jeudi , 13 décembre 2018

La Syrie : A la recherche des nouvelles variantes pour une agression internationale

Au cours de la semaine qui vient de s’achever, le Ministre des Affaires étrangères de la Russie a attiré l’attention sur un fait. Sergueï Lavrov a dit : « on se fait aveugle face aux crimes commis par les forces rebelles syriennes en ne voyant que les réactions du pouvoir de Damas ».

Cette déclaration est une lapalissade qui s’applique notamment aux occidentaux « redresseurs de tort » réunis au sein du fameux Conseil de sécurité. Alors que l’on n’a pas encore fini de gérer les conséquences du désastre provoqué en Libye, on cherche se lance dans une nouvelle attaque contre la souveraine Syrie non sans provoquer de nouvelles craintes pour la région.

Déjà, la France brandit l’épouvantail de la CPI (Cour Pénale Internationale) pour faire capituler l’autorité légitime de la Syrie et adhérer à cette cause beaucoup plus de partenaires. La déclaration a été faite par son Ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé à la session du Conseil des Droits de l’Homme à Genève.

La Ligue des Etats arabes invite, par la voix du Premier ministre de Qatar, à accorder de l’aide militaire aux rebelles contre la légitimité établie en Syrie.

On se souvient, le 31 janvier à New York lors de la séance régulière du Conseil de la Sécurité de l’ONU, le Secrétaire général de la Ligue des Etats arabes a présenté le plan de sortie de la crise syrienne. Mais, la session s’est achevée sans l’adoption d’une résolution. La Russie et la Chine ayant voté contre l’ingérence dans les affaires intérieures de la Syrie. Une attitude responsable saluée par nombre de personnes éprises de paix et de justice à travers le monde.

Le représentant de la Fédération de Russie au Conseil de la Sécurité avait souligné à cette occasion que le Proche-Orient connait des transformations d’envergure et il a appelé à accorder aux peuples de cette région la liberté de conduire leur destin. « Les tentatives des forces extérieures de réaliser la manipulation à distance, amener au pouvoir pour des intérêts inavoués, des groupes politiques, ethniques et religieux à la place d’autres légitimement installés [ou acceptés par les peuples], sont grosses de conséquences difficiles à gérer …», a déclaré l’ambassadeur de la Russie.

Tous les plans se dessinent désormais, y compris celui de « l’invasion militaire » sous le prétexte fallacieux de « droit d’ingérence pour sauver un peuple en détresse » en se servant, manipulation aidant, du « blanc seing » de la ligue des Etats arabes ou de groupes de pays – membres de  la ligue des Etats arabes.

On fait fi ou semblant d’ignorer le plan international de déstabilisation de certains pays qui ne semblent plus se soumettre au diktat de ces puissances en mal de célébrité sinon que par l’irruption militaire dont le dernier pays à en connaitre les affres devrait prochainement être la Syrie. Et la marche vers la réalisation de ce dessein machiavélique a déjà commencé.

Le secrétaire général  l’ONU, Ban Ki Moon a récemment évoqué la théorie « de la responsabilité de la protection ».  En effet, cette théorie n’a rien de précis en matière d’acte de justice internationale. En réalité, il s’agit d’une théorie du droit international virtuel inexistant  et qui est basée sur les fantaisies de quelques hauts fonctionnaires internationaux, très fertiles en imagination en matière de déstabilisation.

A la présentation du résultat de la mission de la Ligue des Etats arabes afin de trouver de nouvelles variantes, les réactions ne se sont pas fait attendre. A la dernière séance de travail de la Ligue au cours de laquelle a été décidée et acceptée la prolongation de la mission, les partisans de l’aventure militaire en Syrie (Qatar, l’Arabie Saoudite, Bahrayn) ont tenté en vain de faire adhérer à leur initiative d’autres qui se faisaient retissant. Ces derniers (Koweït, les Emirats Arabes Unis et Oman) ont claqué la porte tout en demandant le rappel des observateurs de la Mission de la Ligue en Syrie. Evidemment, ils n’ont pas réussi à obtenir ce rappel des membres de la Mission des autres états – membres. Mais le message avait été perçu. Même si le chef de la mission soudanaisе, le général Muhammed Ad – Dabi a ouvertement déclaré que la présence des observateurs de la Ligue des Etats arabes a fait évoluer positivement la situation dans ce pays et a vu la réduction du niveau des violences : «  Après l’arrivée de la mission, la confrontation entre les forces gouvernementales et l’opposition armée a graduellement baissé d’intensité. »
En effet, pendant la présence des membres de la Mission de la Ligue en Syrie ont eu lieu série des progrès significatifs. Mille prisonniers «politiques» ont été libérés, des détenus de la période de l’après 15 mars 2011, c’est-а-dire la date du début des interventions réactives de la Syrie. Au total pour cette période le Président Bachar a annoncé sept amnisties.

