samedi , 7 décembre 2019

Quand Alhassane Condé rate encore une occasion de se taire

Le Démocrate // Le soir de la marche de l’opposition, le 10 mai dernier, après une journée fortement émaillée d’affrontements entre manifestants et forces de l’ordre, faisant beaucoup de victimes, le ministre de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation(MATD) est apparu pour prôner la violence. Alhassane Condé pourfend l’opposition et demande aux forces de l’ordre d’être prêtes pour mâter.

Au lieu d’agir pour aplanir les tensions, trouver un consensus conduisant notre pays  vers les élections législatives que l’Etat peine à organiser, le ministre de l‘Administration du Territoire contribue à agrandir le fossé déjà existant entre le pouvoir et l’opposition  à travers sa sorties fracassantes.

Le soir du jeudi 10 mai, il était encore sur le plateau  de la télévision nationale pour prôner la violence. En lieu et place du dialogue, du consensus, de la paix pour que vive l’unité nationale. Sortie d’une longue épreuve d’élections présidentielles, dont l’aboutissement fut l’avènement  d’un régime démocratique, la Guinée devrait renouer aujourd’hui avec l’unité  d’action et le dialogue permanent. Le dialogue reste la clé de voûte pour sortir le pays de sa léthargie. Donc le dialogue est nécessaire pour parachever  la transition  qu’on traine depuis 15 mois maintenant. Le président de la République qui a la destinée de la Guinée doit œuvrer dans ce sens. Son gouvernement aussi doit faire autant. Le manque de dialogue politique a souvent des conséquences néfastes. Et ce n’est ni le pouvoir, ni l’opposition qui dira le contraire. Depuis l’investiture du Pr Alpha Condé, en décembre 2010, à nos jours, c’est-à-dire en moins de 2 ans, le régime ne parvient pas à rapprocher les divergences. Tout le monde s’accorde sur l’état  fragile dans lequel se trouve le pays. A cause des désaccords entre le pouvoir et l’opposition. Aucun ne voulant lâcher du lest. L’opposition qui se replie sur ses militants use de ses  droits légaux pour se faire entendre.  Et son rapport de force avec le pouvoir en place s’est à chaque révélé fatal. La répression de la marche du 27 septembre 2011, du meeting de Bonfi, du sit-in des femmes et la marche du 10 mai fait foi.

Pour justifier cet acte d’un autre âge, le ministre de l’Administration du Territoire indique que la marche de l’opposition n’était pas pacifique. Cette marche, selon lui, est une façon  pour l’opposition de provoquer l’Etat. «  Nous constatons que les partis politiques qui demandent à manifester ce n’est pas pour manifester pacifiquement.  C’est pour d’abord provoquer l’Etat, provoquer les citoyens et détruire leurs biens… », argue Alhassane Condé. Avant de fulminer  en ces termes : « Ils (ndlr, les opposants) prétendant marcher  demain, nous demandons à toutes les forces de sécurités de l’Etat d’êtres prêtes demain à faire face à quiconque sans autorisation de permettra  de marcher, il trouvera la loi et l’Etat en face de lui ». Ces genres de déclaration auxquelles le ministre tient  couramment ne sont pas de nature à apaiser les tensions. Ils constituent plutôt un appel à la violence et à a haine. Des pratiques d’un Etat comme la Guinée qui se veut démocratique doit bannir.

Le ministre de l’Administration du Territoire étant un habitué des faits, sa sortie n’a guère surpris. Déjà quelques mois plutôt, il avait aussi  lors d’une conférence de presse, animée le 30 juin dernier, intimé aux forces de l’ordre de mâter tout militant de l’UFDG qui sortirait pour accueillir le leader Cellou Dalein Diallo qui devrait  regagner Conakry après un séjour à l’extérieur. Il ira jusqu’à prêter  à l’opposant  des intensions inavouées ; des propos, au-delà de leur caractère politique, contribuent à compliquer une situation déjà complexe. Donc, en récidivant, bon nombre d’observateurs pensent  qu’Alhassane Condé n’a aucun égard pour le citoyen guinéen qui constitue la principale victime. Il aura donc raté encore une occasion de se taire.

Le Démocrate

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