mardi , 15 octobre 2019
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Côte d’Ivoire : le pouvoir accroît sa pression sur le camp Gbagbo

Le régime du président ivoirien Alassane Ouattara a renforcé sa pression sur le parti de l’ex-chef de l’Etat Laurent Gbagbo, dont un ténor en exil et le secrétaire général ont été arrêtés ce week-end, dans un climat déjà alourdi par une vague d’attaques contre l’armée.

Coup sur coup, le porte-parole en exil de M. Gbagbo, Justin Koné Katinan, a été arrêté vendredi soir à Accra par la police ghanéenne et le secrétaire général du Front populaire ivoirien (FPI) Laurent Akoun a été interpellé dimanche par la gendarmerie ivoirienne à Adzopé (à une centaine de km au nord d’Abidjan), avant d’être conduit dans la capitale économique.

« Laurent Akoun a été auditionné ce jour en présence de ses deux avocats au camp de gendarmerie d’Agban (à Abidjan, ndlr) dans le cadre d’une enquête préliminaire.Le dossier est aux mains du procureur, qui pourra l’inculper ou non », a indiqué lundi soir à l’AFP l’un de ses avocats, Me Toussaint Zahui Dako.

M. Akoun a été arrêté huit jours après l’ex-ministre Alphonse Douati, secrétaire général adjoint du FPI, inculpé et incarcéré pour « atteinte à la sûreté de l’Etat ».

Du côté de l’exécutif, on les soupçonne d’être liés aux attaques meurtrières qui depuis début août ont visé les Forces républicaines (FRCI), l’armée ivoirienne. »Au FPI certains sont engagés dans ce genre d’actions, ils n’ont pas compris que ça ne sert à rien », lâche une source gouvernementale.

Après les attaques, le gouvernement a accusé des miliciens et militaires pro-Gbagbo qui bénéficieraient notamment du soutien d’exilés au Ghana, ce que le FPI a fermement démenti.

Justin Koné Katinan est aussi suspecté par les autorités pour ces opérations contre les FRCI.Visé depuis un an par un mandat d’arrêt international émis par Abidjan pour « crimes économiques », il est en exil depuis la fin de la crise postélectorale (décembre 2010-avril 2011) qui a fait quelque 3.000 morts.

Si le régime ivoirien a d’abord cru à un transfèrement rapide, le sort de l’ex-ministre du Budget de M. Gbagbo est désormais entre les mains des autorités ghanéennes et pourrait mettre du temps à être fixé.

Le camp Gbagbo crie à la « terreur »

Le nouveau président John Dramani Mahama a demandé à son ministre de la Justice d’ »examiner » la demande d’extradition formulée par Abidjan et de lui « fournir son avis ».

L’avocat de M. Katinan au Ghana, Me Patrick Sogbodjor, a assuré que son extradition « ne peut pas se faire », arguant de son statut de réfugié politique.Selon lui, aucune audience sur cette affaire n’est prévue pour l’heure.

Ces arrestations en série alourdissent un climat déjà crispé depuis les attaques anti-FRCI, alimentant une rhétorique virulente dans les deux camps.

« Terreur sur les proches de Laurent Gbagbo », écrivait lundi le quotidien pro-Gbagbo Le Temps.Le FPI dénonce sans relâche une « dictature ».

M. Ouattara promet réconciliation et justice, mais des discours radicaux se font aussi entendre parmi ses soutiens.La semaine dernière, un conseiller du président de l’Assemblée nationale, l’incontournable ex-Premier ministre Guillaume Soro, a signé sur le blog de ce dernier une tribune où il appelait à « éradiquer » le FPI, qualifié d’ »organisation terroriste ».M. Soro s’est démarqué de ce texte, mais cela traduit une nette dégradation du climat.

« La période de troubles va continuer », prédit un proche de l’exécutif, affirmant que « les durs » du FPI sont à la manoeuvre tandis que « le pouvoir ne maîtrise pas les FRCI », au risque de dérapages.A Yopougon, quartier ouest d’Abidjan et fief de l’ex-président, l’armée effectue, dans sa chasse aux « miliciens », des interpellations ciblant fortement des jeunes de groupes ethniques jugés pro-Gbagbo.

Symbole de ce regain de tension : ces derniers jours, la métropole abidjanaise s’est retrouvée constellée de postes de contrôle militaires la nuit.Du jamais-vu depuis la crise de l’an dernier.


AFP

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