mardi , 10 décembre 2019

L’avocat de Nafi attaque au civil, et les avocats de DSK estiment qu’elle veut juste se  »faire de l’argent »

Le conseil de la femme de chambre a choisi de tenir ce procès dans le Bronx. Les avocats de l’ancien patron du FMI estiment que la plaignante veut juste se «faire de l’argent». Dominique Strauss-Kahn est enfin fixé sur le tribunal où se tiendra le procès civil qui se prépare chez les avocats de

 

 

Nafissatou Diallo. Ce sera dans le Bronx, et l’ancien ministre socialiste sait que cette option est de mauvais augure pour lui.

Nafissatou Diallo, la femme de chambre qui accuse DSK d’agression sexuelle, a intenté lunsi une action devant la justice civile à New York en accusant l’ancien chef du Fonds monétaire international « d’agression violente et sadique». La plainte reprend le déroulé des événements tels que les a racontés Nafissatou Diallo et conclut : «Pensant bénéficier de l’immunité, le défendant Strauss-Kahn a intentionnellement, brutalement et violemment agressé sexuellement Mme Diallo et ce faisant humilié, dégradé, abusé et privé Mme Diallo de sa dignité de femme.»

 

Manhattan ou le Bronx, c’était le choix entre un jury puisé dans une population généralement bien éduquée, aisée et en majorité blanche, et un jury issu des quartiers noirs et latinos défavorisés. Techniquement, la justice américaine permettait à Nafissatou Diallo de porter plainte devant un tribunal fédéral (à Manhattan), ou devant un tribunal de l’État de New York.

 

Dans le second cas, elle pouvait choisir l’adresse qui lui convenait en optant pour le lieu de la tentative de viol présumée (le Sofitel de Times Square), l’adresse actuelle de DSK (la maison de ville luxueuse de TriBeCa), tous deux sous juridiction à Manhattan, ou la sienne dans le Bronx. C’est le Bronx qu’elle a choisi lundi soir. Selon John Di Paola, qui plaide régulièrement à la Cour suprême de ce quartier, Nafissatou Diallo «y a plus de chances de gagner», car «ses habitants sont en général mieux disposés à l’égard des plaignants».

Quels que soient les éléments présentés par les deux camps, les avocats s’accordent à dire que les préjugés de classe et de race auront une influence sur les jurés. «Les jurys du Bronx sont composés en grande majorité de Noirs et de Latinos appartenant à la classe des « opprimés », laquelle ne porte pas dans son cour les Blancs riches, surtout s’ils ont mauvaise réputation», rappelle le célèbre avocat Ron Kuby.

 

«Le prétendu socialiste devrait se réjouir, il verra sa richesse redistribuée à une pauvre par des pauvres», ironise-t-il. L’avocat y a lui-même remporté un succès resté dans les annales new-yorkaises. En 1984, Bernard Goetz, un New-Yorkais blanc qui avait tiré sur quatre jeunes Noirs qui le harcelaient dans le métro, avait été acquitté au pénal.

 

Dix ans plus tard, un jury civil du Bronx l’a contraint à verser 43 millions de dollars à l’une des victimes, paralysée, représentée par Me Kuby. Au civil, l’ancien patron du FMI ne sera en principe plus représenté par l’avocat des célébrités, Benjamin Brafman, celui-ci exerçant exclusivement au pénal, mais pourrait continuer à l’être par le cabinet de son avocat de Washington, Bill Taylor.

Lundi soir, les avocats de DSK ont sèchement réagi au dépôt de la plainte au civil estimant que la femme de chambre voulait juste se «faire de l’argent». William Taylor et Benjamin Brafman ont assuré dans un communiqué qu’ils allaient combattre «vigoureusement» cette plainte.

Vingt-cinq millions de dollars

Kenneth Thompson a probablement voulu lancer la procédure avant la décision du juge, prévue le 23 août prochain, pour éviter que DSK ne lui file entre les mains. Si le juge décide d’un non-lieu, DSK pourra quitter le territoire américain dans la foulée et il aurait été beaucoup plus difficile de lui remettre l’assignation en justice.

Selon John Di Paola, si Nafissatou Diallo gagne ce procès civil, «elle peut très bien prétendre à 20 ou 25 millions de dollars et son avocat un tiers de cette somme. Si le jury estime que ce n’est pas assez, il peut demander encore plus». En plus des dommages et intérêts réels, DSK se verrait en principe réclamer des dommages et intérêts «punitifs». «Il s’agit d’une punition morale : dans la justice américaine, on estime que si l’affaire est ignoble, l’accusé doit payer pour cela aussi, en plus des dommages réels subis par la plaignante», poursuit l’avocat.

 

Son quart d’heure new-yorkais du 14 mai risque donc de coûter cher à Dominique Strauss-Kahn, mais les choses ne sont pourtant pas si simples pour Nafissatou Diallo. Elle risque toujours de perdre un procès civil si le jury ne la croit pas. Et si elle gagne, elle pourrait avoir à attendre de très longues années avant de devenir éventuellement millionnaire. Devant une cour fédérale, l’affaire aurait été bouclée en un ou deux ans.

 

«Devant la Cour suprême du Bronx, le procès n’aura pas lieu avant quatre, cinq, voire une dizaine d’années, c’est la bonne nouvelle pour Strauss-­Kahn», relève Ron Kuby. Les procédures civiles sont en effet très lentes dans le Bronx, car les dossiers pénaux, particulièrement nombreux, y ont la priorité. Avec seulement 16 % de la population de New York, le Bronx détient le record par personne de meurtres, cambriolages et agressions avec violence. Le nombre d’arrestations y a grimpé de 94 % depuis 1990.

Diversion

Le choix du Bronx induit d’autres complications. Il sera beaucoup plus difficile pour Kenneth Thompson d’obtenir pour un procès devant un tribunal d’État le dossier de Nafissatou Diallo auprès du procureur. Qui plus est, on sait que les rapports entre le bureau du procureur et la plaignante sont tendus. «Strauss-­Kahn et ses avocats pourront utiliser toutes les ruses possibles pour ralentir la procédure», explique Ron Kuby.

 

À chaque motion présentée, le juge peut, selon lui, prendre six mois pour statuer. Le temps et l’argent pourraient donc jouer en faveur de DSK. «Ses avocats ont des moyens quasi illimités pour écraser leurs adversaires sous une avalanche de tactiques de diversion», poursuit l’avocat.

Compte tenu de tous ces aléas, les avocats de Nafissatou Diallo pourraient avoir malgré tout intérêt comme DSK à trouver un accord. C’est ce que prédit Frederick Potack, ancien président de l’association du barreau du Bronx. «Ils vont lui donner une somme d’argent qu’elle n’aurait jamais pu imaginer avoir en sa possession avant, et elle se fera oublier», assure-t-il.

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