lundi , 17 décembre 2018

Dioncounda Traoré sur les «décombres» du Mali

Les nouvelles autorités maliennes vont devoir fourrer leur nez dans un panier de crabes : une rébellion touareg et un «émirat» d’Ançar Eddine. Mission impossible ou presque…

Le processus de «normalisation» de la situation politique au Mali a été entamé, hier, avec le tête-à-tête entre le président de l’Assemblée nationale malienne, Dioncounda Traoré, futur chef de l’Etat par intérim, et le chef de la junte, le capitaine Amadou Sanogo. Les deux hommes qui se sont retrouvés au camp militaire de Kati, quartier général des putschistes du 22 mars, près de Bamako, ont fait le tour de la question et fixé la conduite à tenir pour rétablir l’ordre constitutionnel.  Dioncounda Traoré, qui sera investi chef de l’Etat, aura la lourde tâche de recoller les morceaux d’un pays qui fait face à une proclamation de l’indépendance de la région nord, contrôlée par les Touareg du MNLA. 

A l’issue de l’entretien entre le futur chef de l’Etat et le capitaine Sanogo qui aura duré une heure, ce dernier a glissé à la presse : «Cela s’est bien passé, vous serez informés (de la suite, ndlr) en temps réel.»
De son côté, le ministre ivoirien de l’Intégration africaine, Adama Bictogo, qui fait partie de l’équipe de médiation ouest-africaine, présente à Bamako depuis plusieurs jours, a concédé : «On a établi un cadre de concertation», soulignant que «personne n’a rien perdu, personne n’a rien gagné». Voulant visiblement détendre l’atmosphère et éviter les règlements de comptes, Adama Bictogo a estimé que si «on est revenu à la Constitution aussi rapidement, c’était essentiellement grâce au capitaine Sanogo et au président de l’Assemblée nationale».
Une façon de signifier que le deal est scellé avec les auteurs du coup d’Etat une fois l’ordre constitutionnel rétabli.

Une feuille de route bien réglée

Précisément, la Cour constitutionnelle devait constater, hier soir, la vacance du pouvoir, selon une source proche de la médiation citée par l’AFP. Cette vacance intervient au lendemain de la démission officielle du président déchu Amadou Toumani Touré (ATT) qui, par son geste, a dit vouloir aider son pays à s’en sortir. Il semble ainsi que la sérénité revienne peu à peu au Mali après une semaine de tension maximale marquée par un coup d’Etat militaire dans la capitale, le «détachement» du Nord du reste du pays et, pis encore, la proclamation d’un «émirat» islamiste à Tombouctou par le mouvement Ançar Eddine qui a déjà imposé la charia. 

La cérémonie d’investiture de M. Traoré comme président intérimaire est prévue aujourd’hui, suivie de la désignation d’un Premier ministre de transition «disposant des pleins pouvoirs» qui aura la charge de nommer un «gouvernement d’union nationale», selon la même source. Cette célérité dans la mise en pratique du plan politique de sortie de crise traduit le souci des Maliens de passer au plus vite à l’épineux problème de l’indépendance des Touareg.  Signe de cette volonté d’aller vite, la médiation menée par le Burkina Faso au nom de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao), espère que le premier Conseil des ministres pourra se tenir «avant vendredi».

Selon l’accord conclu entre la junte et la Cédéao, la transition doit se clore par des élections présidentielle et législatives dont les dates restent à préciser. Mais en attendant, les autorités intérimaires vont s’employer à «pacifier» le Nord en tentant de faire entendre raison aux rebelles touareg qui, il faut le souligner, ne faisaient pas jusque-là partie des préoccupations de Bamako.
Par ailleurs, le nouveau régime devra faire face à une crise humanitaire sans précédent avec notamment des milliers de personnes qui ont fui les affrontements au Nord pour aller se réfugier dans les pays voisins. Les ONG n’ont d’ailleurs pas manqué de donner l’alerte. «La situation dans les trois régions du Nord est dramatique. Il n’y a plus d’hôpitaux, les gens ont de plus en plus faim. (…) La communauté internationale doit intervenir», a déclaré à l’AFP le député Abdou Sidibé.

Sur le plan militaire, la situation demeure préoccupante. La Cédéao menace de recourir à la force pour éviter la partition du Mali. Et au milieu de ce chaos, un nouveau groupe armé, dénommé Front de libération nationale de l’Azawad (FLNA), qui revendique 500 éléments, vient de se former et serait composé quasi exclusivement d’Arabes de la région de Tombouctou. Autant dire que les nouvelles autorités maliennes vont devoir fourrer leur nez dans un panier de crabes…

Elwatan

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