lundi , 21 octobre 2019

Cameroun : même en faisant une faute par paragraphe, Eto’o a raison

Samuel Eto’o Fils a appris à se passer des Lions Indomptables, il vient de le prouver à la faveur de sa récente convocation en équipe nationale.

En janvier 2012, le Comité exécutif de la FECAFOOT le condamnait à huit mois de suspension. Au terme de cette suspension historique, il a été convoqué par Denis Lavagne. Alors que ses fans attendaient son retour, Samuel Eto’o a demandé aux dirigeants de se suspendre eux-mêmes s’ils veulent le revoir arborer le maillot des Lions.

Le ton de sa lettre indique qu’il a cessé d’être un footballeur pour devenir un homme, une personnalité publique de premier plan. Il a acquis la dimension que les Platini, Zidane, etc. ont acquise seulement après avoir raccroché leurs crampons, celle de donner des leçons aux autorités du football.

Au reste, il écrit cette lettre, en se présentant comme le capitaine des Lions Indomptables. Pourquoi accepte-t-il le titre (capitaine) et en refuse les responsabilités (sur le terrain) ? Il se comporte comme si la qualité de capitaine des lions était indépendante de sa sélection, comme si même absent il restait bel et bien le « capi ». Le but de la manœuvre ? Susciter des vocations de contestataire auprès de ceux qui le considèrent comme capitaine. C’est bien le comble, un capitaine qui abdique seul, pendant que ses troupes sont au combat.

L’ancien attaquant des Lions Indomptables fait un pied de nez à tous ceux qui ont osé imaginer qu’il ne reprendrait plus son brassard. Il leur dit : « mon brassard, je le reprends, et sans avoir besoin de me mettre en short pour cela ». Il faut le faire : Capi, chapeau ! Les camerounais ont la fâcheuse tendance de penser que pour évoluer, il faut se déshabiller. Samuel prouve que lui il ne peut plus évoluer, il est le sommet des sommets.

Au temps de Roger Milla, c’était tellement facile de se fiche de la gueule de ces footballeurs, qui ne savaient pas toujours écrire et n’avaient pas les moyens de se payer des communicants à prix d’or. En choisissant de braver les prévaricateurs du football camerounais, en tant que capitaine des Lions, il sanctionne en retour la Fecafoot qui a osé, ô crime odieux de lèse-majesté, le sanctionner !

Il cesse de se considérer comme un footballeur, qui serait astreint à un minimum de discipline, il fait son objecteur de conscience, il fait son Mohammed Ali refusant d’aller combattre au Vietnam, il fait son milliardaire, il se prend pour la huitième merveille du monde, mais c’est tellement son droit que ça en devient tout ensemble indécent et confondant.

L’objet de sa lettre, il l’intitule « convocation match avec les Lions Indomptables ». Un style télégraphique, les anciens connaissent. Pour les petits jeunes, on dira un style sms, un tweet… Bref, on chipote à la virgule près, ça n’est qu’un titre, l’avenir du football camerounais est en jeu ! Oui, monsieur !

Eto’o veut la tête d’Iya sur un croc de boucher, comme nous tous !

La virgule ne sépare pas les prédicats essentiels d’une phrase (« compte tenu du fait, que les insuffisances » : veuillez retirer cette virgule de là ! Autrement, on convoque tout de suite Fabrice Olinga, il a 16 ans lui, et il marque encore des buts. C’est quoi, ces manières ?

Ce n’est pas tout, le surdoué du ballon rond écrit : « les insuffisances que j’ai eues à décrier ». N’est-ce pas la preuve qu’il sait que le participe passé employé avec l’auxiliaire avoir s’accorde en genre et en nombre avec son COD (complément d’objet direct, pour les fainéants qui n’ont pas fait le CM1) si celui-ci est placé avant le verbe, il est invariable dans tous les autres cas ? Sauf que ce n’est pas le COD qui fait l’action de « décrier ». Il ne s’agit pas des insuffisances que vous avez eues, mais des insuffisances que vous avez décriées.

On papote, on papote, mais je ne vais pas toutes les recenser. Soit dit en passant, ce service vous sera facturé, champion. Vous avez semblé indiquer dans votre lettre ouverte au président de la Fecafoot que votre adresse, c’est Moscou, fort bien. Je vous ferai suivre mes réclamations à « Capitaine des Lions indomptables, Moscou. »

On n’est évidemment pas naïf au point de croire que l’attaquant d’Anzhi Makhachkala commettrait de telles incorrections qui ne sont que des négligences de super riche, qui « ne gère pas les détails ». Ce sont d’ailleurs ses communicants qui, en voulant être brefs ont été rapides, et ont oublié de faire des vérifications d’usage dans leur Grevisse.

Mais enfin, les Camerounais étant réputés jaloux parce que incapables, ils n’ont pas manqué de relever ces infractions non préméditées à la langue française. Si la misère ne vous tue pas, l’aigreur le fera, agrégés de grammaire du dimanche, bande de crevards !

Le truc, c’est qu’il n’y a rien à dire sur Eto’o, on est là, à mettre les virgules où il faut, comme il faut, comme les Blancs nous apprennent dans leurs manuels, mais on est toujours aussi pouilleux, aussi peu talentueux. Il n’empêche, une virgule peut changer le cours du monde (« Allons manger les enfants » au lieu de « Allons manger, les enfants » ferait des dégâts à Batouri). Si son excellence papa Eto’o veut nous faire plaisir qu’il daigne enlever l’apostrophe de son nom-là, ça ressemble ça aussi à une virgule mal placée !

Les Afriques

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