lundi , 19 août 2019

L’UFDG n’est pas un parti politique au sens vrai du terme, c’est un mouvement de masse », dixit Dr Saliou Bela Diallo

(Entretien exclusif-1ère partie)- Le départ de Dr Saliou Bella Diallo de l’UFDG continue de faire des vagues. Chacun y va de son commentaire sur fond de passion. Dr Saliou Bella Diallo éclaire l’opinion sur ce divorce, dans cet entretien exclusif.


Docteur, on sait que vous avez quitté l’UFDG dans des circonstances qui continuent d’alimenter encore les conversations et chacun y va de son commentaire. Avant de nous dire ce qui a motivé votre départ, j’aimerais que vous nous rappeliez le contexte qui vous a conduit à adhérer à ce parti, puisqu’on sait que vous étiez très proche de Siradiou Diallo et de l’UPR ?

Dr Saliou Bella Diallo : Merci beaucoup, je suis très heureux de vous recevoir chez moi aujourd’hui, pour vous parler d’un problème épineux, un problème qui défraie la chronique, un problème sérieux mais, qui est l’aboutissement d’une évolution dynamique, qui est parti du premier temps de la démocratie. En premier lieu, je vous parlerai du contexte. D’abord, nous avons commencé dans les années 90 à nous mouvoir pour les créations de partis politiques et nous sommes partis du PGP avec lequel on n’a pas fait une semaine. Puisqu’un de nos doyens l’avait déjà pris. Donc, on a créé le PRP. Et en même temps le doyen Bah Mamadou a crée l’UNR. Nous avons évolué des années, et moi j’étais directement, après ma sortie de l’université, derrière mon frère et ami et maitre, l’honorable El hadj Siradiou Diallo.

Siradiou Diallo fut réellement un mentor pour vous, n’est-ce pas ?

Bine sûr. Avec lui j’ai beaucoup appris et j’ai travaillé pour me forger une stature politique. Il a vraiment été d’un grand apport pour moi. Il m’a surtout beaucoup aidé pour ma formation et ma carrière politique. Mais en plus, il a été reconnaissant et a parlé du bien de moi à travers le monde entier. Aussi bien en Europe qu’aux Etats-Unis, en passant par l’Asie et l’Afrique. C’est ainsi, de 26 personnes aguerries, bien formées et patriotes, nous avons décidé de nous constituer en commission informelle pour tenter de rapprocher trois formations politiques : le RNP de M. Aliou 5 Diallo, l’UNR de feu Bah Mamadou (PSA) et le PRP de notre regretté, l’honorable El hadj Siradiou Diallo. Durant donc trois ans et demi, nous avons travaillé. Et j’étais le rapporteur de cette commission informelle de 26 membres. Nous avons travaillé à Hafia, c’est Elhad Toulel qui était le vice-président de cette commission et El Hadj Sankarela Diallo était le président. Deux opérateurs économiques dévoués et dynamiques et disposés à tout donner, qui ont utilisé leurs propres moyens pour militer dans la sous région. L’objectif était de rapprocher tous les leaders qui avaient pour fief la moyenne Guinéen. Afin qu’un parti respectable soit constitué à l’intérieur de la zone, pour une nouvelle dynamique permettant l’évolution de la démocratie en Guinée. C’est ce qui nous a permis, après ces 3 ans et demi de réunir ces 3 formations politiques, de les fusionner pour créer l’UPR, où notre frère feu El hadj Siradiou Diallo a été désigné comme le candidat unique du parti. Ainsi nous avons battu une compagne sans égale, et avons obtenu un score assez honorable. C’est à cette période, à l’honneur de ces 26, que l’unité réelle de la région de Labé a été recouvrée. Car à l’époque tous les ressortissants de la moyenne Guinée, dans les 95% des villes, ont voté Bâ Mamadou. Donc si l’unité du Foutah est revendiquée ailleurs, c’est une erreur. La nouvelle formation créée a fait son chemin. Malheureusement, après la mort de M. Siradiou Diallo, l’union est partie en lambeau. Mais il faut rappeler que peu avant, un conflit avait éclaté entre M. Bah Mamadou et M. Siradiou. Le premier ne voulait pas aller aux élections législatives de 2002 alors que le deuxième voulait aller. C’est ce qui a provoqué la cassure. Et M. Bâ Mamadou s’est retiré de l’UPR pour aller à l’UFDG. Après quelques mois de flottement. A la mort de Siradiou, il était question de designer un vice-président pour seconder Bah Ousmane qui était lui désigné comme président du parti. Mais après multiples négociations, on n’a pas abouti.

