lundi , 18 novembre 2019

Kisangani : les femmes très impliquées dans les élections

Les femmes de Kisangani ont été très présentes lors des scrutins de fin novembre, comme électrices d’abord et comme observatrices nombreuses et attentives. Mais aucune des 25 candidates, souvent mal connues des habitants, ne serait élue selon les premiers résultats.

Candidates ou témoins de partis politiques, agents de la CENI ou observatrices, simples électrices… À Kisangani, tout le monde s’accorde à constater que les femmes ont massivement participé aux élections du 28 novembre, plus encore que lors du précédent scrutin en 2006.

 

Au niveau des candidatures, elles peinent cependant encore à s’imposer. Elles n’étaient ainsi que 25 (contre 22 en 2006) sur 232 candidats pour… 5 sièges dans la circonscription de Kisangani. Les premiers résultats sortis des urnes semblent également décevants. « Nos contacts dans les bureaux de vote ont révélé qu’aucune femme n’a été élue », explique Maguy Libebele, journaliste, membre de la synergie des radios communautaires ayant couvert les élections. Ainsi, selon les dernières tendances, Marie-France, candidate de la Convention des Congolais unis (CCU) n’était pas donnée favorite… Pourtant, il y a deux mois, elle croyait dur comme fer à sa victoire : « Je dis aux gens que pour nous femmes réussir cette élection est une deuxième indépendance, sinon ce sera la descente aux enfers ! »

« Se battre comme les hommes »

Si elles tardent à se faire élire, certaines sont toutefois davantage reconnues dans les états-majors politiques. « Ma fonction m’a demandé beaucoup de militantisme. Quand notre candidat se décourageait au regard des tendances du scrutin, nous ne cessions de l’encourager. La pression, nous l’avons supportée tout autant que les hommes ! », affirme Nana Omoyi Lonu, directrice de campagne d’un candidat de la majorité présidentielle. « Ce travail était un test pour moi. Je pense me présenter comme candidate aux élections 2016 », ajoute-t-elle.

À Kisangani, pour être élues, les femmes devront auparavant faire des efforts en direction des quelque 300 000 électeurs, en particulier de leurs électrices faiblement lettrées, de plus en plus nombreuses à voter. « Ces femmes n’ont entendu que certains noms. Les candidates ont été invisibles lors de la campagne », constate Bernadette Ulieln présidente de l’AEPUKIS, Association des épouses des professeurs de l’Université de Kisangani. « Je ne peux pas voter pour quelqu’un que je connais mal. Les hommes, eux, sont allés voir les femmes jusque dans le marché », observe une journaliste.

Une remise en question qui touche aussi les associations féministes, la plupart des candidates ayant été formées par différentes OSC : COF (Collectif des femmes), CAFCO (Cadre permanent de concertation de la femme congolaise), AMACCO (Association des mamans commerçantes du Congo), etc. Cette membre de CAFCO, qui a requis l’anonymat, pense ainsi que « la mobilisation des électrices et le soutien aux candidates sont venus très tard. Il faudrait rectifier le tir pour les élections provinciales à venir. » Certains plaident pour des actions de plus grande ampleur. Pour le professeur Casimir Ngumbi de l’Université de Kisangani, « il faut battre une campagne de rappel, c’est-à-dire avoir été depuis longtemps en contact avec les populations avec des moyens conséquents. Se battre comme les hommes, la parité passe aussi par là ! »

Observatrices consciencieuses

À condition, toutefois, de ne pas tomber dans les mêmes travers que leurs homologues masculins… « Les femmes veulent toutes être chefs. Pourquoi se présenter à 25 au lieu de 2 ou 3 ? Si elles avaient été moins nombreuses, les autres auraient eu un plus petit nombre à soutenir », propose sœur Joséphine, de la congrégation de la Sainte Famille, formatrice d’observateurs. Elles devront sans doute aussi être plus solidaires entre elles. Bernadette Uliel regrette ainsi de n’avoir reçu que 200 des 400 représentantes de femmes des Osc attendues pour un culte de solidarité avec les candidates et seulement 15 des 25 candidates invitées. « Du 21 au 24 novembre, notre campagne a mobilisé des centaines d’électrices pour écouter les candidates, mais elles sont trop peu venues. Certaines ont même déclaré avoir oublié le rendez-vous… », regrette, sous anonymat, un membre du CAFCO.

Globalement, les femmes se sont plus impliquées en tant qu’agentes ou observatrices dans les bureaux de vote. « Il y avait cinq femmes dans mon bureau : l’assesseur, l’assesseur suppléant, deux observatrices et moi-même ! », énumère fièrement Detty Abanakyeso, enseignante, présidente d’un bureau de vote dans la commune de Kabondo, qui ne comptait que deux hommes.

Selon Cosmas Kono, coordonnateur provincial de la Commission diocésaine justice et paix dans l’archidiocèse de Kisangani, « sur les 258 observateurs formés, 40 % étaient des femmes ». Et à en croire sœur Joséphine, elles ont fait un travail de qualité : « Au bureau de vote du collège Maele, sur une vingtaine de témoins, j’ai compté deux femmes seulement, mais, la plupart des hommes ont dormi pendant le dépouillement et sont partis sans avoir signé les procès-verbaux, alors que les deux femmes ont veillé jusqu’à la signature de ces PV le lendemain matin à 8 heures. »

SOURCE : Syfia Kisangani/Médias pour la paix et la démocratie

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