samedi , 20 avril 2019
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Opinion : Jusqu’auboutisme de l’opposition : la Guinée doit-elle cesser d’exister ?

L’opposition guinéenne, du moins dans sa partie dite radicale, a décidé depuis une semaine de claquer la porte au dialogue politique inclusif initié par le chef de l’Etat le Pr Alpha Condé. Rappelons-le, ce dialogue vise à mettre un terme à la longue et interminable transition en cours, en vue d’arriver à l’organisation d’élections législatives tant attendues.

Pour justifier leur retrait du dialogue, Cellou Dalein et ses alliés  n’y sont pas allés du dos de la cuillère. Ils ont clairement indiqué qu’ils ne veulent pas d’un dialogue avec la participation d’autres partis politiques guinéens. Les radicaux, tel est le vocable dont les affublent désormais nombre de nos compatriotes, souhaitent discuter ‘’en tête-à-tête’’ avec le gouvernement du Pr Alpha Condé. Et rien d’autre !

Pour appuyer leur exigence, les radicaux conditionnent leur retour à la mise sur pied de deux tendances. D’un côté ceux qui revendiquent l’opposition, ‘’la vraie’’, et de l’autre ceux qui se réclament du gouvernement. Dans un tel schéma, ceux qui revendiquent une position médiane devront donc choisir soit de se confondre dans le gouvernement ou soit dans l’opposition. Une attitude que d’aucuns ont vite fait d’assimiler à un ‘’soit vous êtes  avec nous (l’opposition), ou soit vous êtes contre nous’’. Il faut rappeler que dans le cadre d’un dialogue que l’on a voulu ‘’ inclusif’’, tous les partis politiques présents sur le territoire national ont été invités à prendre part aux discussions.

Mais avec cette dernière décision de l’opposition dite radicale de bouder les pourparlers, une frange importante de guinéens, de même que nombre d’observateurs de la scène politique guinéenne, s’interrogent sur la volonté réelle du Collectif et de l’ADP d’aller aux  législatives.

Personne n’est obligé d’aimer Alpha Condé. Nombre de ses compatriotes lui reconnaissent même assez de défauts. Mais l’honnêteté commande que l’on reconnaisse qu’il a fait assez de concessions en vue de décrisper l’atmosphère et nous conduire vers cette élection.

Même s’il faut rappeler qu’Alpha Condé aurait dû entamer ce rapprochement avec  l’opposition dès les premiers mois de son magistère, ne serait-ce que pour nous faire l’économie du temps. Car nul ne nous contredira. Dans l’histoire tumultueuse de notre pays, et vu le niveau de retard accusé à cause de la mal gouvernance, chaque minute de perdue est un gâchis de trop.

Tout de même,  il aura cédé à l’exigence du Collectif de libérer toutes les personnes arrêtées dans les rangs de l’UFDG lors des dernières émeutes postélectorales, et condamnés par la justice.  Seconde exigence, le chef de l’état a également suspendu les activités de recensement, ou de révision- c’est selon- que la CENI avait débutées.

Plus loin, il a aussi organisé des dialogues directs avec les membres de l’opposition. D’abord, nos champions ont été reçus ensemble, avant que le chef de l’état ne les reçoive individuellement au palais présidentiel Sékhoutouréyah. La dernière entrevue qu’il a eue avec le patron de l’UFDG, El Hadj Cellou Dalein Diallo, chef de file de la coalition, a duré plus de deux heures d’horloge.

