dimanche , 8 décembre 2019

Enquête- Voici comment l’opposition voulait renverser Alpha

La crise politique ! Voilà trois petits mots qui sont pratiquement sur toutes les lèvres. Pour décrire une situation déliquescente qui prévaudrait en Guinée. A écouter ceux qui brodent autour du sujet, la Guinée ressemblerait à une cocotte-minute.

Faut-il pour autant hurler avec les loups ou tout simplement dédramatiser ? Ce qui est sûr, c’est que des mécontents, il y en a plein dans le pays et en dehors. Et pour cause. Pr Alpha Condé n’est pas de l’acabit des dirigeants qui ouvrent les vannes pour les prédateurs. Son régime s’inscrit dans une logique qui fera grincer des dents. Quitte à ce que des politiques impatients trouvent naïvement en cela le tremplin pour raccourcir le quinquennat du nouveau président. Heureusement que la deuxième phase de la sédition (la première étant celle de l’attentat) n’aura été qu’un échec plus que cuisant. En l’occurrence la marche avortée de l’opposition radicale le 27 septembre dernier. Mais dire que rien de tout cela n’est fortuit…

Le climat politique

Depuis la prise de fonction du Pr Alpha Condé, la Guinée est incontestablement livrée à la surenchère politique. Incompris qu’il est, le nouveau président a du mal à imposer sa conception de l’exercice du pouvoir à ses pairs d’hier qui naturellement ont une autre façon de voir les choses.

Pour le chef de l’Etat fort de sa légitimité populaire qu’il tire des urnes et dans des conditions très peu reprochables pour ne pas dire irréprochables (les rapports des observateurs en font foi), le pouvoir comme cela se passe dans des pays à tradition démocratique est au vainqueur des urnes et l’opposition au vaincu. Chacun devant assumer ses responsabilités.

Pendant ce temps, pour ses challengers, s’il faut lui concéder ce droit de jouir de son pouvoir comme il l’entend, la nécessité de parachever la transition ne doit point être reléguée au second plan. Il faut y aller, et vite ! Jusque-là, aucun problème, chacun étant dans son rôle. Mais sur le terrain, quand il faut les mettre d’accord sur les règles du jeu pour l’organisation des législatives, tout se gâte. Et dans la foulée, l’on découvre des coups bas dignes d’un mauvais western.

Alpha, très politique

On dira tout du Pr Condé, on reconnaîtra qu’il est fin politique. Il n’a fait que cela dans sa vie. Très tôt le candidat du RPG à la dernière présidentielle a su que la finale de ce scrutin se jouerait entre lui et Cellou Dalein Diallo, présenté par l’UFDG. Il a commencé par préparer l’isolement de ce dernier qui, novice en politique, n’est arrivé à rendre fort son parti que par des discours jugés par beaucoup, régionalistes et ethnocentriques élaborés sur les erreurs du capitaine Dadis qui s’était acharné sur lui. Pas besoin de revenir sur les péripéties de ce scrutin pour dire que le résultat s’est révélé concluant pour celui qui deviendra par la suite le candidat de l’Alliance arc-en-ciel. De la même façon qu’on ne change pas une équipe qui gagne, de la même manière, on ne saurait changer une stratégie qui paie. L’isolement de Cellou doit continuer. Mais le perdant lui, devrait avoir une stratégie tout à fait contraire. En commençant d’abord par tirer les leçons de la présidentielle. Mais là, il faut dire tout de suite que c’est un échec. Le candidat malheureux de l’UFDG a reconnu la victoire de son adversaire. Cela lui a valu des prix. Mais bousculé par les évènements qu’il est loin de maitriser, Cellou perd son sang froid et multiplie des erreurs qui deviennent des fautes.

