mardi , 20 novembre 2018

Burundi : la patience des femmes adoucit les maris

Plutôt que de se plaindre autour d’elles ou de revendiquer leurs droits face à des maris buveurs et violents, certaines Burundaises, aidées par la société civile, s’efforcent de les amadouer et de les conduire au dialogue. Et ça marche…

« Si la parole est d’argent, le silence est d’or : cela est plus que vrai dans le contexte culturel burundais », explique une femme de Bujumbura qui a réussi, au terme de neuf ans de vie conflictuelle avec son mari, à retrouver son affection. « Quand j’ai décidé de ne plus dire à ses sœurs et à mes amies les torts qu’il me causait et que j’y ai plutôt opposé une lutte non violente, il a progressivement renoncé à ses agissements et tout va bien aujourd’hui », ajoute-t-elle. Plutôt que d’aggraver les conflits en revendiquant ses droits et en racontant à tous ce qui se passe au sein de leur couple, des femmes, aidées par des associations, ont adopté une autre stratégie pour limiter les violences et exactions dont elles sont si souvent victimes.

« La culture burundaise avantage les hommes. C’est pourquoi, même quand ces derniers se montrent irresponsables, cherchent sans scrupule des concubines ou rentrent à des heures tardives, nous avons intérêt à leur opposer une lutte intelligente et pacifique », affirme une autre, fière d’avoir « redressé » son mari, au terme de sept ans de calvaire. Depuis que son époux s’est converti à l’Église protestante, poussé par sa femme, il ne boit plus et tout s’est arrangé au foyer.

Éviter la confrontation

L’alcool, la frustration due à la pauvreté, le peu d’attentions de leurs femmes ou d’autres problèmes rencontrés dans leur vie privée dont ils n’osent pas parler, sont les principales causes des violences infligées par les hommes. Pour un membre de la Coalition des hommes contre les violences faites aux femmes, rares sont les couples où l’homme et la femme sont tous deux épanouis : « Généralement, il y a un bourreau et une victime. C’est la femme qui est souvent victime. Mais, la confrontation ne fait que tout gâcher, car la radicalisation conduit au divorce. »

Selon Marie-Claire Kezakimana, assistante psychosociale à l’ADDF (Association de défense des droits de la femme), « par stratégie ou par peur du chantage, les femmes issues des milieux nantis ou ruraux évitent la confrontation avec des maris agressifs et viennent nous demander des conseils, indique-t-elle. Depuis trois ans, nous les aidons à domestiquer le tempérament des hommes et 80 % d’entre elles réussissent. » Pour elle, il existe des astuces susceptibles de calmer les maris violents et de les amadouer. C’est, entre autres, de bien préparer à manger, de bien s’habiller, de bien l’accueillir quand il rentre et de lui dire qu’on l’aime.
« Pour aider les femmes, nous avons implanté des points focaux dans les 129 communes du pays et nous collaborons avec l’administration à la base », ajoute M-C. Kezakimana. Ces points focaux suivent au quotidien les violences et assurent la médiation entre les conjoints, en collaboration avec les administratifs.

Le dialogue avant tout

Les hommes finissent souvent par revenir à la raison et le nombre de maris violents commence à régresser. « Les femmes ne sont pas nos esclaves et nous leur devons des égards. Quand elles sont malheureuses, nous et nos enfants le sommes aussi. Je regrette les nombreuses années que j’ai passées à battre ma femme, l’accusant à tort et à travers. Je la remercie de n’avoir jamais osé m’affronter, car la situation aurait empiré », confit un homme repenti. Pour lui, les hommes devraient être modestes, même si la culture les favorise comme en témoigne l’adage Mpfizi ntiyimirwa : le taureau, on ne le limite pas.
Selon Alphonsine Bigirimana, coordonnatrice de l’Association des femmes juristes du Burundi (AFJB), les femmes sont souvent fragilisées du fait de moyens limités et de la charge des enfants : « En marge des séances de médiation, nous leur prodiguons des conseils, en fonction du problème de chacune. Elles doivent faire preuve d’humilité et de respect. »
La plupart de celles qui ont réussi ce combat sont passées par le dialogue. « Même quand votre mari rentre tard, en état d’ébriété et tonne, il faut dominer votre colère et lui demander comment il a passé la journée. Si la scène se répète, il finira un jour par vous parler et le dialogue commencera ainsi », conseille l’une d’elles. Cette méthode porte des fruits et beaucoup d’hommes finissent par tisser de bonnes relations avec leurs épouses. « Quand un climat de détente s’installe, il faut alors dialoguer en commençant par ce qui va bien et ensuite aborder ce qui ne va pas, recommande A. Bigirimana, y compris les sujets culturellement considérés comme tabous comme ceux liés aux relations sexuelles. Mais, quand la colère revient, il faut stopper et remettre la question à plus tard. »
Ces épouses tiennent, à tout prix, à consolider leurs couples, car les ruptures au sein des foyers pénalisent les enfants dont bon nombre vivent ensuite dans la rue. Conscients de ce danger, les maris aident de plus en plus leurs femmes dans les travaux domestiques et acceptent de prendre leur avis lors des décisions importantes, tel que prévu par le Code des personnes et de la famille.


syfia-grands-lacs.info

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