dimanche , 9 août 2020

Bilan des six mois du professeur-président: Voir le verre à moitié plein

Le bilan du Pr Alpha Condé fait encore jaser. La cité ne brouit que de cela. Un phénomène du reste compréhensible, eût égard au contexte de précampagne législative qui nous régente depuis la sortie de la présidentielle.

 

Et le moins qu’il faut dire, c’est que sur la question, les avis divergent nettement. Si pour les uns, les six mois d’Alpha sont un succès, pour d’autres, il n’y a pas de quoi rêver; alors que d’autres encore le trouvent plutôt mitigé.


A la faveur des dernières consultations électorales, les populations guinéennes, du moins majoritairement, ont préféré à Elhadj Cellou Dalein Diallo, candidat de l’UFDG, le professeur Alpha Condé, champion du RPG. L’exercice de bilan au lendemain d’une telle épreuve amène souvent les électeurs à scruter les actions de l’élu, une sorte d’évaluation pour savoir si oui ou non les résultats sont au rendez-vous. Nous voilà donc face aux grands chantiers du professeur, six mois après qu’il ait été investi président de la république.


L’autosuffisance alimentaire, la restauration des services sociaux de base, la moralisation de la vie publique, la stabilisation macroéconomique, la réconciliation nationale et la diplomatie guinéenne sont les chantiers sur lesquels le professeur-président était attendu. Qu’en a-t-il fait ?


De l’approvisionnement en denrées alimentaires de première nécessité.


Quand bien même que le défi à ce niveau était herculéen, le professeur n’a pas hésité à se jeter à l’eau. En n’excluant aucune hypothèse, y compris l’implication directe de l’Etat dans l’importation et la distribution du riz, l’aliment de base des Guinéens. Certes pour certains critiques, ce fut un échec, mais nul ne lui en voudra de n’avoir pas essayé, en faisant preuve de volonté. Encore que personne n’aurait pu prédire ce qui serait advenu de Conakry, si le riz dit Alpha n’était pas venu en ce moment perturber le marché livré à une véritable spéculation. Le professeur n’en a point démordu d’ailleurs, car plutôt que de s’en laver les mains, il a changé de stratégie. Pour ne pas subir le sort de ses prédécesseurs qui se sont fait grugés par les importateurs classiques du riz, le chef de l’Etat s’est volontiers tourné vers les opérateurs économiques d’origine libanaise qu’il a encouragés à tenter cette filière jusque là, chasse gardée de certains privilégiés des régimes précédents. Ce qui lui permet dans les jours à venir, d’inonder le marché de riz asiatique, grâce à l’arrivée au port de Conakry de nouvelles cargaisons de la céréale prisée. De quoi véritablement relativiser l’échec tant ressassé par une partie de l’opinion. Parallèlement, le professeur a procédé au lancement de la campagne agricole 2011 avec beaucoup de fonds investis, soit 250 milliards de francs. Le moment viendra où tous auront l’occasion de l’évaluer, mais en attendant, cette opération rompt avec une habitude qui avait de tout temps relégué le paysan au second plan des préoccupations de l’Etat. C’est à juste raison donc si Alpha a reçu une médaille du directeur général de la FAO, Jacques Diouf, en guise d’encouragement.


De la restauration des services sociaux de base


Commençons par la téléphonie qui devrait comme c’est le cas ailleurs rapidement devenir un moteur de croissance en Guinée. Si le parc n’a pas connu d’agrandissement, il faut tout de même remarquer que la nouvelle direction de l’ARPT se montre de plus en plus pointilleuse sur la qualité du service fourni à la clientèle et sur la préservation des intérêts financiers de l’Etat. Ensuite les secteurs de l’eau et de l’électricité. A ce niveau, il y a lieu de convenir qu’il s’agit là de domaines qui nécessitent de gros investissements, par conséquent de la patience. Il en est ainsi qu’à longueur de journées, des initiatives ne manquent pas de la part des partenaires étrangers aussi nombreux que variés, pour relever ces secteurs. A ce stade, l’approvisionnement des populations en eau et en électricité est promu à un bel avenir. En tous les cas, un de ses proches nous a dit que dans l’entendement du professeur-président, la résolution de la question de l’eau et de l’électricité doit être traitée dans une approche globale et non parcellaire. Autrement dit la Guinée ne se limite pas qu’à Conakry, il faut aussi compter avec l’arrière-pays. Seulement, l’arbre ne doit pas cacher la forêt, car la détérioration ces derniers temps du minimum existant en ce qui concerne l’électricité à Conakry ne saurait être tolérée. Il faut une réponse rapide du chef de l’Etat, au risque d’apporter de l’eau au moulin de ses adversaires politiques qui pourraient allègrement s’engouffrer dans cette brèche. C’est le lieu d’y insister, la desserte en courant pourrait à ce rythme, annihiler bien des efforts faits jusque-là. Quid des services sanitaires et de la sécurité ? La crise de poches de sang au centre national de transfusion est un héritage qui est mal géré. Tandis que l’insécurité qui refait surface est l’avatar d’une armée qui mobilise tout le monde à son chevet pour sa réforme. Entre recrus du capitaine Dadis lâchées dans la nature avec leurs armes et des soldats en ruptures de ban, il faut du temps pour espérer des jours meilleurs. D’ailleurs, le professeur n’a-t-il pas déjà envoyé un signal fort dans ce domaine ? La délocalisation des armes lourdes à l’intérieur du pays, la démilitarisation de Conakry et récemment la réactivation des patrouilles mixtes de l’armée sont révélatrices d’une volonté politique à encourager.