En effet, il n’a jamais cessé d’expliquer comment il a perdu les élections, en accusant un innocent, Sékouba Konaté qui pourtant a rarement fait preuve de sympathie pour Alpha Condé. Mieux, tout le monde savait que l’homme fort de la transition qui a débouché sur les élections s’appelait Tibou Kamara dont la sympathie pour le candidat de l’UFDG n’était cachée à personne. D’ailleurs celui-ci a récemment déclaré que sollicité, par Alpha pour l’aider à gagner le scrutin, il a refusé en restant neutre. A qui donc Cellou peut-il s’en prendre si ce n’est à son propre camp politique qui a multiplié des bourdes qui pouvaient chacune faire perdre les élections à un candidat ? Là également, nous faisons l’économie des fautes commises. Tout compte fait, pour beaucoup, Cellou n’a accepté sa défaite que du bout des lèvres. Pendant ses tournées à l’étranger, il est plus vu comme un leader communautaire que national. Il dirait à tous ses interlocuteurs que sa communauté est objet de toutes sortes de brimades au pays. Meurtres, assassinats, viols, exclusions, et nous en passons les meilleurs. Ces mêmes discours de victimisation à outrance relayés par une certaine presse a fini par intoxiquer certaines organisations internationales et radicaliser son propre électorat qui risque de ne plus croire à aucune entreprise politique. Au même moment, lui et son parti sont vus dans le mauvais rôle, leur victimisation plutôt que d’attirer la sympathie des autres guinéens, elle les exaspère. Encore que le mensonge systématique qui enrobe cette politique de victimisation et qui trouve un grand écho dans la presse à Dalein n’arrange rien pour lui. Il ne fait que l’isoler davantage pour le grand bien de son adversaire.

Le harakiri politique de l’opposition

L’échec de la marche du 27 septembre organisée par l’opposition radicale n’a surpris que les amateurs en politique. Le collectif des partis politiques pour la finalisation de la transition a commis beaucoup d’impairs dans l’exécution de sa stratégie de contestation du pouvoir. Et pour cause. Avant d’entamer sa tournée en Asie, Europe et Amérique, le Prof a jeté un pavé dans la marre qui a distrait son opposition. Ses accusations contre Bah Oury, Tibou Kamara et Sadakadji dans l’attentat qui a visé sa personne le 19 juillet à Kipé. Deux bonnes semaines ont fait épiloguer sur ce sujet et permis au chef de l’Etat de combler le vide que son absence devrait créer.

Au moment où ce sujet s‘essoufflait, à quelques jours de son retour au pays, c’est la CENI qui annonce la date des législatives pour le 29 décembre prochain. Sidya coordinateur du collectif a compris, puisqu’il précisera que cette date est fixée uniquement pour permettre au président en mission de parler à ses interlocuteurs. Malgré tout, ils se retrouveront dans le cadre de leur collectif pour projeter une marche dite pacifique. Mais bizarrement, ils n’épuisent pas les recours disponibles avant d’aller au moyen ultime de la marche qui comportait beaucoup de risques pourtant. Par exemple, la mise à contribution des coordinations de sages, des clergés, des organisations nationales et internationales respectables. Sur d’autres plans, ils auraient pu organiser des sit-in ou des journées villes mortes. Mais hélas ! L’objectif ne devrait certainement pas être la satisfaction de leurs revendications, il fallait rééditer le 28 septembre 2009. Pour ceux qui en doutent, il faut bien se demander, pourquoi le collectif des partis pour la finalisation de la transition a attendu le 27 septembre (soit 24 heures seulement avant le 28) pour l’amorce de sa marche ? Quid de l’appel au djihad de Cellou Dalein à ses militants une semaine auparavant, à son siège à la minière ? « Etes-vous prêts à mourir à partir du 27 septembre ? », a-t-il lancé à une foule de militants excités, le 15 septembre. Ceux qui pensent que cette vidéo diffusée par la RTG est manipulée doivent arrêter de spéculer et revenir à la raison. L’enchainement des événements est sans équivoque sur l’intention de l’opposition. Tout comme l’ultimatum qu’elle a lancé au pouvoir d’annuler toutes ses décisions concernant le processus électoral avant 00 heure, le jour même où le premier ministre l’avait convié à un dialogue direct. En effet, tout s’est passé comme si la mise en garde de l’opposition visait à choquer les autorités et de les empêcher de faire des concessions qui auraient contrecarré la marche du lendemain à l’objectif funeste de provoquer un bain de sang et la chute du régime comme en 2009. C’était oublier que le contexte n’était plus celui d’une transition militaire, Alpha n’est pas Dadis et le peuple n’a pas la mémoire courte pour suivre bêtement des apprentis-sorciers politiques qui avaient pourtant pris soins de mettre à l’abri leurs progénitures dans des écoles occidentales. A méditer !


SOURCE : Nouvelle Elite

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