lundi , 23 septembre 2019

Kenya : nouvelles émeutes à Mombasa après le meurtre d’un prêcheur islamiste

Des émeutes ont secoué la ville côtière kényane de Mombasa pour le deuxième jour consécutif mardi, au lendemain du meurtre du prêcheur musulman radical Aboud Rogo Mohammed, accusé de liens avec les insurgés islamistes somaliens shebab.

Des centaines de jeunes, partis du quartier de la mosquée où Rogo prêchait, se sont dirigés mardi matin vers le centre du très touristique port de Mombasa, deuxième ville du Kenya, a constaté un journaliste de l’AFP.

A coup de pierres, ils s’en sont pris à des voitures et des magasins.Les forces anti-émeutes ont de leur côté utilisé des gaz lacrymogènes pour les disperser.

« Des jeunes jettent des pierres ici et là, mais nos officiers sont là pour maîtriser la situation, » a affirmé le chef de la police de la région côtière, Aggrey Adoli.

Plusieurs organisations musulmanes ont estimé que le meurtre d’Aboud Rogo Mohammed était une nouvelle exécution extra-judiciaire d’un responsable musulman à Mombasa.Le Centre kényan de la jeunesse musulmane (MYC), dont Rogo était l’un des chefs, a déclaré qu’il tenait les autorités kényanes pour « responsables » du meurtre.

La police a affirmé avoir ouvert une enquête. »Nous n’avons encore arrêté personne, mais nos officiers recherchent (les responsables), » a assuré M. Adoli.

Lundi, des émeutes avaient éclaté immédiatement après le meurtre de Rogo, tué par balles alors qu’il se trouvait dans son véhicule avec sa famille.Une personne a été tuée dans les violences et le principal hôpital de Mombasa dit avoir reçu 14 blessés.Cinq églises ont été brûlées ou pillées.

Des leaders chrétiens ont à leur tour menacé de poursuivre le gouvernement kényan s’il « n’agissait pas plus vite pour arrêter les violences » et exigé des excuses des responsables musulmans.

« Nous demandons aux responsables musulmans de s’excuser publiquement auprès des chrétiens, en particulier pour l’incendie et les attaques de lieux sacrés, » a déclaré le vice-président du forum des églises de Mombasa, Lawrence Dena.

Leader idéologique

Rogo était sous le coup de sanctions du Conseil de sécurité de l’ONU et du Trésor américain qui lui reprochaient de menacer « la paix, la sécurité et la stabilité de la Somalie en fournissant une aide financière, matérielle, logistique ou technique aux shebab », un mouvement rallié à Al-Qaïda.

Il était accusé d’avoir recruté des « individus à Mombasa (…) pour les envoyer en Somalie afin, apparemment, de mener des actes terroristes ». »En septembre 2008, Rogo avait organisé une réunion de levée de fonds à Mombasa pour aider à financer les activités des shebab », affirmaient encore en juillet l’ONU et le Trésor américain dans deux communiqués aux termes identiques.

Selon l’ONU, Aboud Rogo Mohammed était « le principal leader idéologique » du MYC, organisation basée à Mombasa et décrite comme liée aux shebab.Il « utilisait le groupe extrémiste comme un véhicule pour radicaliser et recruter des Africains de langue swahili envoyés en Somalie pour mener des activités violentes. »

Rogo avait aussi été soupçonné de liens avec Fazul Abdullah Mohammed, ex-chef présumé de la cellule est-africaine d’Al-Qaïda décédé l’an dernier.Cet important prêcheur de Mombasa, né selon l’ONU entre 1960 et 1969 sur l’archipel kényan de Lamu, proche de la Somalie, était soupçonné d’avoir présenté Fazul aux hommes qui l’avaient aidé à organiser les attentats contre les ambassades américaines de Nairobi et de Dar es-Salaam en 1998.224 personnes avaient alors péri.

En janvier 2012, Aboud Rogo Mohammed avait été arrêté lors d’une descente de police chez lui.Armes à feu, munitions et détonateurs avaient été trouvés, selon la police.

Le prêcheur, qui avait été libéré sous caution, avait aussi été accusé, puis acquitté, de participation à un attentat qui avait fait 18 morts en 2002 dans un hôtel proche de Mombasa dirigé par des Israéliens.

 

AFP

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