dimanche , 8 décembre 2019

Sotelgui : les vérités sur une société en pleine faillite

Les employés de la Sotelgui viennent d’exprimer leur ras-le-bol contre le retard accusé dans le paiement de deux mois d’arriérés de salaires, une des  nombreuses conséquences de la mauvaise gestion qui caractérise leur entreprise depuis une dizaine d’années.

 


Griefs

Lundi 24 avril, dans les locaux de la Société des Télécommunications de Guinée, Sotelgui, les travailleurs se livrent à un exercice particulier. Sur initiative du Collectif indépendant  des travailleurs de Sotelgui, un mouvement qui se démarque du syndicat, ils exigent le paiement des salaires mensuels de mars et avril, la dissolution  du collège syndical des travailleurs et son remplacement immédiat par un comité jusqu’à l’élection prévue en mai. Ils demandent aussi le règlement intégral des salaires à partir des 25 de chaque mois, le rappel et le paiement des primes dues ainsi que la prise en charge médicale et sanitaire des travailleurs. Enfin, ils réclament le règlement total des cotisations sociales et une meilleure condition de travail et d’entretien des équipements.

Fais très nouveau. Entreprise étatique, la Sotelgui n’a jamais enregistré un sit-in de ce genre. « Nous devons prendre nos dispositions pour pouvoir donner une suite favorable à nos revendications », explique Ahmed Sayon Condé, porte-parole du Collectif indépendant.

Si ce groupe se désolidarise du syndicat, c’est parce qu’il pense que celui-ci est corrompu et défend de moins en moins les intérêts des employés. Dans l’après-midi, les négociations seront finalement engagées sous les auspices du Comité de gestion de la crise dirigé par le directeur général de l’ARPT.

Mais les travailleurs, eux, tiennent toujours à leurs points de revendications. « Ce mouvement n’est que le début du commencement. Nous pensons que dans les jours qui suivent, nous serons rétablis dans nos droits », espère le porte-parole.

Société endettée

La Sotelgui est victime d’une mauvaise gestion. Créée par le Décret D/92/141/PRG/SGG du 2/06/1992, en 20 ans d’existence, qualifiée avec fierté d’opérateur historique, elle présente aujourd’hui un visage minable. Depuis le retrait de Telekom Malaysia et le transfert de ses 60% d’action à l’Etat guinéen en 2008, aucune politique pouvant relancer la compagnie n’a porté du fruit. La saignée financière a accentué la crise.  A telle enseigne que la Sotelgui fait figure de dernier opérateur sur les cinq en activité en Guinée, selon Oyé Guilavogui, ministre des Postes et Télécommunications et des Nouvelles technologies de l’information.

Le premier rapport d’un audit commandité par le gouvernement de Saïd Fofana révèle un constat amer. La société est en cessation de paiement. Les dettes cumulées s’élèvent à près de 700 milliards de francs guinéens. Des équipements inutilisés et inutilisables à ce stade ont été achetés à cause des pourcentages dus par les fournisseurs. Pour 1600 travailleurs, la masse salariale mensuelle avoisine 2,5 milliards de francs guinéens, contre une recette mensuelle estimée à 400 millions de francs guinéens.

L’achat du carburant utilisé pour l’alimentation des groupes électrogènes des sites nécessite 4,5 milliards d francs guinéens par mois. En manque de liquidité, la société fait recours au service de certains opérateurs économiques en Guinée.  Le principe est simple. Ceux-ci financent l’achat du carburant, moyennant l’obtention de la vente exclusive des cartes de recharges. En clair, la Sotelgui n’est plus capable d’assurer les ventes des ses cartes.

Aide gouvernementale

Le gouvernement s’est vu dans l’obligation d’intervenir pour ‘’sauver’’ la société. Selon Oyé Guilavogui, l’Etat débourse 3 milliards de francs guinéens chaque mois pour assurer le paiement des travailleurs. Cette opération de financement dure depuis six mois. « Chaque mois, je fais la lettre et l’Etat m’assiste », affirme Guilavogui, très déçu.

En 2011, le ministère des Postes et Télécommunications a lancé un appel d’offre international, envue d’ouvrir le capital de la Sotelgui à l’étranger. Le chinois Huawei Technology s’est engagé suite à cet appel, à investir 50 millions de dollars dans la restructuration et la relance de la société. Mais le partenaire attend la fin des audits pour connaitre la valeur exacte de la compagnie.

Il y a un mois, le gouvernement a établi un comité de gestion. Lequel comité aura désormais pour mission de surveiller la gestion administrative et financière de la société, mais aussi de calmer les travailleurs, très impatients.

L’Etat, par le truchement du ministre de tutelle promet la rigueur et la fin de l’impunité.  « Les gens sont habitués à une mauvaise gestion. Ils ne veulent pas qu’on ait un droit de regard sur leurs gestions. Et ils en empêchent. Or nous avons opté pour le changement. Nous irons jusqu’au bout », prévient le ministre des Postes et Télécommunications et des NTIC. « Il faut que la Sotelgui prenne sa position d’antan. Elle a tout ce qu’il faut pour être le meilleur opérateur en Guinée, il faut qu’on le fasse. Ce n’est pas une question de personne, d’ethnie ni d’appartenance politique. Quelque soit leur agitation, nous irons jusqu’au bout ».

Mais en attendant, la société continue sa plongée et pourrait se retrouver hors réseau sous peu. Si rien n’est fait. De plus en plus d’abonnés abandonnent ses puces au profit des autres compagnies.

Elie Ougna
+224 64 72 33 96
contact@kaloumpresse.com

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