À son tour le gouvernement syrien a publié la liste des Etats qui ont décidé de l’interruption de la livraison d’armes à la Syrie, parmi lesquels figurent le Liban, la Turquie, l’Iraq et la Jordanie. Cependant, cette nouvelle n’aura pas d’écho au niveau des médias internationaux.

Ce que beaucoup n’auront également pas apprécié, c’est lors de la sortie du Secrétaire général de l’ONU, le 26 janvier suite au meurtre du Président du Comité Syrien du croissant Rouge.  Ban Ki Moon a certes condamné ce meurtre et présenté ses condoléances, cependant il a invité  le pouvoir syrien à diligenter une enquête. Comme pour faire porter le chapeau de l’assassinat par Damas. Le patron de l’ONU ne fera même pas cas des actes terroristes en cours dans le pays et qui auraient été à la base de cet acte regrettable.

Il y a aussi l’implication évidente de la Turquie dans les affaires syriennes à travers le soutien apporté à des opposants armés, les rebelles. Le journal libanais bien informé « Don Al Hayat » a écrit avec une référence à Philippe Giral’di, ancien officier de la CIA : « la Turquie, membre de l’OTAN, devient « l’homme de confiance de Washington « dans cette opération. Les avions de combat de l’OTAN sans signes de reconnaissance avec des volontaires de Libye à bord, dotés d’armes et d’arsenaux  de Kadhafi, sont basés avec des sorties rythmées à partir des aérodromes de la base militaire d’Iskenderun à proximité directe des frontières syriennes ».

Des experts militaires français et britanniques des troupes spéciales seraient déjà sur place et assurent la préparation de combats des insurgés syriens, d’après des confidences de M. Giral’di. La CIA et les officiers du service rapide de l’état-major des forces armées des USA livrent aux îlots de résistance au régime syrien des moyens de liaison, de l’approvisionnent, de l’information, aidant ainsi les insurgés à éviter des collisions directes avec des détachements mobiles de l’armée syrienne. Le journal fait remarquer que la Turquie héberge également sur son sol de nombreux groupes de militaires déserteurs qui se font appeler « armée Libre syrienne » ainsi que des détachements de combattants de milices populaires. Ankara leur assure protection et permet à leurs leaders de radiodiffuser sur le territoire de la Syrie. Les basses manœuvres turques se sont matérialisées par des signes évidents. Par exemple, le 8 janvier un officier haut gradé, le général Il’ker Basbug a été appréhendé avec un fort soupçon de participation à la tentative de révolution militaire en Syrie. Les Turcs sont donc indexés : l’armée ne cesse d’exprimer son mécontentement vis-à-vis de ce soutien de la part d’Ankara. Le seul moyen d’étouffer les velléités de mécontentement militaire c’est la guerre. Car, une fois déclarée, la guerre fera occuper l’esprit et le temps des militaires qui n’auront, ainsi pas le temps de s’occuper de la politique ou de trop réfléchir.

Certains pays membres de la Ligue arabe tentent aussi d’avancer une nouvelle « initiative ». Le plan consiste en « la transmission du pouvoir du Président Bashar Al Assad au Vice-président du pays et la formation d’un gouvernement de coalition ». La délicatesse de la situation est qu’en Syrie, il y a deux vice-présidents, dont Faruc Ash Sharah, et militant du parti gouvernant, le BAAS. Il était Ministre des Affaires étrangères quand l’actuel Président Bashar n’avait que 20 ans.

Il s’agit ainsi, à travers cette autre initiative, de provoquer une implosion. L’idée semble tout à fait perfide et bien entendu, le fait même de sa présentation montre, que la direction de la Syrie gardant son unité, il faut passer par tous les moyens pour provoquer la rupture de cette unité.

Au cas où la situation autour de la Syrie roule s’acheminait inexorablement vers une décision militaire internationale, le Ministre russe des affaires étrangères, S. Lavrov avait déclaré, lors d’une conférence de presse en janvier, que « Si quelqu’un voulait à tout prix appliquer la force, autant nous le pourrions, nous nous opposerons à cela. Mais si cette éventualité se réalisait, les initiateurs l’auront à jamais sur leur conscience …».