Ces différentes initiatives, faut-il le noter, ont été l’élément déclencheur qui a permis la relance du dialogue politique national. Du coup, le Collectif et l’ADP  se sont vus dans l’obligation de suspendre leur ‘’caravane de la paix’’ qu’ils comptaient organiser dans tout le pays pour réclamer la ‘’Démocratie et l’état de droit’’.
La question que l’on se pose aujourd’hui, est celle de savoir pourquoi nos anciens Premiers ministres, Cellou Dalein, Sydia Touré et Lansana Kouyaté préfèrent aujourd’hui jouer la carte du jusqu’auboutisme, au moment où les Guinéens souhaitent les voir autour d’une table de négociation, pour sortir notre pays de l’impasse.
Ayons le courage de le dire, vouloir, comme ils le prétendent ne devoir discuter qu’avec le Gouvernement, et y exclure d’autres structures qui ne pensent pas comme eux, relève d’une volonté de gripper exprès le dialogue politique.  Et ceux qui pensent que ce durcissement vise le blocage des investissements en direction de notre pays, ne feront que franchir allègrement un pas.

Ainsi, l’opposition qui dénonce urbi et orbi qu’Alpha Condé fait de l’exclusion se rendrait elle-même coupable de cet acte?

Dans une récente interview accordée à un confrère guinéen, Mouctar Diallo du NFD, membre actif des contestataires affirmait que le Collectif des partis politiques pour la finalisation de la transition et l’ADP, courant auquel il appartient, détenaient à eux seuls ‘’au minimum 80% de l’électorat guinéen’’.  A un tel niveau d’assurance, on ne comprend pas alors que l’opposition radicale veuille bouder le dialogue, parce que même si tous les centristes s’alignaient derrière le gouvernement, je ne vois pas par quel moyen ce dernier pourrait leur damer le pion dans les discussions.  Mieux, nulle part il n’a été dit que les décisions se prendront suite à un vote, mais après seulement un consensus.

En tout état de cause, dans la forme comme dans le fond, personne ne peut enlever le droit à des partis politiques légalement constitués- qui plus est- dirigés par des messieurs tels Baadiko, Aboubacar Barry, Kassory Fofana, Moussa Solano, Saliou Bella Diallo, Jean Marie Doré, et bien d’autre encore d’avoir leur choix politique.
Au bout du compte, et à l’allure où vont les choses, le Collectif et l’ADP foncent tout droit vers un boycott des législatives. Un tel choix ne serait pas sans conséquence pour cette partie de l’opposition.

En pratiquant la politique de la chaise vite, – la nature ayant horreur du vide- elle risque de laisser le champ libre à d’autres partis d’occuper le terrain, en portant haut leur voix au sein d’un Parlement.

Apparemment, le comité de facilitation a lui aussi décidé de poursuivre le dialogue sans Cellou Dalein, Sidya Touré, Lansana Kouyaté et les autres.  Le président du comité de facilitation Mr Albert David Gomez l’a laissé transparaître dans ses dernières déclarations rapportées par le confrère guineenews.org. ‘’ La question du bipartisme réclamée par le collectif et l’ADP est donc évacuée’’ a déclaré Mgr Gomez, et  de préciser que ‘’le dialogue n’exclut personne, mais qui se fait exclure s’est fait exclure de lui-même. Je pense que mieux vaut être à la table où se définit les règles du jeu que de ne pas y être’’.

Il faut toujours tendre la main

Personnellement, je pense qu’il nous faut tirer les leçons de ces échecs et continuer de tendre la main à l’opposition dirigée par Cellou Dalein  Diallo. Si au terme des démarches allant dans le sens du renouement du dialogue, le Collectif et l’ADP continuent de s’arcbouter derrière sa position de ne pas céder même d’un seul pouce, dans ce cas que le Gouvernement en tire les conséquences et organise les législatives avec ceux des partis qui sont prêts à y prendre part.

De toutes les manières, c’est leur droit de ne pas participer à une élection nationale. En Guinée, on a des précédents en la matière. Nous avons également des exemples dans le monde, et même à côté de nous. En Côte d’ivoire, le parti de  Laurent Gbagbo qui était arrivé deuxième de la présidentielle avec 46%, près de la moitié de l’électorat, a boudé les élections parlementaires. Cela n’a pas empêché que les ivoiriens aient obtenu une assemblée nationale qui a été reconnue par le monde entier. On peut continuer d’épiloguer sur le niveau de participation des votants au scrutin, toujours est-il que le ciel ne leur est pas tombé dessus.