Qu’avez-vous fait alors après cet échec ?

Personnellement, j’ai eu l’autorisation, après plus de 3000 signatures de toutes les régions du pays, de créer notre parti : Afia. C’était en 2005 mais, avec tous les facteurs et le contexte liés à l’ancien régime, on n’a pas pu obtenir l’agrément. Mais le récépissé nous a permis de fonctionner. Et après tout, nous avons pu prendre part aux élections grâce à notre intégration à un parti politique d’un ami personnel. M. Nana Souma Yansané qui nous a permis d’avoir des élus dans certaines circonscriptions du pays. Notamment à Conakry et à Labé. C’est après ça, qu’il y a eu une crise et que Nana Souna nous a quittés. Nous nous sommes alors retrouvés avec la seule étiquette du parti Afia. Et mois, j’ai voyagé pour 3 ans à l’étranger.

Comment avez-vous intégré l’UFDG ?

Donc c’est pendant ce temps, qu’El Hadj Bâ Mamadou m’a trouvé à l’extérieur et l’actuel président de l’UFDG s’y est rendu. Nous nous sommes réunis à trois, à Paris pour nous entendre de nous retrouver ensemble à l’UFDG. Et là, j’ai joué un rôle déterminant pour que l’actuel président de l’UFDG vienne vraiment à l’UFDG. Alors qu’à 80%, il souhaitait aller à l’UPR. Une fois à l’UFDG, nous nous sommes entendus sans que cela ne soit formalisé au niveau des statuts et du règlement, que les quatre leaders qui se sont réunis pour former l’actuel UFDG constituent un organisme, une instance, et que toutes les décisions de fond devraient être discutées à notre niveau avant que cela ne soit soumis à l’ensemble des dirigeants nationaux du parti. Ensuite nous devrions nous conduire très bien pour éviter de nous contredire en public pour que le parti puisse très harmonieusement être dirigé. Ce qui avait fonctionné grâce à la bienveillance de notre doyen feu Bâ Mamadou. Mais une fois qu’il est décédé, tout s’est arrêté.

Pourquoi tout a changé brusquement ?

On n’a plus jamais pu se réunir, malgré notre insistance. Alors, l’actuel président de l’UFDG a refusé qu’on se retrouve. Et finalement, c’est une institution informelle qui dirigeait tout. Son cabinet qui s’est érigé en direction du parti à notre place. C’est-à-dire que ni le président ni les 5 vices présidents n’étaient vraiment au courant de ce qui se passe au parti. Et c’est ainsi les 3 ans durant on n’a pas pu du tout, malgré mon insistance, mes prières, mes interventions au niveau du bureau exécutif, du conseil politique ou bien mes interventions particulières en dehors des réunions auprès du président, auprès de tous les leaders d’opinion, au niveau du parti même en dehors du parti. J’ai tout fait pour qu’on organise mieux l’UFDG et qu’on puisse meubler le bureau exécutif, le conseil politique, le comité national des jeunes, le comité national des femmes, le comité nationale des sages. Cela n’a jamais été jusqu’aux élections que nous avons connues tout récemment. Jusqu’à présent, aucun organisme national n’a été meublé.

A quoi ressemble finalement le parti ?

C’est un magma de personnes qui sont en mouvement qui constitue l’UFDG. Moi j’aime souvent le dire et beaucoup aussi aiment le dire, ce n’était qu’un mouvement de masse, ce n’est pas un parti dans le sens propre. C’est avec ce dysfonctionnement que nous sommes allés aux élections. Donc les gens qui sont venus pendant les élections pour nous prêter mains fortes, nous aider à assurer notre victoire, n’ont pas trouvé un cadre d’accueil adéquat. Etant donné que tous les responsables qui se réclament membres du bureau exécutif ou membres des organismes nationaux, n’étaient pas postés. Donc il n’y avait aucun contexte organisé, préparé avec finesse pour pouvoir servir de cadre d’accueil pour ces cadres venus de tous les coins pour contribuer à leur façon à la victoire de l’UFDG. C’est ainsi, après des errements confus et sans égal, les gens se sont finalement découragés et ont rebroussé chemin, déçus. C’est pour vous dire que l’UFDG est un mouvement de masse et non un parti normalement organisé.

Mais, le parti vous a désigné pour participer au gouvernement de transition ?