La stabilisation macroéconomique


C’est à ce niveau que le professeur-président réalise ses meilleures performances. Il y a trois mois, 1 euro frôlait les 12000 francs, le dollar avoisinait les 8000. Lorsque les bailleurs de fonds ont conditionné leur soutien financier à la tenue des législatives, on ne vendait pas chère la peau du nouveau président. Pour beaucoup, il aura fort à faire pour redresser la barre de l’économie. Mais l’unicité de caisse qu’il a initiée au niveau du trésor public a permis de freiner les évasions de fonds publics. Résultats, l’Etat s’est constitué un matelas de sous qui lui permet de se passer de la planche à billets et d’autres pratiques qui ont mis l’économie nationale au planché, à un niveau moins que zéro. Face à un déficit public qui était de l’ordre de plus de 10 000 milliards de francs guinéens, il fallait aller à la résorption de la surliquidité de l’économie. Au bout, il y a un début de stabilisation du franc guinéen, par conséquent de l’économie. C’est au regard de ces efforts que la Banque mondiale vient d’affirmer avec vigueur son retour en Guinée, très certainement, le FMI ne tardera pas à accompagner le processus quand il aura examiné le dossier guinéen devant son conseil d’administration d’ici à la fin de l’année. Nous reviendrons dans nos prochaines parutions sur les avancées économiques qu’il faut absolument encourager pour qu’enfin la Guinée savoure les délices du rétablissement de ses grands équilibres macroéconomiques. L’essentiel du mandat d’Alpha Condé se joue là, car quand l’économie va, tout va. Il est vrai que le quotidien du citoyen tarde à s’améliorer, mais encore qu’il s’agit là du propre des grandes réformes économiques. Il n’est pas souvent évident que les fruits de la croissance profitent immédiatement à toutes les couches de la société. Mais à moyen et long termes, par l’amélioration des services de l’Etat et la réduction de l’inflation, chacun pourrait y trouver son compte.


L’image de la Guinée à l’extérieur


On ne sait pas trop si la Guinée a effectivement repris sa place au sein de la diplomatie internationale. Ce que l’on sait par contre, c’est que notre professeur ne passe pas inaperçu dans les grandes rencontres qui se tiennent de par le monde. Non plus, il n’est absent sur les médias internationaux de grande audience. Cela est une marque d’attention qui n’est pas dénué d’intérêts diplomatiques. Notre présence au G8 en mai dernier s’inscrit dans cette logique.


De la réconciliation nationale


La réconciliation nationale est délicate. Alpha a fait preuve de volontarisme sur cette question, en se prononçant très tôt pour une commission justice et réconciliation. Mais rapidement, il a marqué le pas. Pour quelle raison ? Lui seul le sait. Qu’à cela ne tienne, à partir du moment où les pressions se font de plus en plus fortes, y compris de l’extérieur pour qu’il tente cette aventure, il n’y a pas de raison qu’il ne passe pas par-là, quitte à veiller particulièrement sur la forme que doit prendre une telle initiative. Que le professeur en arrive finalement à créer une commission de réflexion sur la question, l’approche est tout à fait idoine.


On ne saurait terminer cette revue sans dire un mot sur les examens de fin d’année à l’enseignement pré-universitaire. Le sérieux qui les caractérise du moins pour l’instant se passe de commentaire, tout en l’honneur du jeune ministre, le Dr Ibrahima Kourouma qui officie là et grâce à la pro activité duquel les adversaires politiques du professeur-président n’ont rien à se mettre sous la dent, alors qu’ils sont acerbes vis-à-vis d’autres secteurs.


Source: Nouvelle Elite N° 69 du 04 juillet 2011

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