C’est pourquoi, il est indispensable que d’autres médiations aient lieu afin d’amener le Collectif à comprendre que toute la famille Guinée doit se retrouver autour d’une même table. Cependant s’il (Collectif-ADP) leur traverse l’idée de s’opposer à la tenue des élections par de soi disantes marches de protestation, dans ce cas, le pouvoir en place devrait prendre ses responsabilités et assurer la protection des populations et de leurs biens. La vie de notre nation ne saurait s’arrêter.


La question Sidya Touré et le ‘’centrisme’’

Le plus curieux dans ce qui apparait désormais comme une querelle de chiffonniers, c’est l’intransigeance des uns et des autres à vouloir s’opposer à tout. Même quand cela n’en vaut pas la peine. L’ironie du sort a voulu que Sidya Touré le leader de l’UFR, aidé de ses camarades, s’oppose à la participation de partis centristes dans le débat national. Parlant justement du ‘’centrisme’’, ceux des guinéens qui n’ont pas la mémoire courte se souviendront que c’est  cet autre ancien Premier ministre de Lansana Conté qui a été le premier homme politique guinéen  à importer ce courant- ou à en faire cas- dans le débat national guinéen. Et la preuve est même donnée ici dans le manifeste du parti de l’UFR que nous avons pu obtenir avec beaucoup d’aisance sur google. Dans son manifeste, il est écrit ceci :  ‘’ L’Union des Forces Républicaines (UFR), un Parti Centriste Social Démocrate et Fédérateur (….)agissant selon une philosophie de base respectueuse certes de nos traditions et valeurs culturelles, mais aussi porteuse d’un projet de société. En prenant ses distances par rapport à tout extrémisme susceptible d’engendrer des fractures sociales’’.  Il est étonnant que M. Sidya Touré veuille tourner le dos à cette philosophie dont il a été le chantre en Guinée au début des années 2000, et qu’il verse dans une contestation surréaliste.

Réconciliation nationale : Et si Jean Marie Doré avait raison?

Le Collectif des partis politiques pour la finalisation de la transition et l’ADP, refusent toute idée d’associer les autres partis dits centristes aux discussions qu’ils ont arrachées au Gouvernement.  Ils exigent un dialogue bipartite et non tri ou qua-partite selon leurs propres termes.  Le porte-parole du Collectif Aboubacar Sylla a même expliqué que les revendications ont été émises par leur coalition, il n’est donc pas question que d’autres soient associés au dialogue. Ce qui peut-être équivaudrait à dire, puisque c’est entre nous Collectifs-ADP et Gouvernement que les discussions achoppent, personne d’autre ne doit y pointer le nez, même s’il s’agit d’une question nationale touchant la vie de la nation guinéenne.

Mais en même temps, en s’arcboutant derrière une telle logique, ne risquons-nous pas de donner raison à l’ancien Premier  Jean Marie Doré?  En ce qui concerne la question de la réconciliation nationale, le patron de l’UPG a toujours claironné que puisque la crispation ethnique que vit le pays est dû au clash entre malinké et peulh lors des dernières présidentielles, la tâche incomberait donc aux malinkés et peulhs de se réconcilier entre eux-mêmes. Pour être plus clair en parlant de ‘’bipartisme’’, si le Collectif et l’ADP pensent qu’il leur revient à eux seulement de discuter avec le gouvernement d’Alpha Condé et personne d’autre, dans ce cas qu’ils acceptent qu’on ne parle pas de dialogue nationale, mais de dialogue ‘’Mandingo-peulh’’. Parce que jusqu’à preuve du contraire, entre les deux tours il n’y a pas eu de clash entre tous les guinéens, mais bien entre deux communautés. En définitive dans la vie, il faut pouvoir faire un choix.

Alpha Camara
Fondateur et Directeur de publication de Kaloumpresse.com
Gatineau au CANADA

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