Oui, j’ai été au gouvernement de transition après l’établissement d‘une liste de proposition de personnes. J’ai été élu comme première personnalité, quatre autres de mes collègues ont suivi. Ils se sont donc servis des Curriculum Vitae pour pouvoir choisir un parmi nous. Et il s’est trouvé que le premier vice-président était déjà dans le gouvernement précèdent, celui de Souaré. Puisqu’on n’avait demandé un gouvernement d’union nationale. On n’a soumis une liste de 5 personnes, en espérant avoir deux ou trois ministres. Malheureusement on n‘a eu qu’un seul ministre. Je me suis trouvé classer premier et c’est comme ça que j’ai été choisi. Mon séjour dans le gouvernement de transition a été vraiment très brillant. Jusqu’à 3 reprises, mon Premier ministre m’a plébiscité comme étant le meilleur ministre de l’équipe. Malheureusement, cela n’a jamais été repris au niveau de mon parti. Ce qui a provoqué un malaise à mon niveau. Même au niveau des réunions ordinaires, des assemblées générales du bureau exécutif et autres, on ne s’est jamais levé pour dire que notre ministre a été plébiscité.

On vous accuse d’absences lors des réunions du parti ?

Mon absence n’a pas été justifiée de façon réelle. Alors que Bah Oury qui était au gouvernement de large ouverture, venait assister à toutes les instances et réunions du parti. Ce qui était impossible pour moi. Puisque le protocole signé à Ouagadougou avait établi un agenda bien précis, avec des recommandations bien ficelées. Qui interdisaient à tout membre du gouvernement de transition de s’afficher avec une formation politique, une organisation non gouvernementale ou une centrale syndicale. Et trois personnalités physiques ou morales étaient chargées d’assurer le respect de ces recommandations : le CNT, le gouvernement de transition et le président de la transition, le général Sékouba Konaté. Il m’était donc interdit de s’afficher vis-à-vis de mon parti. Les responsables de mon parti n’ont pas expliqué ça au niveau des militants. Ils ne l’ont pas expliqué dans les renions. Quand je suis revenu, j’ai constaté un dysfonctionnement évident. Les organismes n’étant pas meublés comme je l’ai déjà signalé, ensuite on n’a pris aucune précaution. Alors que j’ai demandé dès l’investiture de l’actuel président de l’UFDG de le faire. C’est-à-dire on n’avait aucune formation politique pour nous aider, alors qu’on devait avoir 20 à 30 partis politiques, pas des partis satellites mais, des partenaires. J’avais aussi suggéré à ce que nous puissions procéder à la recherche ou à la création des organisations non gouvernementales assez nombreuses qui peuvent graviter autour du parti et qui peuvent lui être utiles au moment venu, et en même temps des centrales syndicales qui pouvaient aider le parti, cela à l’image des autres grands partis du pays. Rien de ce que j’ai demandé n’a été pris en compte, étant donné que les vrais dirigeants du parti, c’est un cabinet, c’est un lobby qui est là, autour du président et à qui seulement ils font confiance. Donc j’ai attiré l’attention des responsables de l’UFDG à mon retour du gouvernement et j’ai stigmatisé qu’il faut qu’on se remette à la tâche et qu’on tire les leçons pour qu’on réajuste le tire. Afin qu’on minimise les points faibles et qu’on maximise les points forts pour faire face aux échéances qui viennent.

Est-ce que votre démarche a eu l’effet escompté ?

Malheureusement non. A chaque fois que je demandais la parole lors des assemblées générales, c’est seulement dans les divers qu’on me permettait de parler. Et à ma grande surprise, quand j’ai pris une fois la parole pour dire que c’est grâce au parti, à tous les militants et particulièrement au président qui a eu confiance en moi, et que j’étais au gouvernement de transition, où mon bilan a été positif. Parce que j’ai été plébiscité comme meilleur ministre trois fois de suite. Et que maintenant, je suis revenu au bercail pour rendre service au parti et pour m’investir davantage à assurer le succès du parti. Quand j’ai fini de dire tout ça, ni le président de séance par intérim, ni les doyens, encore moins les autres personnalités n’ont réagit. C’est comme si j’ai parlé à des sourds muets.

Il y avait un incident ce jour non à l’assemblée générale ?

