mercredi , 18 septembre 2019
Flash info

Goma : des médecins demandent aux femmes de se dévêtir sans nécessité

A Goma, les femmes particulièrement les jeunes filles deviennent réticentes à consulter les médecins. Trop souvent certains les obligent à se déshabiller quelle que soit la maladie. Le personnel soignant s’en défend.

Deux étudiantes de Goma discutent. « Je ne me porte pas bien, j’ai de la fièvre depuis trois jours. J’ai pris quelques médicaments mais ma santé ne s’améliore pas », se plaint l’une d’elles. « Pourquoi ne t’es-tu pas rendu à l’hôpital voir le médecin ? », lui demande son amie compatissante. « J’en ai marre de m’y rendre, car ce dernier temps certains médecins exigent que nous nous déshabillions, même pour les cas qui ne le nécessitent pas », répond-t-elle. Bora Ramazani, une autre étudiante renchérit : « Tu as raison Wivine, j’ai également un jour été surprise d’entendre un médecin de la place que je respecte me demander d’ôter tous mes vêtements simplement pour vérifier si la petite plaie que j’avais au pied ne m’avait pas causé un ganglion. Cette fois là j’avais refusé. »

Selon, Mme Bizmungu Lydia, membre de GHOVOD, une Ong de développement, « les plaintes à ce sujet sont très nombreuses, il vaudrait organiser des séances de sensibilisation à l’intention des personnels soignants pour y faire face ». Julie Rutikanga, finaliste du secondaire, avoue sa perplexité : « J’ai été victime de cette pratique sans m’en rendre pas compte. J’ai enfin compris une semaine juste après ma guérison quand le médecin en question m’a ouvertement déclaré l’amour. »

Cette attitude trouble ne laisse pas certains personnels de la santé indifférents : « C’est vrai que les femmes ont des problèmes spécifiques qui nécessitent certains examens. Mais on constate ces derniers temps des exagérations dénoncées surtout par des patientes jeunes. Elles préfèrent désormais consulter des médecins femmes ou infirmières », souligne Maman Masereka, infirmière au dispensaire CENED au quartier Mabanga. Mais les femmes et filles, surtout les moins instruites, ne s’inquiètent pas de ces comportements : « Me déshabiller sur demande d’un médecin m’est égal car c’est la seule personne qui sait ce qu’il cherche pour me soigner », estime Zawadi, enceinte et mère de deux enfants, vendeuse de souliers usagés au marché.

Les médecins se défendent

Les médecins se défendent de ces accusations. Pour un vieux médecin qui a préféré garder l’anonymat, « ça ne sert à rien de généraliser ces cas, s’il y en a. Les dérapages existent dans plusieurs corps ou corporations. Cela peut être aussi lié aux problèmes d’éducation, au comportement ou à la formation d’un individu à l’autre ». Olame, président de l’Union nationale des infirmiers du Congo (UNIC) rejette lui fermement ces allégations : « C’est purement du mensonge ! Quand une femme souffre d’une maladie, elle est flexible et disposée à se déshabiller devant n’importe quel personnel soignant sans distinction de sexe. » « Bon nombre de filles sont hypocrites, estime lui Mitingi Sekereti, infirmier et responsable de centre de santé Mitingi. Se déshabiller rapproche quelques fois la malade du personnel soignant pour permettre au médecin d’effectuer un bon diagnostic pour une bonne prescription médicale afin d’avoir une guérison fiable. Il n’en est pas question de voyeurisme ! »

Une formation adéquate exigée

Pour lutter contre les bavures rencontrées dans le monde médical, le médecin inspecteur provincial de la Santé du Nord Kivu précise : « Notre métier demeure un domaine très sensible et important car il touche directement la vie humaine. Ce qui demande une formation saine et irréprochable afin d’avoir des médecins et infirmiers dignes de leurs noms à la place de criminels. » M. Mitumba, professeur assistant à l’université de Goma, va dans le même sens : « C’est pour pallier certains cas dus à l’insuffisance dans la formation des futurs médecins et infirmiers, que le professeur Mashako Mamba, docteur en médecine, actuellement ministre national de l’Enseignement supérieur et universitaire avait fermé certains instituts supérieurs médicaux et annuler l’année académique 2008-2009 en médecine pour l’université de Goma. »

www.syfia-grands-lacs.info

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*