vendredi , 19 octobre 2018

Mali: le transfert du pouvoir de la junte aux civils se prépare

Le futur président malien de transition, Dioncounda Traoré, devait poursuivre dimanche à Bamako ses consultations avant son investiture qui doit suivre le retrait du pouvoir de la junte issue du putsch qui a précipité la crise dans le Nord, aux mains de rebelles et d’islamistes.

Arrivé samedi du Burkina Faso, qui a conduit la médiation ouest-africaine, M. Traoré doit rencontrer dans la journée le chef des putschistes, le capitaine Amadou Sanogo, selon l’entourage de la junte issue du coup d’Etat du 22 mars contre le président Amadou Toumani Touré (ATT).

Un accord-cadre conclu vendredi entre la junte et des représentants de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) prévoit le transfert du pouvoir aux civils et la désignation d’un président de la République et d’un Premier ministre de transition jusqu’à la tenue d’élections présidentielle et législatives.

L’accord stipule que le poste de chef de l’Etat intérimaire doit être occupé par le président de l’Assemblée nationale qui, avec son gouvernement, a théoriquement 40 jours maximum pour organiser des élections. Mais le texte prend acte de « l’impossibilité » de tenir ce délai vu les « circonstances exceptionnelles » et la crise au Nord, sans fixer une durée pour la transition.

Qui sera le chef du gouvernement de crise? De nombreux noms circulaient à Bamako ces dernières heures, dont celui d’un Arabe du Nord, Zahby Ould Sidi Mohamed, fonctionnaire de l’ONU au Soudan, et de plusieurs candidats à la présidentielle.

La Cédéao a décidé « la levée avec un effet immédiat de toutes les sanctions imposées au Mali », un embargo diplomatique, économique et financier qui menaçait d’asphyxier le pays. Les auteurs du coup d’Etat se voient offrir l’amnistie.

Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a appelé la junte « à mettre rapidement en oeuvre les dispositions de l’accord-cadre qui prévoit un transfert du pouvoir aux autorités constitutionnelles ». L’Union africaine, l’Union européenne et l’ex-puissance coloniale française, notamment, ont salué l’accord.

Lors d’une rencontre avec la classe politique samedi, Dioncounda Traoré a salué la junte pour avoir accepté de rétablir l’ordre constitutionnel, et affirmé que le Mali « a besoin de son armée pour recouvrer l’ensemble de son territoire ».

Réunion Algérie-Niger-Mauritanie

Alors que les putschistes accusaient ATT d' »incompétence » dans sa gestion de la situation dans le Nord, le coup d’Etat a précipité le pays dans la plus grave crise de son histoire: la moitié septentrionale est passée il y a une semaine sous le contrôle de rebelles touareg, d’islamistes armés et de divers groupes criminels.

Les ministres des Affaires étrangères d’Algérie, du Niger et de la Mauritanie se réunissent dimanche à Nouakchott pour discuter de la situation au Mali, en l’absence de représentants de ce pays. Une réunion du Comité d’état-major opérationnel conjoint (Cemoc) de ces quatre pays – dits « du champ » – est attendue dans les prochains jours.

Le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA, rébellion touareg) a proclamé vendredi l’indépendance du Nord, l’Azawad, une déclaration unanimement rejetée en Afrique et dans le reste du monde.

Sur le terrain, le MNLA ne semble en réalité plus maître du jeu, supplanté par les islamistes du mouvement Ansar Dine d’Iyad Ag Ghaly, figure des ex-rébellions touareg des années 1990, appuyé par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), dont trois principaux chefs ont été vus à Tombouctou avec lui. L’un d’eux, Mokhtar Belmokhtar, est arrivé dans la nuit de vendredi à samedi à Gao, autre grande ville du Nord tombée récemment.

Aqmi retient en otages au Sahel six Français. Par ailleurs, le consul d’Algérie et six membres de sa mission ont été enlevés jeudi par un « groupe non identifié » à Gao.

La Cédéao a brandi de nouveau ce week-end la menace d’un recours à la force pour mettre fin à la partition du Mali. Elle envisage d’y envoyer une force de 2.000 à 3.000 soldats, mais sa mission et ses moyens restent très flous pour le moment.

AFP

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