Personne ne s’est levé pour m’annoncer la bienvenue, pour me féliciter. Pire, c’est une dame qui avait été déjà préparée qui s’est levée pour déclarer qu’elle veut intervenir contre Dr Saliou Bella. Et on se permet de lui donner la parole. Elle m’a traité de tous les noms d’oiseaux. Et quand elle a fini, personne ne voulait que je réponde. N’empêche j’ai répondu pour la rassurer que j’étais tous les jours en contact avec le président du parti, et qu’à chaque fois que j’avais la possibilité, je venais aux réunions du conseil politique. Mais qu’au niveau du bureau exécutif et de l’assemblée générale, je ne pouvais pas me le permettre, puisque c’était formellement interdit. Ensuite, je l‘ai remerciée et félicitée, nous nous sommes finalement donnés des accolades. Alors que c’était déjà un incident grave perpétré et ourdi par les responsables qui étaient là ce jour. C’était le premier samedi depuis mon retour. Le samedi qui a suivi a coïncidé à l’arrivée du premier vice-président (Bah Oury, NDLR) qui était en France. Il était déjà arrivé cinq jours avant, il s’était présenté le mardi au conseil politique pour récupérer la présidence par intérim mais, il n’a pas pu. Le vendredi, à la réunion du bureau exécutif, il s’est absenté pour aller à la coordination et particulièrement auprès d’un doyen pour se plaindre. Et le samedi, il est venu à l’assemblée pour tenter de reprendre l’intérim avec une vingtaine d’agents de maintien d’ordre. Il est venu prendre la place du président alors que le président par intérim n’était pas encore arrivé. Dix minutes après, quand le président par intérim est arrivé, un doyen est venu dire qu’il est le père du parti et qu’il a été nommé par El Hadj Bâ Mamadou. Il a appelé Bah Oury, ils sont entrés ensemble à l’intérieur du bâtiment, ils ont finalement appelé le président par intérim (Dr Fodé Oussou, NDLR) qui est allé les rejoindre.

Que s’est-il passé ensuite, suite à ce huis clos ?

Maintenant, j’étais le seul vice -président présent au présidium. Il a fallu qu’un des cadres du parti vienne me prier d’aller les rejoindre. J’ai dit non. Je dis qu’on ne m’a pas appelé, donc je ne vais pas. Il me dit que si tu ne vas pas, le vieux là va faire éclater le parti, il est venu pour prendre l’intérim pour le remettre à Bah Oury. Si tu ne vas pas, il va bruler la maison. Je suis donc allé les rejoindre, et trouvé que le vieux disait : « je viens de raccrocher avec le président du parti. Il m’a demandé si le premier vice -président Bah Oury est revenu, j’ai dit oui. Il m’a demandé si l’intérim est toujours assuré par le quatrième vice-président, je lui ai dit oui. Il a demandé si Dr Saliou Bella est toujours là, je lui ai dit oui. Il a dit voilà, ce qu’il y a il faut surveiller Saliou Bella. C’est un type dangereux. Ce sont eux qui ont volé les élections en collaboration avec le Premier ministre Jean-Marie Doré et le président de la transition, le général Sékouba Konaté, pour remettre le pouvoir à Alpha Condé. C’est des gens qui constituent pour nous des ennemis, il ne faut pas lui donner l’intérim. Ce qu’il faut faire, il faut dire maintenant au quatrième vice-président de se lever et de donner l’intérim à Bah Oury qui est revenu. Donc après Bah Oury, Saliou Bella va venir et Fodé Oussou sera en troisième position. Dans ce cas, Saliou Bella sera mieux surveillé. Saliou Bella c’est un ennemi. Il sait que beaucoup parmi nous seront emprisonnés, blessés, chassés, tués. Il sait qui fera ça. Quand ? Où et comment on le fera.

Suite à ces accusations, quelle a été votre réaction ?

C’est après j’ai demandé à Fodé Oussou s’il a compris ce que le vieux vient de dire. Il m’a dit non. Je lui ai tout traduit. Et le vieux a alors demandé à Bah Oury si je n’avais rien ajouté. Celui-ci a dit non. Après, j’ai demandé l’autorisation de sortir. Fodé Oussou m’a suivi.

Fodé Oussou voulait claquer la porte en guise de solidarité, est-ce vrai ?

Fodé Oussou m’a suivi et dit Koto : aujourd’hui je te donne ma démission du parti. Il me dit : après la demande du président et ta demande pour que je vienne dans ce parti, j’avais exigé ta garantie. Mais à partir du moment où on ne te fait plus confiance, à partir du moment où on te demande de rendre l’intérim de cette façon, je quitte ce parti. Mais pour éviter que le parti éclate, je lui ai dit de ne pas partir et de continuer à assurer l’intérim. C’est ainsi qu’il a lancé l’assemblée qui s’est déroulée convenablement. Quand on n’a donné la parole à Bah Oury, il a effleuré l’incident alors qu’il n’en avait pas l’autorisation. (A lire la 2è partie…)

Source: L’Indépendan

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