Il a mis en garde l’Ouest et les Etats arabes contre toute intervention militaire dans un pays souverain avec pour argument brandi « les protections des populations civiles », comme cela a déjà eu lieu au Kosovo et, tout récemment, en Libye. La Syrie est « la ligne rouge » a souligné le Chef de la diplomatie russe.
Cependant, l’absence de sanction de l’ONU à travers une agression calme quelque peu certaines ardeurs. L’échec de l’argumentation de l’agression avec l’aide d’une résolution des Nations Unies, force à chercher d’autres voies de recours, suggèrent certains « va-t-en guerre ». Par exemple, que l’OTAN tente ce que ses experts avancent comme idée, l’introduction  de « la zone libre des vols de l’aviation de la Syrie », la fameuse « No flight zone » et le contrôle par l’aviation de l’alliance, bien que ce soit une mesure qui ne soit prévue par aucun acte du Droit international, au contraire, en contradiction flagrante du Statut de l’ONU créée sur le principe de la souveraineté des Etats. Les airs sont la même partie du territoire souverain de l’Etat tout comme sa partie terrestre.

A date, tout montre que la situation s’aggrave. Le Qatar et l’Arabie Saoudite ayant accepté de participer activement à attiser les événements « du printemps arabe », les monarchies du Golfe se rendent compte que ce « printemps » pourrait ne pas les épargner. Pour preuve, on a déjà étouffé des tentatives de soulèvement par endroits sur le front est de l’Arabie Saoudite, à Bahrayn. L’émotion était vive au Qatar en début d’année dernière.

Des analystes n’hésitent pas à comparer la stabilité des monarchies arabes à celle d’une bicyclette : l’arrêt signifie la chute. Soit, la révolution en cours se prolongera en dehors du Golfe soit, elle viendra au Golfe. Ce qui pourrait sembler une évidence. D’où la raison de l’inquiétude chez les émirs, les rois et les cheiks de cette partie du globe. Craignant que les soulèvements populaires ne fassent tâchent d’huile jusque dans leurs juridictions respectives, ces monarchies œuvrent à circonscrire les mécontentements et autres indignations hors de leurs pays. Pour eux, le calcul est que la seule façon d’y venir à bout, c’est d’aider à la guerre en soutenant l’intervention militaire étrangère en Syrie. Et là, pourrait-on bien se demander : après la Syrie, à qui le tour ? Surtout qu’il est une évidence qu’en matière de diplomatie ou de politique internationale, les Etats n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts.

Sur un autre plan, il est établi que l’armée syrienne serait une puissance comparable à celle totale des armées de ses six voisins. Un mythe que ne semble pas affecter les désertions opérées par la félonie de certains de ses officiers en son sein.

Toutefois, le nombre des fugitifs ou autres déserteurs présente un chiffre nettement inférieur aux 2000 à 3000 personnes avancé au compte de l’année des événements. Donc, moins de l’effectif d’un régiment. On peut donc relativiser le nombre des militaires déserteurs. Une chose reste sûre et certaine : c’est le peuple syrien qui est affecté par l’hypocrisie de la Communauté internationale. Comment soutenir une rébellion au détriment du choix du peuple ?
En attendant, parler  de la déconfiture de l’armée de la Syrie serait prématuré. Evidemment. Sa réaction pourrait surprendre en cas d’agression.

Après les « guerres éclair »  en Tunisie et en Egypte, les événements récents de Libye ont montré, que le processus ne suit pas le cours voulu par les puissances occidentales et certains pays arabes. En l’absence de toute intervention étrangère, la Syrie tout a stoppé le progrès des insurgés sous la coupe des occidentaux. Cela, grâce aux forces révolutionnaires qui ont ralenti le mouvement.

Tellement le président de la Tunisie М. Маrsuki a prédit au Qatar – initiateur de la proposition d’envoi des troupes armées de la Ligue des Etats arabes en Syrie –  que l’introduction des troupes en Syrie amènera la guerre dans tout la région avec l’entraînement de la Turquie, l’Israël, l’Iran et du Hezbollah.
L’histoire a connu beaucoup de cas qui ont enfoncé le monde arabe dans le syndrome du « lit de Procruste ». Et toujours, cela avait l’air quelque peu artificiel. Il peut y avoir parce que vraiment ce monde très différent. La situation aujourd’hui a l’air, peut-être, plus odieux et est symptomatique.


Texte inspiré d’articles de presse
Mohamed Mike Sylla, Analyste Géo-stratège

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