois qu’on vous paye l’argent pour faire un travail, d’aller droit pour faire le travail au lieu d’acheter une voiture ou d’épouser une deuxième ou une troisième femme.

L’autre aspect dont on parle peu, c’est l’humanitaire. Vous construisez des mosquées, les lieux de culte en gros, vous venez en aide aux plus déshérités. Qu’est ce qui a motivé cette initiative ?

KPC : c’est ma principale vocation ça. C’est ma raison d’être. Moi, je me dis dans la vie, Dieu te donne pour partager et si tu ne le fais pas, ça veut dire que tu n’existe pas.

La dernière activité c’était quoi M. Décazy, vous qui êtes le DG?

Décazy : C’était lors du mois de carême, nous avons fait les repas pour la rupture du jeûn, nous avons fait aussi une rénovation, au fait, on a construit un lieu de recueillement à la morgue du CHU d’Ignace Deen à Conakry. Au fait, on fait des gestes de manière désintéressée, des choses que l’on ne dit pas facilement, on envoie des gens pour des soins de manière quotidienne.

Alors, malgré la crise, quel est le chiffre d’affaire de GUICO-PRESS actuellement ?

Décazy : Le chiffre d’affaire, cette année, vu que les affaires ont été ralenties, nous sommes sur quatre contrats que nous sommes entrain d’exécuter. Cette année, c’est un petit chiffre d’affaire pour nous, c’est 35 millions d’euros environ en 2012.

Interview d’Alain Foka pour Afrique Plus -RFI

Décryptage :Ibrahima Kaba, Guinee7.com

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