mardi , 12 novembre 2019

Libre opinion : Élections législatives entre flou politique et crises sociales, Quelles solutions pour l’opposition ?

Ces quelques observations après un petit temps de retrait qui est plus un repos qu’une démission. La Guinée patine et se dandine comme un canard boiteux. Elle s’enfonce, presque dangereusement, dans des incertitudes de plus en plus grandissantes pour des élections très problématiques. Elle s’interroge gravement sur la fin d’une transition qui n’en finit pas.

Une transition qui devrait constitutionnellement prendre fin 6 mois après les présidentielles. Cela impliquant la tenue d’élections législatives. Mais cette transition que les Guinéens croyaient transitoire est plus que jamais engluée dans des antagonismes entre un pouvoir sourd et une opposition qui ne cesse de battre ses tambours revendicatifs.

En effet,  depuis plus trois de mois, l’opposition guinéenne enchaîne manifestations sur manifestations. L’objectif étant « la tenue d’élections législatives transparentes après la satisfaction de revendications préalables ». Notamment, le remplacement de Loucény Camara, le Président de la Commission Nationale Indépendante (CENI)  par une personne consensuelle, la révision du fichier électoral, l’accès aux médias publics, etc. Mais, ces mots « transparences, consensuelles », ont tellement raisonné dans les oreilles des Guinéens lors des présidentielles de 2010 que tout le monde sait à quoi s’en tenir.

Force est de constater qu’aucune revendication de l’opposition guinéenne n’est satisfaite à ce jour. Pire, Loucény Camara a unilatéralement commencé la révision des listes électorales.  Selon  certains, il s’agit plutôt  de recensement global. Une telle action ayant pour corollaire, la distribution de nouvelles cartes d’identité nationale et la falsification  du fichier ayant servi aux élections présidentielles.

Ces faits montrent que les actions de l’opposition ne semblent nullement inquiéter le gouvernement et son Président guinéen. Et pour cause ?

Si les intentions de l’opposition réunie au sein de l’Alliance pour la Démocratie et le Progrès (ADP) et du Collectif pour la Finalisation de la Transition sont louables, elles  ne sont pas de nature à ébranler un pouvoir comme celui de la Guinée.

Les raisons sont multiples. Je relèverai quelques-unes que j’estime être des failles auxquelles les leaders politiques doivent mettre fin. J’observe depuis longtemps et je n’ai eu cesse de le dire que :

-L’opposition guinéenne est absente des médias nationaux et internationaux. Qu’elle doit se doter d’hommes de communication qui feront un vrai travail de journaliste et de communicateur pour les partis politiques et la coalition.

-Elle doit prendre en compte le fait qu’un  procès-verbal descriptif d’une réunion est différent d’une analyse politique du même évènement. Reconnaître que  l’opposition guinéenne manque notablement de spécialistes de la communication n’est nullement du chantage. C’est un fait avéré. Ainsi, la plupart de ses rencontres se réduisent à une simple photographie de faits sans aucune substance politique.

Pire, les leaders politiques guinéens font le plus souvent le travail que devraient faire les journalistes ou leur bureau de communication en faisant le compte-rendu de leur propre déplacement, de leur rencontre avec tel ou tel homme d’Etat par exemple.

-Elle manque de représentants valables au niveau des fédérations et de sections de l’étranger. Pour y remédier, les partis politiques se doivent restructurer et mettre en place un système de financement interne pour que leurs représentants puissent remplir leurs rôles : prendre contact avec qui de droit en leur nom et apparaître sur les chaines internationales : radios et télévisions.

Je vais observer qu’on n’entend parler de l’opposition guinéenne que si Lansana Kouyaté, Cellou Dalein, Sidya Touré ou un autre membre du Collectif ou de l’ADP se rend à l’étranger. Entre temps, le pouvoir accapare la presse publique et  se sert de sites internet  oisifs qui, du premier au dernier jour de l’année ne parlent que du Président la République, de tel ministre ou de tel affidé du pouvoir.

L’opposition doit mettre fin à l’hégémonie du pouvoir sur la presse publique en s’invitant à la télévision nationale par exemple. Qu’est-ce qui empêcherait Sidya Touré, Aboubacar Sylla, Cellou Dalein Diallo, Lansana Kouyaté, Faya Millimono, Mouctar Diallo, Mohamed Soumah etc. de se présenter à l’heure du journal télévisé pour prendre la parole et montrer que la télévision est publique et non étatique. Qu’on  les y déloge ne serait qu’à leur avantage.

-Elle doit avoir des médias crédibles pour contrebalancer les sites oisifs (déjà mentionnés) et qui sont à la solde du pouvoir.

Elle doit mettre en place des cabinets politiques constitués non pas de beaux parleurs, mais d’analystes politiques, de sociologues etc. Bref, s’entourer de critiques, de femmes et d’hommes capables de proposer des stratégies à court et à long terme.  Pour cela, l’opposition guinéenne devra aller vers les personnes capables, les recenser, « leur faire la cour » comme on dit. Chaque leader devra alors se débarrasser des griots-rôdeurs et encenseurs qui lui fait croire que tout ce qu’il fait est bien et meilleur. Ne dit-on pas que le chef se voit à l’entourage ?

Elle devrait étendre les revendications en cours à Conakry au-delà de la capitale en mettant les structures de l’Alliance et du Collectif qui sont  à l’intérieur du pays en action. Cela devrait commencer dès à présent par l’empêchement des agents enrôlés par la CENI de recenser ou de réviser les listes électorales.
Elle doit se montrer plus intransigeante sur ses revendications : pas de législatives en l’absence de consensus.

Enfin, elle doit accélérer les contacts diplomatiques qu’elle a entamé sans jamais perdre de vue que la communauté internationale est plus un pompier qu’un empêcheur de départ de feu. Autrement dit, elle se contente le plus souvent du système en place.

Ces observations ne signifient nullement une minimisation de l’action de l’opposition. Elles découlent d’une réflexion sur ce qui ne marche pas en dépit de tentatives multiples, de manifestations répétées et de déclarations innombrables de ces derniers mois.

Il faut savoir que plus l’opposition se contentera de rassembler des manifestants à Conakry, plus elle donne du temps au pouvoir comme ce fut le cas dans l’entre-deux tours de la présidentielle. Plus elle risque de perdre en crédibilité et, par conséquent, décevoir ses militants et sympathisants. Ces derniers voient déjà assez mal (à en croire certains) ce qui différencie l’opposition actuelle de l’opposition du passé : celle qui se contentait de dénoncer au moment où le pouvoir se renforce.

Je dis que l’homme politique doit faire comme le chef de famille : parler peu et agir beaucoup.  L’homme  politique, c’est celui qui agit plus qu’il ne parle car, la politique est plus dans l’acte que dans le dire.

Lamarana Petty Diallo
lamaranapetty@yahoo.fr

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